‹ Essai sur l'esthétique de LotzeChapitre 8 sur 51 · Cf. Falckenberg, op. cit., p · texte numérisé non relu

Cf. Falckenberg, op. cit., p

pure) et les lois que la raison prescrit à la volonté (Crit, d, L Rais, pratique)^ déclare qu'il existe une troisième, ou plutôt, une seconde faculté % le jugement réfléchissant (rejlektierende Urteilskraft), par lequel nous concevons non plus les phénomènes indépendamment de l'prdre (raison spéculative), ni l'ordre en dehors des phénomènes (raison pratique), mais bien l'ordre dans les phénomènes (Crit, d, Jug.). Par conséquent, c'est dans ce domaine du jugement réfléchissant que se réconcilient liberté et nécessité, phénomène et noumène, que disparaît «cette contradiction entre l'esprit considéré dans son existence abstraite et absolue, et la nature comme constituant le monde des sens et de la conscience* ». Ce jugement constitue pour notre esprit le passage du monde sensible au monde intelligible. En effet, le jugement réfléchissant, tout en n'étant qu'une espèce du jugement en général, possède cependant une valeur spéciale : le jugement, au sens le plus large du mot, est la faculté de penser (denken) le particulier comme contenu dans le général (cf. Crit, d. Jug,, introd.); mais il se divise en deux espèces : le jugement détenniné (bestimmt) qui subsume le particulier à un général donné, par exemple à une loi (c'est là une faculté intellectuelle qui n'a rapport qu'à la raison pure) ; puis le jugement réfléchissant (reflektie-

1. Car c'est la même faculté qui s'affirme dans ie premier cas, en tant que théorique, dans le second, en tant que pratique.

2. Cf. Cours d'Esthétique de Hegel (traduct. Ch. Bénard), I" partie, Nancy 1840, introd., p. 53. — Cette conciliation, qui n'a chez Kant qu'une valeur toute subjective, a été admise objectivement par l'idéalisme.

rend) qui cherche le général pour un élément particulier donné. Or, c'est à ce jugement réfléchissant que nous avons affaire ici, à cette faculté qui juge à proprement parler les objets, et cela d'après le principe de la conformfté au but ^ .

En effet (comme le dit Lotze, Grdz,,% 7), pour Kant, l'existence et l'apparition de chaque phénomène sont conditionnées par certaines lois de connexion que lui impose notre entendement, et sans lesquelles rien ne peut devenir pour nous objet de connaissance. Mais, de ces lois, nous n'avons pas le droit de déduire les lois d'existence réelle du donné : ainsi le monde, tout en étant soumis aux lois de l'entendement, pourrait ne pas nous permettre une connaissance cohérente de sa nature réelle, ni une action rationnelle sur lui. Mais il existe des rapports entre les choses ; et, de cette intime connexion entre. tous les éléments du monde résulte la possibilité de conformité au but. Or, la connaissance de ce fait heureux, qui aurait pu ne pas exister, provoque naturellement en nous un sentiment de joie, lequel sentiment s'ajoute au jugement réfléchissant (cf. Grdz,^ §7). Et c'est justement en ce plaisir concomitant que Kant croit découvrir la différence spécifique entre le jugement en général et le jugement-réfléchissant*.

Nous nous trouvons ici en présence du plus impor-

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