CHAPITRE VIII
Nentre, depuis la paix de Bâle, c’est-à-dire depuis neuf ans, la Prusse observait avec anxiété les rapides progrès de l’influence française en Allemagne. Déjà , en 1805, cédant à ses vindicatives alarmes, elle s’était jetée dans les bras de la Russie; le fameux serment-, au tombeau du grand Frédéric, allait porter ses fruits, quand la victoire d’Austerlitz était venue changer ces dispositions belliqueuses.
D’éclatantes félicitations remplacèrent une défection imminente; et le comte Haugwitz, envoyé, de Berlin , au quartier-général des alliés , courut à celui de Napoléon. Mais l’Empereur n’avait point été dupe de ce faux semblant de joie. « Voilà, K dit-il, un compliment dont la fortune a changé U V adresse. »
Depuis , à l’aspect de la confédération du Rhin , les inquiétudes du cabinet prussien s’étaient en-
ÊTABLISSKIiEIfT HOKARCHIQUE
core nccnies : vnineinent il tenta d’opposer , au midi de l’Allemagne, une féde^ration des états du Nord; tousses efforts diplomatiques échouèrent contre la -volonté de Napoléon. C’est alors que Frédéric-Guillaume traita secrètement avec l’Angleterre, la Suède et la Russie; tout en conservant envers la France les dehors d’une sincère union , ses armements extraordinaires révélaient une pensée de guerre prochaine.
En même temps, du côté des Pyrénées retentit un cri mal assuré : c’est le prince de la Paix qui , par une proclamation, certes bien imprévue , appelle les Espagnols nux armes. Blessé de la nonadmission des plénipotentiaires de Charles IV aux conférences où Napoléon' traitait de la paix avec l'Augloterre; irrité que lus articles secrets, signés par l’envoyé russe d’Oubril , enlevassent les îles Baléares à l’Espagne, en échange forcé de la Sicile; croyant ain.si se relever, aux yeux de la nation , par une rupture avec la France dont l’alliance u enseveli la marine espagnole à Trafalgar ; enfin , excité, à cette rupture, par la 'Prusse et parla Russie, qui , en occupant ainsi les forces françaises, au Midi, affaiblissaient d’autant leur action contre le Nord, Godoï lance son timide manifeste. Signalant des dangers, promettant de la gloire, il exhorte la nation à la défense commune., mais saps nommer l’ennemi. .
Bans cet .ennemi, Napoléon feindra de ne {>as se
DE NAP0LÉ07I. 149
reconnaître, demandera au favori vingt mille soldats et ajournera sa réponse, c’est-à-dire l’expulsion d’une dynastie.
Dans le cabinet anglais, d’où Fox avait emporté an tombeau sa politique loyale et paciBque, le parti contraire à la France avait prévalu ; toutes les haines , longtemps comprimées par une *»main puissante , s’agitèrent : la quatrième coalition éclata.
Le glorieux souvenir de son Frédéric , la beauté des troupes qu’elle peut déployer , ont exalté la Prusse; mais elle est surtout exaspérée parle consentement de Napoléon à la restitution du Hanovre à l’Angleterre , comme base de la paix , négociée avec lord Lnnderdale : Berlin ose demander , au grand empereur, raison de ses armements; on exige 1" que toutes les troupes françaises , sans exeeption, repassent immédiatement le Rhin , en commençant leur marche du jour même où le Roi se promet la réponse de l’Empereur, et en la poursuivant sans s’arrêter; 2° que la France ne mette plus d’obstacles quelconques à la formation de la ligue du Nord, laquelle embrassera tous les états non nommés dans l’acte fondamental de la confédération du Rhin. Pour tout délai, on assigne à la réponse le 8 octobre (H.).
« Maréchal, dit Napoléon au prince de Neufebâ-
^ (H ) Voir Pièces justificatives.
ÉTABLISSEHENT V'l.< ARCHIQtE
«( tel, ôn nous donne un rendez-vous diionnenr *( pour le 8 : jamais un Français n’y a manqué!
Mais, comme on dit qu’il y a une belle reine qui CI veut être témoin des combats, soyons courtois, (( et marchons, sans nous coucher, pour la Saxe.»
Ce fut alors qu’un fait grave démontra aux plus incrédules l’hostile connivence de la Russie ; chargé, aux tetiues des derniers traités, de remettre à la F^ance^Jér bouches du Cattaro, l’amiral russe SiniavidVÿll^fnsa. 5u|-
Déjà l’un des pitas ardents instigateurs de cette guerre, le prince Louis de Prusse , venait de périr au combat de Saalfeld ; les deux grandes armées française et prussienne étaient en présence : Napoléon écrit à Frédéric-Guillaume ; il l’exhorte à
un accommodement: « Si j’étais, ajouie-
« t-il, à mon début dans la carrière militaire, si «je pouvais craindre les hasards des combats, «^e langage que je tiens à Votre Majesté serait <1 toait à fait déplacé : mais Votre Majesté sera « vaincue, et, sans l’ombre d’un prétexte, elle aura « compromis le repos de ses jours et l’existenoe K de ses sujets. Elle est, aujourd’hui, intacte et « peut traiter avec moi d’une manière conforme à «I son rang; elle traitera, avant un mois, dans une
«I situation différente Sire, je n’ai rien à gagner
« contre Votre Majesté; je ne veux rien , et n’ai Il rien voulu d’elle. La guerre actuelle est une Il guerre impolftique.
BB IfABOLÉOR.
« Ce n’est pas, pour l’Europe , une grande dé- « couverte d’apprendre que la France est du tria pie plus populeuse , et qu’elle est aussi brave et
« aguerrie que les Etats de Votre Majesté Si
<c Votre Majesté ne retrouve plus en moi un allié , U elle retrouvera un homme désireux de ne faire X que des guerres indispensables à la politique de U mes peuples, et de ne point répandre le sang <1 dans une lutte avec des souverains qui n’ont X avec moi aucune opposition d’industrie ,. de K commerce et de politique. Je prie Votre Majesté « de ne voir dans cette lettre que le désir que j’ai « d’épargner le sang des hommes , et d’éviter à « une nation qui , géographiquement , ne saurait Mètre l’ennemie de la mienne, l'amer repentir « d’avoir trop écouté des sentiments éphémères U qui s’excitent et se calment avec tant de facilité « parmi les peuples. »
Mais tel était, à Berlin , l’enthousiasme guerrier de l’armée , de la cour et du cabinet , que ces paroles, si dignes de méditation, n’obtinrent pas même de réponse. Âu lieu d’adopter un plan méthodiquement approprié à sa situation , le monarque tente les périlleuses chanees d’une affaire générale, et, le 1-4 octobre, malgré les intrépides efforts des vieux compagnons du grand roi , Napoléon écrase , à léua , la monarchie prussienne.
De Berlin , le vainqueur lance , sur les lies Bri-
ÉTABUSSCHEIVT aONAKCHIQtE
tanniques, le fatal décret [i] qni les déclare en état de blocus, et qui va soulever, contre la France, le malaisé européen. Non certes que les considérants de ce décret ne soient fondés en droit politique comme en droit naturel, et que l’application de son principe ne soit une trop juste représaille des sauvages procédés de l’Angleterre : mais plus cette arme terrible, avant de frapper l’ennemi au cœur , blessera d’intérêts inoffensifs , et plus le bras qui s’en sert devra parfois > en mesurer l’usage; plus surtout la modération de sa politique générale devra consoler les peuples de leurs souffrances matérielles. Loin de là , le système continental ne sera qu’un instrument de domination universelle , tandis que Napoléon , si inflexible pour les autres , fera , à son compte, la contrebande avec l’Angleterre.
Calculant la portée d’un tel acte , l’Empereur , par un antre décret , dresse en même temps l'immense faisceau des gardes nationales. Tout Français, de vingt à soixante ans , devient soldat soit pour le service intérieur , soit pour l’extérieur.
En six semaines, la puissance prussienne avait disparu.
Les Russes, qui arrivent pour la secourir, vont peut-être la venger. L’hiver, leur allié naturel
[i] ai novembre 1806.
DE KAPOLÉOIf.
s’avance avec ses frimas. Mais quel obstacle arrêterait Napoléon? Déjà n’a-t-il pas, à Austerlitz, triomphé des éléments comme des Russes ? l’Empereur va donc entreprendre une campagne d’hiver.
IC Soldats, Il dit-il à l’armée avant de quitter Berlin , u vous avezjustifié mon attente et répondu « dignement à la confiance du peuple français. K Vous avez supporté les privations et les fatigues •c avec autant de courage que vous avez montré IC d’intrépidité et de sang-froid au milieu des comu bats. Vous êtes les dignes défenseurs de Thon- « neur de ma couronne et de la gloire du grand Il peuple. Tant que vous serez animés de cet es- II prit, rien ne pourra vous résistei*. Je ne sais « désormais à quelle arme donner la préférence... « Vous êtes tous de bons soldats. Voici les résul- II tats de nos travaux :
Il Une des premières puissances de l’Europe, qui Il osa naguère nous proposer une honteuse capi- II tulation, est anéantie. Les forêts, les défilés de Il la Eranconie, la Saale, l’Elbe, que nos pères Il n’eussent pas traverses en sept ans, nous les Il avons traversés en sept jours , et livré , dans tt l’intervâlle, quatre combats et une grande baie taille. Nous avons précédé, à Postdam, à Berlin, Il la renommée de nus victoires. Nous avons fait Il soixante mille prisonniers, pris soixante-cinq V drapeaux, parmi lesquels ceux des gardes du roi
ÉTABUSSEMERT UORARCHIQCE
« de Prusse, six cents pièces de canon, trois forte teresses, plus de vingt généraux; cependapt,
« plus de la moitié de vous regrettent de n’avoir U pas tiré un seul coup de fusil. Toutes les pro- « vinces de la monarchie prussienne, jusqu’à « roder, sont en notre pouvoir.
U Soldats, les Russes se vantent de venir à nous;
« nous marcherons à leur rencontre, nous leur « épargnerons la moitié du chemin ; ils retrouvetc ront Austerlitz au milieu de la Prusse. Une nau tion qui a aussitôt oublié la générosité que nous « avons eue envers elle, après cette bataille où U son empereur, sa cour, les débris de son armée,
U n’ont dû leur salut qu’à la capitulation que « nous leur avons accordée, est une nation qui ne « saurait lutter avec succès contre nous.
<( Cependant, tandis que nous marchons au- « devant des Russes, de nouvelles armées, formées « dans l’intérieur de l’Empire, viennent pren- « dre notre place pour garder nos conquêtes. Mon <( peuple tout entier s’est levé, indigné de la hon- « teuse capitulation que les ministres prussiens, « dans leur délire, nous ont proposée. Nos routes « et nos villes frontières sont remplies de conscrits « qui brûlent de marcher sur vos tiltces. Nous « ne serons plus désormais les jouets d’une paix U traîtresse, et nous ne poserons plus les armes que <( nous n’ayons obligé les Anglais, ces éternels en- <t nemis de notre nation, à renoncer au projet de
UE NAPOLÉON
U troubler le continent, ci à la tyrannie des mers.
« Soldats, je ne puis mieux vous exprimer les « sentimentsquej’éprouvepour vous, qu’en disant « que je porte, dans mon cœur, l’amour que vous U me montres tous les jours. »
L’Empereur court châtier l’armée russe en Pologne. Sur sa roule, il signe, à Posen, untraitéaveo l’électeur de Saxe, lui confère la dignité royale, et l’admet, ainsi que tous les princes de sa maison, dans la confédération du Rhin. Attendu comme un libérateur par les fils de cette héroïque contrée, sans doute il va dire : u Que la Pologne revive ! » Évitant une réponse précise et tout en gagement , Napoléon jette aux députés venus au-devant de lui quelques-unes, de ces paroles oraculaires qui lui donnent le présent, sans le lier pour l’avenir : « Le trône de Pologne se rétablira*
« t-il? celle grande nation reprendra-t-elle son « existence et son indépendance? du fond du tom- « beau renailra-t-elle à la vie? Dieu seul, qui U tient dans ses mains les combinaisons de tous les ‘ U événements, est l’arbitre de ce grand problème « politique! »
11 n’en fallait pas davantage pour enflammer l’ardeur des Polonais; à travç.rs ce nuage, ilscroient revoir leur patrie; tous volent aux armes. Napoléon vient de gagner d’intrépides auxiliaires : mais il manque, à là fois, à un grand devoir et à une saine politique.
‘ 156 iTABLISSEHElIT XOIfARCHIQUE
Dès leur entrée à Warsovie, les Français signalent chaque jour par un combat avec les Russes, et chaque combat par un succès. Czarnowo, au^^onflueni du Bug et de l’Wrka, le 23 décembre; ’Nasielsk, le 24 ; Pulslusk, au confluent de la Narew et de rOrzye; et Golymin, le 26; Mohringen, à seize lieues sud d’Ëlbing, le 25 janvier (1807); Bergfried, le 3 février; Uoff, le 7, sont, tour à tour et presque en même temps, témoins de leur valeur. Le 9 du même mois, après que trois cents bouches à feuontydepart et d’autre, vomi la mort pendant douze heures. Napoléon remporte , à Fylau, une des plus sanglantes victoires que jamais troupes héroïques se soient disputées. Pour le courage , ce sont les mêmes Russes que Frédéric trouvait « plus « faciles à tuer qu’à vaincre. » Enfin, le 1-4 juin, à Friedland, l’armée française célèbre glorieusement l’anniversaire de Marengo.
Napoléon touche du pied le seuil de l’empire moscovite. Mais, modérant la victoire, il s’arrête. Un armistice est conclu à Tilsitt. Les monarques de France et de Russie ont une entrevue sur le Niémen, et, neuf jours après tant de carnages, ils s’embrassent fraternellement aux acclamations de leurs armées ; la paix est signée.
Par égard [i] pour l’empereur Alexandre, qui
[i] « S. M. l'Empereur Napoléon , par égard pour S. M. l'Empe- « pereur de toutes les Russies , et voulant donner une preuve du « désir sincère qu''il a d'unir les deux nations par les liens d’une
DE RAPOLtON.
reconnaît la confédération du Rhin [i] et les trois couronnes de Louis, de Joseph et‘ de Jérôme, récemment improvisé roi de Westphalie aux dépens de la Hesse et de la Prusse, Napoléon consent à rendre à Frédéric-Guillaume une moitié de ses états fermés désormais à la navigation et au commerce anglais. H dispose arbitrairement, il rjestitue en maître, comme si la conquête, anéantissant tons droits antérieurs, créait un nouveau droit de possession. Encore n’est-ce point au roi de Prusse qu’il accorde cette grâce, c’est à l’allié de la Russie. Pour reudre l’humiliation plus amère, et mieux faire sentir que la Prusse ne stipule plus elle-même, mais qu’on a stipulé en son nom, le traité qui la concerne n’est signé que le 9 -, celui avec la Russie avait été signé le 7.
Mais, de la part de Napoléon, une générosité de cette nature était mal conçue; car, trop cruellement mutilée pour se montrer reconnaissante, la Prusse va néanmoins rester assez forte pour se venger un jour.
Dantzick, avec un rayon de deux lieues , recouvre son indépendance sous la protection des rois de Prusse et de Saxe. >
<c confiance et d’une amitié inaltérables, consent à restituer à « S. M. le Roi de Prusse , allié de S. M. l’empereur de toutes les U Russies , etc. , etc. » (Art. iv).
[i j Telle qu’elle est ou deviendra d’après la seule notification qui lui en sera adressée. (Art. xv.)
ÉTABLISSEKENT MONAECHIQtE
Napoléon accepte la médiation de la Russie auprès de l’Angleterre. Les Russes évacueront la Moldavie et la Yalachie ; toutes hostilités cesseront entre eux et la Porte Ottomane. ^
Un nouveau roi, celui de Saxe, devient grandduc de YV'^arsovie : sous sa domination passe une grande partie des anciens territoires polonais. •
Un changement de inailre, voilà doncoùaboütit le noble espoir de la Pologne. Sa nouvelle situation sera plus tolérable que l’ancienne; mais qu’il y avait loin de cette mesquine transaction à une <
nationalité telle que la réclamaient l’avenir de l’Europe et la vraie gloire de Napoléon ! Quoi qu’en (lise un savant publiciste, dont le nom est une autorité puissante [i], la Russie n’eût point refusé à ses victoires, ni l’Autriche à ses négociations, de restituer les provinces polonaises démembrées en 1795. Pour obtenir, il est vrai, ce magnifique résultat, l’Empereur eût dû se montrer moins exi* i
géant, dans ses prétentions purement de famille, moins impatient de faire, du monde, une monarchie napoléonienne. Peu importait , au bien-être de l’Europe, qu’il fût créé tout exprès un royaume pour quelque frère de Napoléon; mais ce que réclamait l’intérêt général, c’était que le trône de Sobieski, se relevant avec une constitution viable, opposât désormais une barrière à l’ambition mos-
[i] M.' Bignoo, Bùloin de France, depuis le i8 brumaireidc., tome VI. - > t ^ . i(n .
^er-
DE WAPOLÉO!».
coTile, et protégeât l’Alleraagne contre l’influence de l’Autriche et de la Prusse. A Tilsitt, la Pologne fut de nouveau sacrifiée.
En dehors du traité patent, les deux hautes puissances contractantes avaient signé des articles secrets et confidentiels d’une immense portée. Ainsi, disaient ces décrets diplomatiques, la Russie s’emparera de la Turquie européenne, et étendra à son gré ses conquêtes en Asie; les Bourbons d’Espagne, et la maison de Bragance, en Portugal, descendront du trône : ils seront remplacés par des princes de la famille de Napoléon. L’autorité temporelle du Pape cessera : Rome et ses dépendances seront réunies au royaume d’Italie. La Russie s’engage à assister la France de sa marine pour la conquête de Gibraltar. Les Français prendront possession de Tunis , d’Alger, etc., etc. ; à la paix générale, toutes leurs conquêtes d’Afrique seront données en indemnité aux rois de Sardaigne et de Sicile. Malte appartiendra aux Français ; il ne sera fait aucune paix avec l’Angleterre tant qu’elle n’aura pas cédé cette île. Les Français occuperont l’Egypte. La navigation de la Méditerranée ne sera permise qu’aux navires et vaisseaux français , russes, espagnols et italiens : toutes les autres nations en seront exclues. Le Daneniarck sera indemnisé, dans le nord de l’Allemagne, par les villes anséatiques, mais sous la clause expresse de remettre son armée navale dans les mains de la
ÉTABUSSEMETT VONAKCHIQtB
France. Enfin les deux empereurs se réservaient d’établir un règlement d’après lequel nulle puissance, à l’avenir, ne pourrait mettre en mer des navires marchands , à moins d’entretenir un certain nombre de bâtiments de guerre.
Une autre convention secrète prononçait l’évacuation des bouches du Cattaro en faveur de la France , et attribuait à Napoléon la souvraineté des Sept-Iles. Elle reconnaissait aussi la* royauté de Joseph, non-seulement à Naples, mais en Sicile, sauf des indemnités à Ferdinand IV sur la côte de Barbarie, Candie et les Us Baléares.
Comme on le voit. Napoléon et Alexandre s’apprêtaient au partage du monde : à l’un le Midi et l’Occident, à l’autre l’Orient et le Nord.»
Toutefois, dans les gigantesques proportions de ce marché /éonm, vainement l’homme d’Etat cherche et l’harmonie et la solidité : tout y est incohérent, inachevé, incomplet. Il n’en pourra pas sortir un nouveau droit public européen; ce n’aura été qu’une tentative immodérée de la force matérielle, momentanément triomphante.
Le nom d’arbitre de l’Europe ne sied déjà plus à Napoléon ; c’est autocrate qu’il faut dire, car sa volonté de fer plane sans obstacle sur le continent. Si jamais la monarchie universelle fut près de n’être plus une chimère, ce fut à celte époque , unique dans l’histoire, où un soldat, fils d’une révolution démocratique, semblait devoir saisir tour
à tour et presser sur son front toutes les couronnes de Karl-le-Grand ^ de Charles - Quint et de Louis XIV.
mais Napoléon vient de franchir le faîU : quelles que soient en lui les forces du génie, il ne peut plus monter, et le vertige a touché cette tète puissante.
ÊTABt.ISSE]IErtT MO!fARCHIQCE