Cf. Boutmy, op. rit.^ p
2. Ces deux caractères ontété fort bien établis par M. Boutmy. Comme le remarque cet auteur, on croit, de nos jours, que le génie doit être intuitif et que, s'il raisonne, il n'est plus qiie du simple talent: pourtant, dît-il, on ne saurait nier la beauté (les œuvres raisonnées d'Ictinus et de Mnésiclès. En effet, « la substitution du procédé logique au procédé intuitif
lacunes n'existeraient pas chez Lotze, s'il eût tenu compte de Tinfluence du milieu et du moment, car c'est de cette influence que dépend cette double caracferistique.
a été 1 œuvre caractéristique de la Grèce, en tant qu'opposée h rOrient. . . L'omniprésence, la présence en excès de la déduction sont le caractère commun de toutes les branches du développement spirituel en Grèce... Le Parthénon, le plus parfait des édifices, eki une superposition de syllogismes. On peut écrire à la base du fronton: Nul n'entre ici, s'il n'est dialecti^ cien ». L'esprit logique peut donc être considéré, dans l'architecture grecque, comme le plus important des principes plastiques : c'est, en somme, l'art de subordonner, qui, appliqué k la construction de l'édifice, devient l'art de composer. (Cf. PJnlos. de VAi'vhit. en Grève, p. 127-133).
Mais l'architecture grecque passe bientôt de la. dialectf'qfte à la .sophistique. En effet, il n'y pas, en réalité, dans Tédifice grec, de lignes vraiment droites; il en résulte une impression d'élasticité, « de fermeté vivante et souple », qui produit un puissant effet; ainsi, l'on trouve souvent dans cette architecture ce que M. Boutmy appelle la contradiction précentice : par exemple, les cariatides sont légèrement infléchies en arrière dans leur partie supérieure, pour contrebalancer l'idée d'une chute possible en avant ; de même, bien que l'entablement semble être horizontal, il est plus élevé au milieu que vers les extrémités, c'est-à-dire forme une courbe, et parla délivre le spectateur de toute crainte au sujet de la possibilité d'un affaissement dans la partie centrale. A ce propos, M. Boutmy cite une pensée de Delacroix, recueillie sur les carnets du grand peintre : « Il y a des lignes qui sont un monstre : la ligne droite, la serpentine régulière, surtout deux parallèles. Quand l'homme en établit, les éléments les rongent. Les lignes régulières ne sont que dans le cerveau de l'homme. De là, le eharme des choses anciennes et ruinées; la ruine rapproche Fobjet de la nature» {ibid., 113-114, 133-134).
De plus, contrairement aux Gothiques, les Grecs sont des puristes en architecture (tout aussi bien qu'en musique, où ils professaient un purisme à outrance). « Un monument, comme le Parthénon, dit M. Boutmy, c'est un cristal, et un cristal de l'espèce la plussimple, c'est-à-dire d'une génération facile à déterminer. » En effet, on peut noter la simplicité de rarclir-
Lotze explique ensuite avec beaucoup de clarté et d'exactitude la transition du style grec au style de la voûte (Gewôlbstf/l), «Le style de la voûte, dit-il (Grdz.y § 50), unit par des arcades les piliers de soutien et pose la charge sur ce système.
» Comme l'origine des deux arcs dans les fines colonnes sans division n'est vraiment pas sensible, on a abandonné cette première tentative, et pensé à attri-. buer à la masse des murailles la valeur réelle de corps du bâtiment, de sorte que, grâce à des lignes de division, celui-ci se partage, en dehors de ses masses inorganisées, en des piliers d'élévation qui apparaissent, grâce à une ornementation convenable, à la fois comme dépendant de ce corps et comme en étant des parties
trave et de la colonne, l'absence à peu près totale de courbes (contrairement à ce qui existe dans le style gothique et le style arabe), enfin «la silhouette géométrique, pour ainsi dire minérale » du temple grec. C'est cette franchise de jet, cette simplicité de tracé qui produisent la beauté du galbe. En effet, « la colonnade grecque, dit M. Boutmy, offre sans interruption, et à temps égaux, l'image répétée d'une même idée : la tension dans le sens vertical ». D'ailleurs, il y a encore verticalité dans l'ornementation de la colonne ; cette ornementation ne constitue donc qu'un simple renforcement de l'impression. Le Grec, en effet, évite les dissonances en architecture; il préfère même l'unisson k l'harmonie de sons variés.Il n'utilise que peu d'ornementations (oves et fers de lance, feuilles d'eau, palmettes, tresse grecque) et les plus simples possible ; d'ailleurs, elles ne prennent jamais place dans les grandes surfaces qui ^toujours, restent nues (contrairement à la gaufrure universelle du style arabe, et aux statues que le style gothique place dans les murailles) ; l'ornementation, dans le style grec, ne peut servir que comme limite. D'autre part, l'ombre y est toujours d'une seule venue : on n'y trouve jamais d'ombres partielles, jamais de ces « espiègleries de lumière » chères aux Hollandais, dont l'œil était habitué aux effets du clair-obscur. Quant à Tadmis-
privilégiées. La possibilité de faire sortir de ce corps massif, des arcs s'élevant à chaque hauteur et dans •chaque direction, facilite pour ce style la combinaison de nombreuses constructions particulières de hauteur •différente, et permet à leur espace intérieur et à leur perspective toute variété dans le plan. »
Lotze distingue dans le style de la voûte les deux ;grandes subdivisions généralement admises : le style roman et le style gothique,
« Le style roman (style du plein-cintre), dit Lotze {Grdz,, § 50), par la vaste masse des murs qui constituent les panneaux, par les piliers légèrement en saillie, par les arcs simples et larges, un peu nombreux, qui soutiennent les toits inarticulés en passant •de pilier en pilier, par la formation claire et signiôca-
sion de la polychromie, elle s'explique, suivafit M. Boutmy, par une tolérance spéciale de Voptique naturelle des Grecs pour le choc des couleurs, tolérance qui lui faisait défaut en •ce qui concerne la complexité linéaire {ibicL, p. 95-102).
Enfin, U faut reconnaître chez les Hellènes une «exquise rae- :sure»;le paysage si simple qui les entourait était d'ailleurs pour eux une véritable « école de tempérance». Aussi n'ont-ils pas sacrifié la proportion à la dimension; ils ont été les premiers à •s'apercevoir que la puissance de l'impression n'est pas absolument en raison de la grandeur mathématique. « Combien le Parthénon, presque deux fois moins haut que la Madeleine, n'est- »fl pas plus noble que cette pédante imitation du temple grecl L'une des plus grandes découvertes delà Grèce dans les arts, a •été cette substitution du comparatif au positif . «Et M. Boutmy, explique cette mesure et ce goût de la simplicité par ce fait 'que le Grec a, pour la sensation, une puissance de vibration •et une subtilité extraordinaires {en effet, jusqu'à Cléon, les Grecs ignorèrent le geste oratoire ; de même au théâtre, le .geste ne fut introduit que très tard; ibicl.^ p. 103-110).
Ces excellentes remarques de M. Boutmy nous paraissent -constituer un complément nécessaire aux indications de Lotze.
tive de la corniche du toit, surtout par une distribution agréable de l'ensemble en masses principales distinctes, par l'ornementation bien appropriée à Vaide de pleins-cintres et de leurs combinarisons, par Tindication du cercle dans la clôture polygonale du chœur^ dans les dômes médians, dans les tours des églises, etc., ce style, disons nous, donne l'impression de l'équilibre entre les forces vivement ascendantes et la charge. »
Lotze, à notre avis, commet une erreur en déclarant que le style roman donne l'impression d'un équilibre entre les deux forces opposées : ne manifeste-t-il pas, au contraire, une prépondérance de la charge sur les forces ascensionnelles? Il nous produit, en effet, comme une impression d'écrasement. C'est plutôt, à vrai dire, dans le style grec qu'apparaît cet équilibre, et c'est de là, sans doute, que provient cet aspect de majestueuse sérénité que possèdent les monuments de l'architecture grecque.
Mais, par contre, Lotze a fort bien compris en quoi consistait l'originalité de l'architecture ogivale.
(( Le str/le gothique, dit-il en effet (ibid.), manifesta une prépondérance évidente des forces ascendantes sur la pression ; sans doute, cela tient déjà en partie à ce que les dimensions en hauteur surpassent toujours la largeur; ce fait est visible dans les o//ives, dans lespignons triangulaires aigus, dans les petites tours ou pinacles par lesquelles se terminent les contre-forts, largement en saillie, des piliers, et qui, toutes, ou bien brisent les lignes horizontales qui expriment le poids agissant en sens contraire, ou bien, en tant qu elles se terminent à diverses hauteurs, représentent une grande diversité de forces, dont chacune, pour s'élever elle-
même au-dessus des autres, agit avec plus d'ardeur. Cette même impression est encore accrue à l'intérieur par la grande distribution des piliers de soutien en faisceaux distincts, qui s'élèvent en nervures de soutieh\ et s'étendent ensuite en un réseau ramifié au sein duquel disparait la charge, c'est-à-dire l'étendue du toit, que divisent en outre des calottes voûtées qui s'entrecoupent mutuellement. Par cette formation génér raie des piliers, et par leur renforcement qui s'ensuit, la masse des murs, très divisée aussi à l'extérieur par des saillies, s'efface de nouveau complètement, et l'ensemble (avec sa distribution bien connue : la façade et ses tours, le dôme sur la quadrature, le polygone qui entoure le chœur, les galeries des nefs latérales, etc) donne l'impression, non pas tant de l'unité d'un organisme, que d'une vie en commun à laquelle participe^ raient de très nombreux organismes particuliers semblables, mais possédant une force vitale très variée. »
Nous ne pouvons qu'approuver et confirmer ces remarques de Lotze, tout en regrettant qu'elles soient basées sur un fondement métaphysique tout à fait invérifiable. Lotze, en peu de mots, résume philosophi* quement ce que 1-e ro.mantisme a développé en d'innombrables ouvrages.
Après quelques brèves indications sur les styles décoratifs^ ((( style de la Renaissance, dérivé des pro^