CHAPITRE XL
L’Autriche, profondérooit blessée de n’avoir pas été appelée aux conférences d’Ërfnrth, ne pouvait se résignera son rôle secondaire ni à la suprématie française en Allemagne ; aussi, depuis la fin de 1 808 , avec le secours des subsides anglais , préparait-elle en silence une rupture. Nulle occasion plus favorable que l’éloignement de Napoléon et de ses meilleures troupes. Une seule victoire, et sa bannière entraînait l’Europe à une insurrection générale.
Cédant à de si douces illusions, cet impassible cabinet, dont Frédéric disait : « J’ai vu les géné- « raux autrichiens faire souvent des fautes- le ca- « binet, jamais, » donne l’imprudent signal, et deux cent quatre-vingt-dix mille fantassins, trente mille cavaliers, sept cent quatre-vingt onze pièces d’artillerie, et une landwehr de deux cent vingt-quatre mille hommes, entrent en campagne. Prenant l’offensive sur tous les points, elle enva- <
DB IfAP0LÉ05.
hit la Bavière, la Franconie, Je Tyrol, Fitalie, la Pologne [i].
Accoqru de Madrid, Napoléon ne lui oppose que cent quarante mille combattants ; mais son génie les enflamme 1 les journées de Taunn , d’Abensberg , de Landhut , la grande bataille d’FckmuIh , la prise de Ratisbonne, le sanglant combat d’£bersberg, lui ouvrent, après un bombardement de trente-six heures, Vienne une seconde fois.
Bientôt, les 21 et 22 mai l’indécise victoire d’Essling [ 2 ], qui coûte Ihmnes à la France, ranime un moment l’espoir des ennemis. Alors éclatent de toutes parts, dans le Tyrol, en Westphalie, en Prusse , des insurrections depuis longtemps combinées [3] ; l’Autriche regarde avec anxiété du côté de l’Italie; elle épie les premiers feux de l’incendie attisé par ses soins. Mais tout à coup ce vaste embrasement s’arrête ; ajournant l’explosion de ses ressentiments, la Prusse reste fidèle à l’alliance française ; conduite habile, car le Tzar vient de déclarer la guerre à l’Autriche, et, après quatre mois de campagne, l’illustre archiduc. Char les a reçu, à Wagram [4], le coup de grâce. Lp 14 octobre 1809, on signe la paix dans Vienne.
[1] Mémoires sur la guerre de 1809 en Allemagne , etc. , par M. le (;énéral Pelet, tome 1.
[*] D’Asparn, selon les Autrichiens. ^
[ 3 ] Mémoires sur la guerre de 1809 en Allemagne , etc. , par M. le général Pelet , tome i.
[ 4 ] « ha bataille de Wagram est une des plus remarquables des
ÉTABLISSEHEIfT HONARCHIQtE
Un jour, avant Essling, l’Empereur suivait, à cheval , la route de Saint-Polten ; Lann&s et Berthier étaient à ses côtés. Arrivés aux ruines du château de Diernstein, prison jadis de Richard Cœur-de-Lion: « Celui-là aussi, diC Napoléon en « s’arrêtant , avait été guerroyer dans la Palestine «( et la Syrie. Il avait été plus heureux qne nous à U Saint-Jean-d’Acre, mais non plus vaillant que «toi, mon brave Lannes.... Il est vendu, par «un duc d’Autriche, à un empereur d’Allemagne, «qui l’enferme et qui n^est connu que par ce
«trait de cruauté Tels étaient ces temps
« barbares, qu’on a la sottise de nous peindre si «beaux.... Quels progrès a faits notre civilisa-
« temps anciens et modernes , par les travaux immenses qui l'ont U préparée , par la force des, armées qui l’ont livrée , cn6n par U les résultats politiques et militaires qui l’ont suivie. On y voit « trois cent mille hommes , avec huit cents canons, exécuter de a véritables évolutions dans une plaine unie , et l’armée française a se déployer, s’étendre, se resserrer, manœuvrer comme un a régiment à la voix de son chef. Dans la plupart des batailles de a Napoléon , on remarque une pensée unique , méditée par le a génie qui prévoit tout, exécutée pâr une valeur à laquelle rien U ne résisté. A Wagram , la scène change à chaque instant ; les O deux arméès passent successivement de l'offensive à la défena sive ; et c'est au milieu des attaques , de la victoire même de a l’Archiduc , que l’Empereur opère , par le centre de sa ligne , « on changement de front général qui lui assure les palmes du « triomphe. Sous ce dernier rapport , cette bataille mérite d'être a étudiée avec attention ; elle fera époque dans les annales de la a science militaire : l'immensité de son échelle ne lui fait riea a perdre de sa précision. » {Mémoires sur la guerre de 1809 en Allemagne , etc. , par M. le général Pelet , tome iv.
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DB ITAPOLÉON.
«tionf.Voüs avei vu des empereurs, des rois en «ma puissance, ainsi que leurs capitales et leurs
«états Je n’ai exigé d’eux ni rançon, ni aucun
« sacrifice d’honneur !..... Et ce successeur de Léo- «cpold et de Henri, que nous tenons plus qu’à «moitié, il ne lui sera pas fait plus de mal que la « dernière fuis , malgré son attaque assez félonne.»
£t il ne pouvait détacher son regard de ces ruines , comme si de mystérieux caractères lui révélaient vaguement une page de l’avenir.
Par le traité, l’empereur François II abandonne, aux souverains de la confédération du Rhin , Salzbourg, Bertolsgaden et une portion de la Haute-Autriche ; il renonce , en faveur do ‘ Napoléon, à Goritz, Montefalcone, Trieste, au cercle de Villach en Carinthie , à tous les pays situés à la droite de la Save jusqu’à la frontière de la Croatie turque; il cède, en outre, au grand duché de Warsovic , toute la Gallicie occidentale avec Cracovie, et le oercle de Zamosc, dans la partie la plus orientale de la Gallicie; il reconnait tous les changements survènus ou qui pourraient survenir en Espagne, en Portugal, en Italie.
Avec une égale résignation, l’Autriche entre dans le système continental.
Un décret du même jour réunit, en un seul corps, sous le nom de Provinces Jllyriennes , les pays francisés par la victoire , en y comprenant aussi la Dalmatie.
181 ÉTABI.ISSEUF.'CT iniVARCHIQUE ’
Mais Napoléon vient de commellre une faute . {;rave : il eût dû , affaiblissant davantage le vaincu de Wagram, ne laisser qu’une tète à son aigle , et séparer les trois couronnes d’Autriche, de Hongrie, (le Bohème. Un jour, il le sentira, niais trop tard.
Parmi tant de vastes et meurtrières commotions , c’est presque' un événement inaperçu que la brutale translation du Pape à'Savone , et que Rome se réveillant un jour ville française. Le décret qui en ordonne ainsi est signé dans cette même capitale, d’où partit, huit’siècles plus tôt, l’empereur Henri IV, pour se traîner, au-delà' des monts, en pénitent, heureux, après trois jours * d’humble attente sous le cilice et en plein air, dans la cour du château de Canossa sur l’Apennin, d’y baiser humblement , à genoux , les pieds du Pape très-clément.
U Considérant, dit ce décret, que lorsque / « Charlemagne, empereur des Français, et notre « auguste prédécesseur , fit don , aux Evêques de *i Rome, do diverses contrées, il les leur céda à « titre de fief, pour assurer le repos de ses sujets , <( et sans que Rome ait cessé, pour cela, d’être une « partie de son empire;
« Considérant que, depuis ce temps', l’union des «deux pouvoirs, spirituel et temporel, ayant été, «comme elle est encore aujourd’hui, la source tt de continuelles discordes , les souverains ponti- Il fes ne se sont que trop souvent servis de l’in-
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DS SAPOLtOS.
« fluence de l’un que pour soutenir les prétentions U de l’autre, et que, par cette raison, les affaires U spirituelles, qui, de leur nature, sont immuables,use trouvent confondues avec les affaires tempo- « relies, qui changent suivant les circonstances «et la politique des temps.
U Considérant enfin que tout ce que nous avons « proposé pour concilier la sûreté de nos années , U la tranquillité et le bien-être de nos peuples , la « dignité et l’intégrité de notre empire , avec les « prétentions temporelles des souverains pontifes , U ayant été proposé en vain , nous avons, etc. »
Ce décret réunit les états du Pape à l’Empire français. La ville de Rome, premier siège du christianisme, et si célèbre par les souvenirs qu’elle rappelle et les monuments qu’elle conserve [i], est déclarée ville impériale et libre; son gouvernement et son administration seront réglés par un décret impérial [2]. Les monuuents de la grandeur romaine seront conservés et maintenus' aux dépens du trésor impérial [ 3 ] ; la dette publique est déclarée dette de l’Empire [4] : les revenus annuels du Pape seront portés jusqu’à deux raillions de francs libres de toute charge et redevance [5]; les
{1] Ëxpre«sions du decret, art. 1".
[*] Art. a.
[3] Art. .3.
li] Art. 4.
Art. 5.
ÉTABLISSEUKriT MONARCHIQUE
ise
propriétés et palais du Saint-Père ne seront soumis à auuuneimposition, juridiction, visite, et jouiront, en outre, d’immunités spéciales [i].
Vainement, trois semaines après , Pie VU lancet-il contre l’altier potentat l’excumniunication ;
telum imbelle, t!ng ictu;
La foudre a changé de maître.
Mais, en gagnant Rome, Napoléon perd l’appui du clergé catholique , et le souverain pontife lui était moins redoutable, au Vatican [2], que prisonnier.
[1] Art. 6.
[1] « Dans cette {^icrrc {-énérale de TEurope contre la France , « Rome derint, dès i 8 o 5 , un nouveau Coblentz, le qiiartier- « ^néral des intrigues contre Napoléon, le refuge des brigands « napolitains, des opposants italiens... Le ministre d'Autriebe , les O agents anglais y dominaient. Les assassinats des Français se con- « tinnaient sur toutes les rentes de l'Etat ecclésiastique... Depuis « longtemps , Napoléon savait à quoi s'en tenir, et ne voyait plus , U dans la cour de Rome , qu’un ennemi caché , prêt à éclater dès « qu'il pourrait le faire en sûreté... Les Anglais , les Russes, les « Autrichiens , chassés de Naples, de Gènes et de toute l'Italie , « s'étaient réfugiés A Rome; ils y attachaient le fil des intrigues « qui remuèrent l'Italie contre Napoléon. Celui-ci avait la convic- « tion et la démonstration que le Saint-Siège , trop faible pour « agir ouvertement , l'attaquerait sourdement, La pertinacité de « Rome augmentait avec lés embarras de l'Empire , elle se com- « binait avec la guerre d'Espagne et celle d’Autriche en 1809... » Ce fut après la bataille d'Essling , à la suite de laquelle un parti a entrevoyait très-joyeusement l.-i perte de Napoléon , que le Pape
DE KAl'OLÉOn.
San» plus de bruit , Gusiave IV tombe du trône de Suède; en déposant leur roi, en le punissant de sa funeste politique, les Étals lui laissent la liberté et la TÎe. Honneur au peuple qui sait faire ainsi la part de la justice et de la modération !
Cette révolution amène la Suède dans le système continental. Bientôt le suffrage des quatre Ordres nomme prince royal héréditaire un des plus glorieux fils de la France, Bernadotte, prince de Ponte-Corvo.
De retour à Paris, Napoléon y reçoit les hommages de ses grands vassaux, le^vice-roi d Italie, les rois de Naples, de Saxe, de Hollande, de Wurtemberg, de Bavière, de Wesiphalie.
Tandis que la capitale célèbre les fêtes de la paix, une grande partie de rariiice d’Allemagne a traversé les Pyrénées. Ce renfort est devenu nécessaire; car il ne suffit pas de quelques batailles pour terrasser un peuple qui se lève, combat et meurt pour son Dieu , son indépendance et son ✓
« plaça *00 excommunicalion. Ce rapprochement blessa îofini- « ment Napoléon ; et il faut reconnaître qu’il était fait pour cela... « Le Pape avait établi une forte opposition sur le séjour, à Rome, « des cardinaui et des prélats italiens ou napolitains, qui se refu- « saient àJeur devoir à l’égard des nouveaux souverains... Une « chouannerie religieute, c’est le nwt propre , avait été organisée ■ contre Napoléon j il en connaissait tou* le* fil* , et il s’est re- « connu impuissant à réprimer ce* mains opiniâtres qui les re- « nouaient sans cesse I... » (Les Quatre Concordait, par M. de Pradt, tome n.)
ÉTABUSSBaERT MORAaCBIQCB
roi [I]. Les bonnes causes sont autrement puissantes. C’est là une des consolantes moralités de l’histoire.
Jusqu’alors Napoléon n’ayait eu pour ennemis que les rois : 1808 cl 1809 armeut contre lui de plus redoutables inimitiés :1e commerce, leclergé, les peuples, tel est le premier châtiment du triple attentat a la liberté industrielle de l’£uroi>e, à la personne do souverain Pontife, à l’existence poUtique de l’Espagne.
Déjà le poignard du jeune Frédéric Slabs s’cst annoncé, à Schœnbrunu, comme l’avant-coureur des vindictes nationales [ 2 ].
[1] Vojr Pièces juttifeallves.
|s] Lettre fie Frédéric Stabsà tes parents.
• a 5 septembre 1809.
V Je dois, oui je dois partir pour accomplir les ordres de Dit-n.
•I Je pars pour sauver «les milliers d’hommes de l’ablme de l'escla- « rage , et enfin pour me vouer à une mort sainte et glorieuse. Je
■ me prosternai , et, les mains élevées vers le ciel , j'invoquai le
■ Tout-Puissant. Bientôt une lumière resplendissante vint frap- « per mes yeux ; elle me parut comme Dieu dans toute sa ma- « jesté ; le feu de ses regards ressemblait aux éclairs ; ses paro-
• les retentissaient comme les éclats de la foudre. J’entendis ces « mots terribles : Part , obéit à la voix de ton Dieu ; je serai « ton guide , je t’appuierai de ma main tecourable. Arrive au
■ but; mais ne t'épouvante pat du sacrifice de ta vie. Les par-
• vit célestes te sont ouverts, et bientôt tu viendras y jmdr ,
• près de moi, d’une félicité étemelle...
« Non, mes chers parents, ne regrettez point votre fils; félici- « lez- vous du bonheur dont il va jouir, en quittant le tumulte
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DE RâPOLÉOR.