‹ Essai sur l'esthétique de LotzeChapitre 14 sur 51 · Cf. Lotze, Grdz · texte numérisé non relu

Cf. Lotze, Grdz

2. La boutade bien connue de Voltaire, au sujet de la relativité du beau ; « Le beau idéal pour le crapaud, c'est sa crapaude, » a du moins le mérite de montrer combien ces problèmes sont sujets à des solutions variées.

plaisir en général (Grdz., § 5). Avec Katnt, il admet que l'agréable est ce qui est purement sensible, ce qui ne nécessite l'exercice concomitant d'aucune activité intellectuelle : affirmation qui serait exacte si Lotze avait ajouté cette restriction : sinon l'acte du jugement par lequel nous attribuons à la sensation le caractère d'agréable : cet acte, il est vrai, ne fait que succéder à la sensation ; néanmoins il l'accompagne de si près qu'il eût été préférable de l'indiquer. Quant au beau, suivant Lotze, il s'adresse non seulement à la sensibilité, mais aussi à notre faculté représentative ou à notre imagination. Ainsi, d'après les Grundzûge (§ 5), le plaisir esthétique est produit par deux phénomènes : la sensation^ qui, chez Lotze, reprend ses droits par trop méconnus dans la doctrine de Kant, puis un exercice varié et facile de nos facultés représentatives^ suscité nécessairement par le beau.

En admettant ce second moment du plaisir esthétique, Lotze se montre nettement disciple de Kant, en même temps qu'il évite de tomber dans le sensualisme iabsolu de l'école anglaise et des empiristes français du XVIII® siècle. En effet, cet exercice varié de nos facultés représentatives consiste en ce « libre jeu de l'imagination, en accord avec les lois de l'entendement », qui était pour Kant (Crit, d, Jug.) l'un des principaux caractères du plaisir esthétique, et que BOUS retrouvons dans les théories de Schiller ef d'Herbert Spencer. Ainsi Lotze, tout en repoussant la suprématie du jugement esthétique, son universalité et sa nécessité, affirmées par Kant, ne peut cependant pas admettre qu'il se ramène à la pure sensation. « Pul-

chrum est quod cognitum placet, )) a dit Thomas d*Aquin ; tandis que, dans le plaisir de l'agréable, l'âme est presque purement passive, dans la perception du beau, au contraire, elle est active, et même active au plus haut degré.

En effet, la beauté ne produit-elle pas en nous le maximum d'activité mentale accompagné du minimum d'effort ? Et s'il y a minimum d'effort, c'est que cette activité n'est pas un travail, mais bien Mnjeu, c'est-à-dire une action librement réalisée, qui n'est destinée (contrairement au travail) ni à l'accomplissement d'une fin objective, ni à la satisfaction d'un besoin ; en un mot, c'est une activité désintéressée\ Et c'est là ce qui a permis à Schiller d'insister encore sur les affirmations de Kant et de déclarer que l'art par essence n'est qu'un jeu ; l'homme, suivant lui, n'est complet et complètement homme que lorsqu'il /oite*. De même Herbert Spencer, après avoir déclaré (Princ, de PsycTi,, t. II) que l'opinion de Kant est « sinon la vérité, du moins une esquisse de la vérité », développe la même théorie, mais en y mêlant l'idée d'évolution ^

Lotze a donc repoussé dans la doctrine de Kant ce qu'il y a certainement de plus contestable et de plus contesté, c'est-à-dire cette importance et cette valeur trop considérables que le subjectivisme devait néces-

1. Cf. Herbert Spencer, Principes de Psychologie (VHP partie, ch. IV, t. II, p. 661 sqq.).

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