Cf. Kœgel, op. rît.^ IIP partie
l'art 75
rentes en ce qui concerne le but vers lequel tend^idêe^ Or, nous ne saurions nous contenter de cette réalisation imparfaite de ridée- (c'est-à-dire, pour Lotze, de cette manifestation incomplète du bien moral -et de son rôle dans révolution de Tunivers). Aussi la fantaisie fait elle subir une certaine élaboration aux données de Texpérience, en construisant la représentation idéale de ce que veut la nature, c'est à-dire de la réalisation parfaite de l'idée, elle suit la voie qui lui est indiquée par la nature. elle-même*; mais, en outre, Tintuition lui montrant tout ce qu'il y a de défectueux dans le donné, elle cherche dans son imitation à éviter ces défauts, à améliorer ce que lui fournit l'expérience (Cf.Grc/.^.,§33).
Lotze admet donc une sorte d'instinct, de tendance à l'idéalisation; et il semble bien que ce soit la seule explication plausible en ce qui concerne la conception de l'idéal. D'ailleurs, Lotze prend soin de nous montrer les manifestations inférieures de cet instinct. Il dit en effet {Gvdz.^ § 33) : (( Cet effort en vue de l'idéalisation existe déjà dans les circonstances les plus simples. Quoique nous voyions rarement une surface d'une couleur tout à fait pure, nous faisons abstraction
1 . Nous remarquons que Lotxe, en ce § 33 des Grumhiïge^ emploie continuellemeni la terminologie hégélienne. D'ailleuFS, on peut aisément rapprocher sur certains points, la théorie de Lotze de celle de Hegel. — Cf. Hegel, Cours d'esthétlquo, V* partie, chap. ni, du beau dans Tart ou de Tidéal, p. 136 sqq.
?. Par conséquent, Lotze admettait, avec Hegel, et contrairement à Winckelmann, que l'idéal n'est pas en op[X)sition avec la nature. Et même, suivant Lotze, il est tout à fait dans le sens de la nature.
de tout ce qui n'est pas couleur pure, nous fixons exclusivement te ton dominant, nous formons la représentation idéale d'une couleur pure, et comme apparence de celle-ci, nous considérons les couleurs données. La perception de la nature ne montre jamais en réalité des lignes droites ou des cercles absolus; mais les figures semblables à celle-ci nous servent de prétexte pour établir des représentations idéales de la ligne droite et du cercle, dont ensuite nous croyons voir les images exactes, absolument réalisées, dans leurs manifestations inexactes. »
D'ailleurs, ajoute Lotze [Grdz., § 34), « l'activité de la fantaisie est déjà visible ici ; mais elle ne se contente pas de l'intuition, et cherche même à réaliser i5on contenu idéal ». C'est là évidemment la définition de l'art suivant Lotze : L'art est la tendance de la fantaisie à réaliser l'idéal qu'elle a construit. Pourtant, <3ette définition, comme Lotze lé montre lui-même, " tuerait insuffisante, ou, si l'on préfère, défectueuse, car •elle serait eh contradiction avec la règle fondamentale de la définition : elle ne conviendrait pas au seul défini. En effet, nous dit Lotze [ibid,], « ce fait ne se produit pas seulement dans l'art proprement dit, mais on peut citer comme exemple une création de mots, qui cherche à justifier la simple affection de l'âme par la fixation d'un contenu objectif exprimable qui lui donne lieu ; de mêaie, il faut lui rapporter encore la tendance quotidienne à la propreté, à la parure, l'instinct d'apporter de la régularité dans les diverses •circonstances de la vie ».
Il faut donc qu'il existe, pour l'art, une caractéris-
l'art T?
tique spéciale. En effet, Lotze dit encoro (Ibid,) : (( Pour l'art en particulier, ces productions existent dès que la fantaisie a pénétré non seulement la nature, mais aussi la totalité des rapports de la vie huniaine.
» Vis-à-vis de la fantaisie, la vie est tout à fait dan^ la même situation que la nature. La fantaisie trouve dans Torganisation effective de la vie unt^ens rationnel exprimé, mais non développé conséquemnient, et découvre dans les rapports indépendants du libre-arbitre humain de l'harmonie et de l'opposition, qui proviennent de rapports différents quoique rapprochée* Ces faits suggèrent une série de réflexion:^^, dans lesquelles l'humanité puise sa connaissance de la nature^ son avis sur la destinée humaine, ses espérances et se** craintes, pour se faire une opinion générale satisfaisante sur le monde; cette série de réflexions se manifeste en chaque individu (qui, par lui m Ame, serait incapable d'exécuter de front ce travail intellectuel) comme une somme de préjugés, de dispoî^itions et de directions de l'imagination ; et ces réflexions représentent le contenu de \'d fantaisie, qui est toute prt'te à créer, et de laquelle seulement peuvent sortir les ouvrages de l'art le plus élevé \ »
De cette définition de l'art, Lotze déduit celle du stt/le et de la manière : d'après lui, le style est « la prédominance d'un principe formel jaillissant nécessairement d'une opinion nationale sur le monde n, et il ne peut admettre que l'homme, tel qu'il sort des
1. A notre avis, il n'y a là qu'un fait d'importance secondairo; c'est ce qu'on entend par Yinjluence du milieu vt du moment, — La seule valeur de cette explication est de bien définir,
omme nous allons le voir, ce qu'est le style.
mains de la nature, e'est-à-dire avant l'établissement de cette opinion sur la totalité du monde et de Texistence, soit capable de créer une <]euvre de valeur; quant à ce que i*on blâme sous le nom de manière ^ c'est (( tout mode de représentation qui se crée sa forme particulière tout à fait autodidactiquement, c'est-àdire d'après des penchants nés du hasard et dépourvus de tout fondement ».
De la théorie de Lotze sur la conception de l'idéal, on peut donc facilement déduire quelle est, pour lui, l'essence même de l'art, et, en même temps, quels sont les caractères de ce dernier : l'art est en un sens l'imitation de la pensée créatrice, puisque l'idéal est dans le sens de la nature; d'autre part, si, d'un côté, il doit être réaliste, c'est-à-dire partir des données de l'expérience, d'un autre côté, il doit être idéaliste, puisque la nature n'est pas toujours tout ce qu'elle voudrait être; d'ailleurs, il est utile en ce qu'il nous aide à saisir toute la signification des faits \
Nous avons déjà plusieurs fois critiqué le point de vue métaphysique auquel Lotze se place; aussi n'examinerons-nous que le côté positif de la question. Lotze distingue en somme deux instincts dans l'art: l'instinct d'idéalisation et la tendance à réaliser l'idéal. On peut admettre sans discussion l'existence d'un instinct qui nous pousse k purifier* les impressions reçues, en un mot, à concevoir un idéal : c'est là, nous semble-t-il, un fait d'expérience. Quant à la tendance à réaliser l'idéal, elle se ramènerait en somme à l'hypothèse de