‹ Essai sur l'esthétique de LotzeChapitre 38 sur 51 · Cf. Kœgel, op. rit.^ IIP partie · texte numérisé non relu

Cf. Kœgel, op. rit.^ IIP partie

2. Cf. Hegel, Cours d'Esthétique^ introd., III, 1,1" partie, III, 1.

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M. Fouillée : toute idée a une tendance à se réaliser en acte; il en serait donc pour l'idéal de même que pour toute autre idée. Mais il nous semble que l'instinct d'imitation suffirait bien à expliquer le côté proprement actif de la création artistique. Tandis qu'on peut regarder comme des manifestations inférieures de cet instinct, chez certains animaux bien connus, rimitation des gestes et des paroles de l'être humain, et, parfois aussi, chez de jeunes enfants, l'imitation de manières d'agir particulières aux adultes, on pourra déclarer que, par son alliance à l'instinct d'idéalisation, c'est-à-dire à un élément intellectuel, il perd son caractère de pur automatisme et constitue Tart.

Par conséquent, nous admettons avec Lotze que l'art, suivant la vieille définition de Bacon, est Vhomo additus naturœ; mais, pour nous, l'art est constitué en réalité par une action concordante de l'instinct d'imitation et de l'instinct d'idéalisation.

§ 2 Le rôle de VArt

(( Après avoir admis, dit I^tze {Grdz,^ § 35), la tendance involontaire de la fantaisie, sous le nom d'art, parmi les activités officiellement reconnues à rhomme, il reste à faire quelques considérations qui, en elles-mêmes, lui sont étrangères. » Ces considérations présentées par Lotze ont toutes rapport au rôle de l'art, et sont bien loin de constituer des nouveautés en matière d'esthétique.

« On se demande d'abord, dit-il, si l'art doit enseigner quelque chose ? Et nous répondrons : rien, certes, de ce que l'on peut parfaitement apprendre sans lui ; mais bien ce qui ne peut jamais être créé par la science, bien que reposant sur dès principes scientifiques. C'est ainsi, par exemple, que la science peut étudier les principes de la psychologie, de la morale et de la religion ; elle devrait toujours s'en tenir aux généralités. Au contraire, l'art ne peut enseigner la vie individuelle des âmes, le délicat sentiment de la moralité qui décide dans des cas particuliers de conflit, la profondeur totale et la valeur du contenu de la croyance, qu'en tant qu'il représente tout cela sous une forme vivante » (Ibid.). Ces remarques, pour être exactes, n'ont cependant rien d'original. On les trouve déjà chez Hegel, résumées en cette formule très nette : « L'idée ne doit pas^être développée dans sa généralité comme telle, mais individualisée dans une forme particulière et concrète » (Cours d'Esthétique, introduction, III, 3). — Disons, avec Lotze et en un langage plus positif, que l'art doit représenter des généralités, mais en les individualisant dans une « forme vivante»; en effet, l'art s'adresse tout d'abord aux sens : il doit donc, par là même, emprunter plus ou moins au sensible, c'est-à-dire représenter son contenu. [Inhalt) général sous une forme particulière.

Mais faut-il insister encore et dire que l'art s'adresse exclusivement aux sens? En d'autres termes, son seul but est-il le plaisir esthétique? C'est évidemment l'opinion de Lotze, car il dit(Grc?-3;.,§37):(( L'ancienne opinion que tout art travaille en vue du plaisir nous semble, malgré son expression surannée, plus juste que

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les théories modernes : celles-cî sont plus spirituelles, mais (se contredisant au fond) veulent seulement la représentation, du 6eaM, et ne demandent pas ensuite si tout le monde est satisfaite »

Une telle théorie nous semble un peu primitive. Hegel, s'il a le tort d'introduire continuellement la métaphysique dans l'esthétique, de subordonner celle-ci à celle-là, a du moins le mérite de reconnaître à l'art une valeur plus élevée ; en effet, il critique vivement (Coursâf Esthétique, introd., III, 2) l'opinion suivant laquelle le but de l'art est simplement la sensation et le plaisir. Sans y voir avec lui une conciliation de l'opposition originelle entre esprjt et nature, nous trouvons cependant insuffisante et même erronée l'opinion de Lotze; et l'on ne comprend guère comment, après avoir parlé de la vénération qu'inspire la beauté, Lotze peut« manquer de respect» à l'art, au point d'en faire simplement une occasion de jouissance.

D'ailleurs, l'étude de Lotze sur les points de détail montre qu'il fait lui-même de nombreuses restrictions à cette affirmation par trop catégorique.

Il étudie d'abord la question classique des rapports • de l'art avec la moralité: l'art doit-il servir à la moralité, est-ce là pour lui un fait essentiel ?

« Il esta moitié vrai, dit Lotze (Grdz,, §36), d'affirmer que l'art n'est qu'un jeu à l'aide de formes, et que le contenu représenté par lui est tout à fait indifférent. Car, certains arts, tels que la musique et i'architecture, ne représentent en général aucun contenu qui soit distinct de leur forme. Mais, pour les productions de l'art d'imitation, on peut juger spécialement

digne de considération l'adresse artistique et faire abstraction du contenu ; seulement, si l'on approuve celle-là et réprouve celui-ci, l'œuvre d'art est alors par là-même complètement n'éprouvée, car il appartient à la beauté que nous ne puissions faire abstraction d'aucune de ses parties pour jouir du reste. Mais, tout en demandant un contenu moral, nous devons nous rappeler, en premier lieu que' la moralité tout entière ne consiste pas seulement dans des actions conformes au devoir, mais dans chaque manière d'être totale qui s'empreint dans toutes les formes involontaires de la conduiteet dans l'établissement des lois de l'existence; en second lieu que la moralité de l'art ne consiste pas dans le fait d'enseigner, d'inculquer des principes moraux, mais seulement dans la représentation de la beauté formelle, par laquelle notre fantaisie acquiert pour la jouissance des yeux un bien non seulement demandé, mais même réalisé. »

Sur ce point, les théories de Lotze nous paraissent assez justes. « De toute production véritablement artis% tique, dit Hegel, on doit pouvoir dégager une idée morale \ » Du moins, disons-nous, aucun élément véritablement immoral ne doit agir sur notre sensibilité, car si l'on ne condamnait la sensualité au nom de la morale, on la condamnerait encore au point de vue esthétique* : la beauté de la forme, quoi qu'on en

Î.Cf. Hegel, Cours d* Esthétique, introcl., III, 3.

2. Cf. Fierens-Gevaêrt, Essai sur l'art contemporain, 1897, p. 110 sqq. — En ce qui concerne la moralité dans l'œuvre d'art, l'auteur cite un passage de Tolstoï sur la « lacune morale » qui dépare l'œuvre de Maupassaht, et un fragment de lettre de Sainte-Beuve à Baudelaire: « Vous dites quelque

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ait dit, ne saurait suffire à l'excuser. Lotze nou» semble avoir raison de déclarer que l'art ne saurait: rester totalement étranger à la moralité ; d'ailleurs^ il ajoute cette restriction nécessaire, que l'art ne doit pas se proposer pour but la représentation d'une idée^ morale, et, par suite, l'amélioration des mœurs, mai» seulement que l'œuvre d'art doit toujours contenir ua sens moral qui nécessite, pour être découvert, unr certain travail de réflexion % et n'apparaisse pa» immédiatement, avec une évidence dogmatique.

Par conséquent, les rapports de l'art avec la morale* sont pour ainsi dire d'une nature négative, puisqul!»: se résument en ces mots: l'art doit interdire tout sujet qui tendrait d'une manière trop prononcée à éveiller des idées immorales. ^

Une question plus intéressante et d'ailleurs plus périlleuse est celle des rapports de l'art avec la religion^ Lotze l'étudié au sujet de la doctrine idéaliste sur lat place de l'art parmi les manifestations de Tactivitémentale de l'être humain. (( Les systèmes idéalistes», dit-il (Grdz., § 38), se sont donné beaucoup de peinepour déterminer la place exacte de l'art parmi toutesles formes de la vie intellectuelle de l'homme. Comm^,. selon eux, l'homme n'est que la plus haute scène oà

part, écrit Sainte-Beuve, en marquant le réveil spirituel quir se fait le matin après les nuits mal passées, que lorsque^ « l'aube blanche et vermeille », se montrant tout à coup, apparaît en compagnie de « l'Idéal- Vengeur », à ce moment par, une sorte d'expiation:

Dans la brute assoupie un ange se réveille.

.... C'est cet ange que j'invoque en vous et qu'il faut cultiver. »

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