CHAPITRE II
En ce qui concerne le fondement objectif du beau,, Lotze débute (Grdz,, § 8) par un exposé .de la théorie générale idéaliste, en vertu de laquelle les qualités des. sensations proviendraient, luon des choses extérieures,, mais du rapport de celles-ci avec nous-mêmes.
En effet, le langage courant attribue aux objets les qualités de la sensation qu'ils provoquent dans le sujet qui perçoit \ Or, nous n'avons une connaissance immédiate et certaine que de nos états psychologiques;, nous ne pouvons donc, comme l'a établi Kant, rien: affirmer sur la nature et les caractères réels de Tobjet perçu*. Il ne nous est connu que conditionné par les lois de notre perception ; nous ignorons complètement ce qu'il est en soi. Lotze admet donc la relativité de la connaissance et l'inexactitude de cet usage habitueL du langage que nous venons d'indiquer tout à l'heure. « Mais, ajoute-t-il (Grdz,, § 8), tandis que dans tous^
1. C'est aussi ce que pense Herbart, en ce qui concerne l'esthétique : suivant lui, le beau est essentiellement objectif; c'est toujours la forme qui nous plaît ou nous déplaît, et sa valeur esthétique lui appartient en propre (Cf. Falckenberg, op. cit., p. 412).
2. Car Lotze ne semble dépasser en aucun cas le relativisme kantien qui ne sacrifie jamais totalement le réel.
les autres cas nous avons conscience que cette façon de s'exprimer ne correspond pas exactement à la réalité ; que les objets n'ont en eux-mêmes que des propriétés indifférentes, et que la valeur que nous leur attribuons provient seulement pour nous du rapport accidentel où ils se trouvei^t à notre égard : nous ne sommes pas du même avis en ce qui concerne la beauté.^» En effet, comme Lotze le dit avec raison, la beauté n'est pas suffisamment définie par son fondement subjectif, bien que tout d'abord nous ne la caractérisions que par notre plaisir esthétique, par l'impression que provoquent en nous les choses dites belles. « Car nous révérons la beauté ; or, nous ne pourrions révérer ni notre propre plaisir en tant que tel, ni une semblable cause qui le produisît seulement par accident et par hasard » (Grdz,, §8). — Il est donc nécessaire d'assurer à la beauté un fondement objectif.
C'est ce qu'a fait l'idéalisme ^ Aussi Lotze (Gesch. d, ^8th,^ p. 125 sqq.) expose-t-il la théorie de l'idéalisme sur la valeur objective du beau. Il déclare que c'est là une contribution des plus importantes apportée à l'esthétique par Schelling et par Hegel : car la doctrine de Kant paraissait insuffisante à ses successeurs.
Selon Kant, en effet, comme le remarque Lotze (Grdz,, § 9), la valeur objective du beau n'est qu'une conséquence de son fondement subjectif. « Pour l'objet beau particulier, la beauté, nous semble-t-il, reste, en général et à proprement parler, une simple forme, et sans doute cet objet peut nous paraître beuu par un