Cf. supra, p
2. Il semble, il est vrai, qu'on pourrait trouver chez Kant un fondement objectif du beau moins factice que celui que Lotze lui attribue. Il résiderait dans la conformité de l'objet à son but, mais avec perception de ce but. Kant dit, en effet,
L'idéalisme moderne, nous l'avons vu, cherche à donner au beau une valeur objective plus solidement fondée. Suivant cette doctrine, « le beau n'agit pas seulement par ses formes ou en général par ce qu'il est, mais bien par ce qu'il rappelle \ et cela, non pas naturellement, grâce à une association fortuite de représentations, mais bien grâce au souvenir nécessaire que provoquent ses formes spéciales et son contenu » (Grdjs., § 10)*. Or, comme le dit Lotze à juste titre, il faut immédiatement faire une première restriction : les formes et le contenu de l'objet déclaré beau ne doivent nous rappeler ni un concept, ni an principe, ni une vérité, pour la complète perception desquels il n'y aurait pas besoin d'image ; en effet, on ne saurait admettre qu'une valeur objective soit attribuée à la beauté en tant que celle-ci constitue un symbole inutile. C'est pourquoi (( jamais l'allégorie n'est belle en
{Crit. d. Jug.j t. I, p. 260) : « Quand, par exemple, on dit : C'est une belle femme, on ne pense pas dans le fait autre chose, sinon que la nature représente dans cette forme les Jitis qu'elle se propose dans le corps de la femme ; car, outre la simple forme, il faut encore avoir égard à un concept, en sorte que le jugement porté sur l'objet est un jugement esthétique et logique à la fois. » La valeur objective du beau consisterait alors en une valeur logique. Mais il ne faut pas se dissimuler combien une telle solution serait subtile ; quoi qu'il en soit, Kant est bien près de se contredire par ce passage de la Critique du Jugement : Comment le jugement sur la beauté (forme de la finalité sans fin déterminée) peut-il s'accompagner d'un Jugement logique sur ies^«,s représentées dans l'objet déclaré beau ? (V. infra).
1. C'est le môme principe que l'idéalisme platonicien, en en faisant une application générale, et en se plaçant d'ailleurs à un point de vue tout à fait spécial, exprime par la théorie de la Réminiscence.