‹ Essai sur l'esprit musicalChapitre 7 sur 24 · ACOUSTIQUE PSYCHOLOGIQUE ET PSYCHOLOGIE MUSICALE · texte numérisé non relu

ACOUSTIQUE PSYCHOLOGIQUE ET PSYCHOLOGIE MUSICALE

puisque h pluralité d'élénienls nécessaire à la naissance de l'erreur, si réduite soit-elle, ne fait point défaut. *

Le problème qu'on vient d'examiner est, si jamais il en M, un problème d'acoustique psychologique. En voici un autre.

Des effets sensationnels d'un caractère, sinon définissable, du moins reconnaissable, sont produits par des consonnances harmoniques. Pourquoi disons-nous « effets sensationnels » au lieu de « sensations »? Précisément parce qu'il y a lieu de se demander si, quand un pianiste frappe simultanément les trois touches tit, mi, sol, on éprouve la sensation perçue comme étant unique, ou multiple, ou bien encore multiple dans une unité. Nous avons jadis abordé ce problème à la suite de M. Garl Stumpf. Et sans adopter une solution ferme, nous avons incliné vers la thèse de la sensation unique. Le problème est des plus délicats et du plus haut intérêt pour la psychologie générale. Car il serait au moins étrange que la réponse ne fût point la même, qu'il s'agît soit d'un mélange de sons soit d'une fusion de couleurs. Or, la sensation du vert, par exemple, est bien suigeneris, et, comme telle, indécomposable. On ne voit pas de raison pour qu'il n'en fût pas ainsi de la sensation sonore ut-mi-sol, La conscience, spontanément interrogée, questionnée à brûle-pourpoint, si l'on ^^vii ainsi dire, aura toutes chances, croyons-nous, de se pi'ononeeY en faveur de l'unité sensationnelle.

I>a conscience réfléchie, pourvu qu'elle soit avertie de l'aitenative, hésitera, et peut-être l'hésitation se terminera-teiie par l'affirmation d'une pluralité de sensations simultanément éprouvées, d'une part, immédiatement reconnues et discernées, de l'autre. Un enfant à qui l'on disait un jour ^u'on pouvait obtenir une couleur par le mélange de deux autres, se montra fort étonné. Entre les couleurs fondamentales et les couleurs dérivées, la conscience spontanée ne ftit pas de difl*érence. Il n'est pas sûr que ces diiférences échappent à la conscience réfléchie. L'enfant dont je parle, une fois son étonnement dissipé, se laissa interroger sur les couleurs dont le mélange en produisait une troisième. Souvent il répondit juste. Serait-ce, dès lors, que l'attention,

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une fois avertie, perçoit, entre certaines couleurs, des affinités précédemment inaperçues ?

Cette fois encore, nous posons le problème sans le résoudre. Ajouterons -nous, peut-être à Fétonnement du lecteur, que notre expérience musicale, ici, nous embarrasse bien plus qu'elle ne nous vient en aide ? Si nous interrogeons notre conscience sur ce qui se passe en elle à chaque audition d'accord parfait, il paraît bien qu'elle perçoive trois sensations et qu'elle en fasse, simultanément, l'analyse et la syn- Ibèse. Seulement, à quoi sert d'interroger la conscience sur une sensation, quand elle est prévenue du mode d'excitation qui la fait naître? A une source d'excitation que Ton sait multiple, n'est-il pas naturel qu'une multiplicité de sensations corresponde? On le voit : une simple et inoffensive remarque suffit à fausser et, par là même, à rendre suspect le témoignage d'un musicien.

L'observation qui vient d'être faite porte assez loin. Elle va jusqu'à inspirer aux représentants de l'Acoustique psyclîologique, à l'égard des musiciens de profession, une déflancs tout à la fois invincible et salutaire. Ce sont peut-être les musiciens psychologues qui poseront les problèmes. Mais tout appel à Tintrospection n'aura de valeur que s'il est contrôlé par l'interrogation dautrui. Les qualités de pénétration et de profondeur ne serviront guère. Les qualités de flair et de finesse seront précieuses entre toutes. Il y aura des problèmes à poser, problèmes de détail, insignifiants en apparence, négligeables, se dira-t-on tout d'abord, en raison de l'exiguïté des données. Et leur négligence sera une faute. Il y aura des sujets à questionner en s'appliquant à ne pas les avertir des réponses possibles, en les choisissant, comme bien l'on pense, parmi les ignorants ou les ingénus. La méthode de l'Acoustique psychologique est essentiellement interrogative. -— Interrogative de soi ou des autres? — Interrogative de soi parmi les autres, c'est-à-dire principalement (pour ne pas dire exclusivement) des autres, lesquels seront invités aux réponses brèves et rapides. Tel un malade à qui le médecin demande où il a mal.

Aussi, dans cette méthode extérieure et objective où la

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