C'est ce qu'a bien compris Alfred de Musset
2. Par contre, on peut citer d'excellentes et fines remarques de Lotze sur les grands lyriques de l'antiquité et de l'Allemagne moderne. Il dit en effet {GrcU.^ § 77) :
« Les représentants de quelques directions principales du lyrisme sont : Pindare^ qui nous est beaucoup trop étranger pour que nous puissions le goûter; il possède une majesté grave et solennelle fondée sur la magnificence des situations traitées;
Lotze passe enfin à ce qu'il considère comme la forme suprême de la poésie : le poème dramatique.
(( L'intérêt delà représentation dramatique, dit Lotze, repose à coup sûr tout simplement dans la joie procurée par la réalité de vie que cette représentation ajoute, pour expljfluer le discours, à l'aide d'une multitude de traits fins et significatifs qui échappent nécessairement à la narration ; et, de plus, dans la joie procurée par la perfection avec laquelle elle réunit des éléments op-
Horaco, chez qui l'on trouve un genre de poésie philosophique tout à fait différent du précédent, une éducation du sentiment complète et homogène, ne plongeant pas passionnément et pro> fondement dans les choses. Il tire, de petites annecdotes, un principe universel comme règle de conduite pour beaucoup de cas semblables. Des diplomates comme par exemple les hommes d'État anglais, aiment à le citer habituellement. — Schiller^ chez qui l'on trouve une forme tout autre du lyrisme de la pensée : il a les mérites d'Horace, et de plus un ton profond et passionné. Toujours de l'enthousiasme, une grande vivacité de pensée, et non plus la constante sérénité d'Horace qui ne dépasse pas le monde sensible, Schiller est bien loin de .s'arrêter là, et il le sait. — Gœthe^ une conception sereine, simple, aisée de la vie et du monde, et de plus émouvîint plus qu'aucun autre lyrique. — Heino^ avec ses deux caractéristiques : une inexprimable pauvreté de pensée qu'il masque à l'aide d'un artifice artistique sans cesse répété ; l'affectation d'une disposition profonde, vraiment grave et mélancolique, puis l'anéantissement de celle-ci par quelque adjonction railleuse ou inconvenante. C'est par là que Heine est si facilement imitable. — Rârh'crt^ la plupart du temps n'a pas été estimé à sa juste valeur. Il s'attache par trop avec entêtement à de petites bagatelles de la vie. Mais il a une inépuisable richesse de pensée dramatique. Et le contenu erotique a du moins chez lui une variation : Riickert ne chante pas seulement la jeune femme, mais bien enfin la mère de famille et la vie familiale. Notre lied l'eUf/ieu.v alleniaïul : il y a beaucoup de paille mêlée au grain; mais ce qu'il y a de réellement bon dans ces poèmes, c'est vraiment ce que l'on peut trouver de plus grandiose en fait de poésie.
' Jli. I uwipii
posés, quoique simultanés, qui dans la narration se trouveraient séparés.
» Il est donc clair que la lente formation des caractères (qui constitue le roman), que, de plus, les rapports de l'homme avec la nature et la description de simples situations ne conviennent pas à cette forme de poésie, et qu'elle cherche naturellement son objet dans les actions qu'un de ces individus accomplit eu égard aux autres. » Par conséquent, suivant Lotze, le sujet que doit adopter le drame en général, c'est le conflit entre êtres humains ^ . C'est là en effet que réside la condition essentielle du drame, et non dans les obligations plus étroites (telles que Tunité d'action, -etc.) qui valent seulement en ce qui concerne la forme de drame la plus élevée ' (Cf. Grdz., § 78).
Cette définition nous parait satisfaisante. Elle est moins étroite que celle de Hegel : celui-ci, en effet, regarde la poésie dramatique comme la synthèse du lyrisme et de l'épopée ; le fond du drame, suivant lui, ce sont les grandes passions, les idées et les vérités morales : cette forme de poésie naît d'une « collision », d'un conflit moral " ; aussi le poète doit-il surtout connaître les puissances morales qui se précisent et s'opposent dans le drame * . Cette définition nous paraî t
1. On peut rapprocher de cette définition la formule de Hartmann : Les caractères doivent être causes efficientes des actes. Mais, contrairement à Lotze, Hartmann prétend que les caractères doivent se développer dans l'action.
2. Hegel {Cours d'Estli., IIP partie, V, 3) en fait au contraire la seule règle inviolable de la poésie dramatique.