CHAPITRE XIII
Six ans s& sont à peine écoulés depuis que Bonaparte, en recevant du Sénat la couronne impériale , avait solennellement déclaré ne vouloir faire aucun agrandissement au territoire do la République ; déjà néanmoins la France de 1811, avec les annexes possédés par la famille impériale, renfermait près de cinquante-sept millions d’habitants.
Ainsi que Rome, La Haye est une de ses bonnes villes; car la Hollande, comme le Valais , comme les villes Anséatiques, subit la loi commune. Noblement descendu du trône, Louis a donné un grand exemple : au rôle odieux de proconsul étranger, il préfère la vie privée; les bénédictions de cette patrie d’-un moment le suivent dans sa retraite [i].
[i]« Venez, monfiU; > dit Napoléon an grand-duc de Berg appelé, par Louis , à sa succession , ■ je serai votre père : vous
UE NAPOL&OÜ.
En outre y seize millions de vassaux, sous des ' maîtres intermédiaires, obéissent au signe de tète de Napoléon : l’Europe tient à ses ordres près de quatre-vingt- six millions de sujets; sans sortir de France, on peut errer du détroit de Charybde au détroit du Sund.
Pour compléter le blocus continental , le long de la mer du Nord , Napoléon s’est emparé, le 28 février, du duché d’Oldenbourg : usurpation funeste qui blesse au vif le Tzar, uni an prince dépossédé par des liens de famille et d’affection. .
Mais, tandis que la foule admire le colosse, de > sourds craquements arrivent déjà par intervalles, à l’oreille de l’homme d’État.
Au midi, l’incendie d’Espagne projette, par-dessus les Pyrénées, des flammes lugubres; vers le Nord, des nuages s’amoncèlent; l’Âlleniagne aiguise en silence l’arme terrible des sociétés secrè-^ tes ; l’Europe étouffe dans la main d’un homme : tout annonce des convulsions prochaines.
Ecoutons Napoléon lui-niéme.
« Il n’est point de petits événements pour les
« n'y perdrez rien. La conduite de votre père afflige mon coeur;
« sa maladie seule peut l’expliquer. Quand vous serez grand, « vous payerez sa dette et la vôtre. N’oubliez jamais , dans qnel- ■ que position que vous placent ma politique et l’inlérét de mon « empire , que vot première devoirs sont envers moi , vos soit corids envers la France : tous vos autres devoirs , même ceux « envers les peuples que je pourrais vous confier , ne viennent « quaprès. »
tTABLISSESEITT KOKABCHIQDE
« nations et les souverains : ce sont eux qui gou- « vernent leurs destinées. Depuis quelque temps , U il s’élait élevé de la mésintelligence entre la « France et la Russie.
U La France reprochait. à la Russie la violation «du système continental.
« La Russie exigeait une indemnité pour le duc « d’Oldenbourg et élevait d’autres prétentions.
U Des rassemblements russes s’approchaient du « duché de Varsovie; une armée française se forte roait au nord de l’Allemagne. Cependant on était « encore loin d’être décidé à la guerre, lorsque tout i( à coup une nouvelle armée russe se met en marche « vers le Duuhé, et une note insolente est présentée U à Paris, comme ultimatum , par l’ambassadeur « russe qui, au défaut de son acceptation, menace « de quitter Paris sous huit jours.
« Je crus alors la guerre déclarée. Depuis long- « teipps je n’étais plus accoutumé à un pareil ton. U Je n’étais pas dans l’habitude de me laisser'pré- « venir; je pouvais marcher à la Russie, à la tète « du reste de l’Europe; l’enlreprsie était populaire, « la cause était européenne; c’était le dernier ef- « fort qui restait à faire à la France. Ses destinées, «( celles du nouveau système européen, étaient au « bout de la lutte. La Russie était la dernière res- « source de l’Angleterre; la paix du globe était en «I Russie, el le succès ne devait point être douteux. •( Je partis ; toutefois, arrivé à la frontière, moi ,
DE IVAPOLÉOn.
« auquel la Russie avait déclaré la guerre en reli- II rant son ambassadeur, je crus devoir envoyer le « mien (Lauriston) à l’empereur Alexandre , à « Wilna; il fut refusé, et la guerre commença [i]. »
Napoléon dit vrai, il ne fut point l’agresseur ; à travei's les proelamations do Tzar , ki vérité s’est * , fait jour. Dès 1810, Alexandre armait contre la France dans la partie occidentale de son empire : et toujours', et partout, le monarque russe, sauf le rapide engouement de Tilsitt,aucongrèsd’Erfurth, comme au mqmentoù il affirmait à Napoléon, vouloir être son second contre l’Angleterre, le monar- » que russe fut l’homme de la coalition. En 181S , malgré la foi des traités, il ne prenait même plus le peine de cacher ses relations commerciales avec la Grande-Bretagne.
En 1812, Alexandre écrivait à lord Castlereagh qu’il n’avait jamais cessé de persister dans le système posé, en 1808, par M. Pitt, et dont l’exécution lui paraissait essentielle aux intérêts de l’Europe; quelques années plus tôt, lors de l’odieux bombardement de Copenhague, ce prince, ou ses plus intimes conseillers, n’avaient-ils fias fait exprimer an cabinet deSaint-James, par un officier anglais, littérateur célèbre, toute la satisfaction du cabi- ](iet russe pour cette manière habile de devancer et prévenir les projets de la France? En même temps
[i] Mworiai ds Sainte- Jlilène , tom. ni.
SOS fiTABLISSEKENT SOifASCHIQUE
on invitait les ministres anglais à communiquer franchement avec lui comme avec un prince qui , forcé de céder auxcirconetancea, n’en était pas moine plus dévoué que jamais à la cause de f indépendance européenne.
£t d’où vient cette révélation ? Est-ce le témoignage suspect d’un ami de la France? Bien loin de là, c’est Walter Scott qui parle[i].
Mais le germe primitif de cette raésintelligenee date du traité même de Tilsitt. Dès loi^, en effet, la Russie, dont l’immense ceinture était d’ailleurs à l’abri de toute invasion, se trouva à découvert du côté de sa frontière occidentale et des vastes territoires qui font d’elle une puissance euro-
[i] Ainsi encouragé , le cabinet anglais développa set vues pour conlre-halancer la suprématie française par une confédération du Nord , offensive A la fois et défensive , et dont la Russie serait la tête. Mais, les ministres russes ayant reçu très-froidement cette communication , la négociation avorta, de Napoléon Bonaparte, tom. YII, éd. de 1817.)
■ Après s’étre demandé si , de la part de l’agent , il n’y eut pas confiance excessive, ou si la démarche du Tzar ne provenait pas de l'idée prématurée d'une rupture avec la France , idée qu'en-, suite il avait abandonnée , le romancier anglais adopte une troisième conjecture comme plus probable : à ses yeux , Alexandre ne s’avança ainsique pour découvrir les véritables ressources de la Grande-Bretagne , et l’emploi auquel elle les destinait.
Quoi qu’il en soit de ces diverses interprétations, et bien que le Tzar ne soit posé fièrement en ennemi de l’Angleterre , quand cette puissance eut rejeté la médiation russe dans ses démélés avec la France , néanmoins le fait primitif subsiste , et peut-être estait permu de le rattacher , sans injustice , aux événements de 181S.
X)i0IÎLi.i
08 5AK)LÊ0K.
péenne ; tuule lu vieille Russie s’était émue en voyant l’ancienne portion polonaise de la Prusse érigée en principauté indépendante sous le nom de grand-duché de Varsovie, et remise aux mains du roi de Saxe, descendant des anciens monarques polonais, u N’est-ce pas là , » disait-on dans les cercles politiques de Saint-Pétersbourg, k un prête lude au rétablissement de la Pologne ? £t pour- « quoi cet article spécial qui laisse Dantzick à la « France, tant que durera la guerre maritime, site non pour que cette ville serve de place d’armes «( à la France, en cas de guerre avec la Russie ?»
A ces griefs de l’orgueil national, s’unissaient les doléances du commerce qui maudissait hautement les rudes exigences du blocus continental ; l’artisan à sou comptoir, comme le boïard dans son palais, appelait de tous ses vœux la rupture d’une alliance humiliante et désastreuse.
Quel moment plus favorable? L’Espagne occu- ]>ait alors une forte partie des troupes françaises.
Cependant, Napoléon, appréciant la haute influence du cabinet anglais sur le cabinet russe, veut tenter une démarche pacifique à Londres ; le duc de Bassano écrit donc à lord Castlereagh : il réduit à deux diflicullés principales les causes de la guerre actuelle entre la France et la Grande- Bretagne : c’est la rivalité de Ferdinand et de Joseph pour le trône d’Espagne , c’est lai rivalité
Diyiîl^rLt-ni by CjOOglc
^4 ÉTABLISSEMEKT SOIfAKCBlQOE
de Murat et de Ferdinand de Sicile pdur le trône napolitain.
Connue bases d’accommodement, le gouvememeii l français propose :
1“ L’indépendance et l’intégrité de l’Espagne: repassant les Pyrénées, la France laisserait la monarchie espagnole avec la constitution des Cortès et la dynantie actuelle ;
2“ L’indépendance et l’intégrité du Portugal: l’Angleterre et l’Espagne laisseraient ce royaume à 1a maison de Bragance ;
. Quant à Naples , le statu quo réglerait l’avenir'. Murat garderait Naples; Ferdinand, la Sicile.
Pour tons les autres objets litigieux, chaque partie contractante conservera ce que l’autre ne peut lui enlever par la guerre ; principe qui dominera toute la négociation.-
Six jours après, le 23 avril, arrive la réponse. Bans la proposition, une seule difficulté préoccupe • le cabinet de Saint-James; il n’adresse qu’une seule question , mais cette question touche au cœurnièine de la querelle. La France vient de parler do l’Espagne ihdépendante, avec la constitution des Cortès et la dynastie actuelle : u Entendons- V « nous, dit lord Castlereagh ; la dynastie qui doit « régner en Espagne est-ce celle de Joseph ou *( celle de Ferdinand ? Soiit-ce les Cortès de Cadix
ou les Cortès de Madrid que l’on veut conserver ? *1 Le Prince-Régent est prêt à s’expliquer franche-
DE IVAD0LÊ05.
« ment sur la base qu’on lui présente, si les « intentions de la France sont favorables à Ferdi-
•( nand YIl Dans le cas contraire, des eng^a-
« gements de bonne foi ne permettent pas au K gouvernement anglais de prendre en considé- « ration les propositions de la France. »
Ici s’arrête cette négociation, qui ne dura pas huit jours. Un seul mot de Napoléon, et la paix du monde était faite [i] !
Fatal aveuglement ! Déjà fatigué par la dévorante guerre nationale d’Espagne, Napoléon , sans l’appui des deux plus vieilles alliées de la France, la Suède et la Turquie, court , au pôle nord de l’Europe, se jeter dans le gouflFre d’une autre guerre nationale.
Le monde ancien nous montre les hordes septentrionales s’élançant vers le Midi, à la recherche d’un soleil plus clément; mais , aujourd’hui , c’est le Midi qui se rue à la conquête de la Scythie 1 De part et d’autre les préparatifs sont immenses comme l’entreprise, 'foute la France se hérisse de fer ; trois bans de la garde nationale remplaceront l’armée dans le service intérieur : grande mesure défensive que Napoléon n’employa dans aucune de ses guerres précédentes , et qui prouve toute l’étendue du danger qu’il va courir { 2 ]; cent
[ 1 ] M. le baron Fatn , ilfaRU«m / (^0 i8i3, tom. 1 .
[ï] Campagne de i8ia , par le colonel BuUurlin , aidc-dc-camp de l'empereur de Busâie.
£TABLI8SEMENT MOHARCfitQCE
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cohortes du premier ban feront la campagne.
Le 24 février, la Prusse [i] s’engage a fournir quatorze mille hommes d’infanterie, quatre mille cavaliers', deux mille artilleurs avec soixante canons : l’Autriche [ 2 ] donnera trente mille com** battants.
Déjà Napoléon est à Dresde, y tenant une cour plénière de rois : à la tète de ses courtisans couronnés s’incline l’Empereur son beau-père.
Mais ce fardeau d’hommages ne ralentit point l’ardeur guerrière de Napoléon : le 2 juin, il arrive à Thorn ; le 22 , du quartier - impérial de Wiltoswiski , il salue ainsi son armée : « Soldats , « la seconde guerre de Pologne est commencée. M La première s’est lerminéeàFriedlandet àTilsitt. a La Russie a juré éternelle alliance à la Fl'ance et « guerre à l’Angleterre : elle viole aujourd’hui ses « serments : elle ne veut donner aucune explicau tion de son étrange conduite , que les aigles a françaises n’aient repassé le Rhin , laissant par U là nos alliés à sa discrétion.... La Rassie est enu trainée par la fatalité ; ses destins doivent s’ac- «complir. Nous croit -elle donc dégénérés? Ne « serions-nous plus les soldats d’Austerlitz? Elle « nous place entre le déshonneur et la guerre ; le « choix ne saurait être douteux. Marchons donc
[1] Traite signé à Paris entre M. le duc de Bassauo et M. de Krusemarck.
[a] Traité du 14 mars.
DE RAPOLÉOIV.
« en avant , passons ie Niémen , portons la gnerre U sur son territoire. La seconde guerre de Pologne « sera glorieuse aux armées françaises comme la <( première : mais la paix que nous conclnrons por- <( tera avec elle sa garantie; elle mettra un ternie « à la funeste influence que la Russie exerce dei< puis cinquante ans sur les a£Faires de l’Eu* « rope. »
Tandis que la Prusse orientale retentit de ce cri menaçant, le Congrès américain d^lare la guerre à la Grande-Bretagne.
Marcher droit à l’ennemi , le battre , prendre sa capitale, et diviser son territoire, tel est le plan de l’Empereur : c’est ainsi qu’il a opéré dans toutes ses guerres. Mais, pour réussir, une résurrection de la Pologne serait nécessaire : Napoléon néglige ce point d’appni : il payera cher ce mépris d’un devoir sacré.
Ouverte le 26 juin , et constituée en confédération générale, la Diète de Varsovie avait proclamé le rétablissement du royaume de Pologne. A la voix du vénérable président , prince Adam Czartorinski, déjà maréchal de la Diète un demisiècle auparavant, la vieille patrie avait frémi. Ce fut à Wilna , le \k juillet, comme pour s’appuyer d’un des grands souvenirs de la révolution française, qu’une députation de la Diète vint présenter à Napoléon l’acte de confédération. « Nos désirs « étaient évidents , dit en terminant le nonce Wi-
208 ÊTABLlSSEKSIfT KOPTARCBIQUE
<( bycki; ils iiidiquaieal nos devoirs, et nous avons
« proclamé la Pologne! Sire , dites un mot ,
<t dites : Que la Pologne exUte! et votre décret sera,
« pour le inonde, l’équivalent de la réalité, w a Gentilshommes , députés de la confédération » de Pologne, j’ai entendu avec intérêt ce que K vous venes de me dire , répond l’Empereur : Po»
« louais, j’aurais pensé et agi comme vous ; j’aurais « voté comme vous dans l’assemblée de Varsovie :
« l’amour de son pays est le premier devoir de U l’homme civilisé !
<1 Dans ma situation , j’ai beaucoup d’intérêts à « concilier, beaucoup de devoirs à remplir.
« Si j’avais régné pendant le premier, le second U et le troisième partage de ce royaume, j’aurais U armé mes peuples pour le défendre.
•< Aussitôt que la victoire m’eût mis en état de « rétablir vos anciennes lois dans votre capitale « et une partie de vos provinces, je le fis sans « chercher à prolonger la guerre qui aurait con- « tinué à répandre le sang de mes sujets.
U J’aime votre nation : pendant seize ans , j’ai «( vu vos soldats à mes côtés dans les champs de K l’Italie et dans ceux de l’Espagne. J’applaudis à « ce que vous avez fait ; j’autorise ce qüe vous a voulez faire ; je ferai tout ce qui dépendra de « moi pour seconder vos résolutions) si vos efiBorU « sont unanimes, vous pouvez concevoii;^ l’espé- « rance de réduire vos ennemis à reconnaître vos
DE IfAPOLtOIf.
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«rlroils.... Je tous ai tenu le même langage,
« dès ma première entrée en Pologne : je dois y « ajouter que j’ai garanti, à l’empereur d’ A u- « triche, l'intégrité de ses' domaines , et que je ne « puis sanctionner' aucune manœuvre ou aucun U mouyement qui tende à troubler la paisible pos <( session de ce qui lui reste des provinces de l’an- « cieiine Pologne, etc.
« Faites que la Lithuanie, laSnmogitie, Vitepsk,
<( Polosk , Mohilef , la Yolhinie, l’Ukraine , la Pou dolie, soient animées du même esprit que j’ai << vu dans la Grande Pologne , et la Providence ' « couronnera votre bonne cause par des succ^ ;
« je récompenserai ce dévouement de vos contrées,
« qui vous rend si intéressants, et vous acquiert « lanl de droits à mon estime et à ma protection ,
« par tout ce qui pourra dépendre de moi dans « ces circonstances. »
Ces paroles officiellement bienveillantes^ mais évasives , ne révélaient pas toute la pensée de Napoléon. Laisser a l’Autriche laGallicie, pour garder lui-iuème les Provinces Illyriennes, voilà son irrévocable volonté j il n’était pas d’humeur à faire un pareil sacrifice à la nationalité polonaise.
Déjà , en 1807 , à cette époque de toute-puissance, Napoléon , sous prétexte de ne pas retarder la paix de Tilsitt, s’était borné à l’érection du duché de Varsovie; récemment encore n’avait-il pas déclaré, à l’envoyé d’Alexandre, qu’il ne favori-
ÈTABUSSSlIBnr VONAICRIQVE
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serait pas le rétablissement de la Pologne, qu’il avait déjà offert d’en prendre l’engagement , qn’il était toujours prêt à le faire (K) ?
Mais, vain calcul d’un égoïsme sans prévoyance ! bientôt la défection de cette même Autriche , à laquelle Napoléon sacrifie la restauration do trône ' des Jagellons , livrera au Tzar la Pologne entière. Les Polonais avaient compté sur un tout autre langage; forcés de renoncer à une si chère es|iérance, et déshérités d’une patrie , leur enthousiasme se refroidit; mais , toujours fidèles à l’honneur, jusqu’au dernier moment ils combattront et mourront pour la France.
Ce douloureux désappointement d’un grand peuple produisit, dans l’Empire, un fâcheux effet : Napoléon fut sévèrement jugé ; car sa politique apparaissait dépourvue de moralité , ou Ini-inéme il doutait déjà de ses forces.
Le voilà donc s’enfonçant, avec plus d’un demimillion de soldats , sous le cinqiiante-cinquiènie degré de latitude, à travers ces âpres régions où Charles XII n’avait pu nourrir ses vingt-cinq mille Suédois ; il va défier l’hiver dans son redoutable empire.
On ne sait que trop la catastrophe de 1812 :
Dieu merci , il n’entre pas dans mon plan de peindre la déchirante agonie de la grande année,
(K) Voir Pièces juitificativet.
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DK NAPOLÉOIf.
et de traîner le lecteur aux funérailles de tant de braves. C’est assez de suivre Napoléon vaincu par les éléments [i], trahi par deux alliés, seul avec un ami fidèle, traversant, en traîneau , des royaumes naguère sillonnés de ses splendeurs.
On a beanconp blâmé son brusque départ ; gé- ‘ néral , le reproche eût été fondé; mais , chef d’un empire,^ il avait d’autres devoirs. *
« Je pèserai plus, dit-il au duc de Vicence, sur B mon trône, aux Tuileries, qu’à la tête de l’ar- .
U niée. Au surplus je ne quitterai l’armée que « quand elle aura rejoint ses renforts, que ses sub- H sistances seront assurées , et qu’elle n’aura plus a de chances à courir, n
Tandis que l’Europe le croit enseveli dans les neiges du Nord, l’Empereur s’est montré, presque en même temps à Wilna , à Varsovie, à Dresde. En moins de quatorze jours il a franchi la Pologne, la Silésie , l’Allemagne.
Arrivé à Paris, le 18 décembre, il organise sa vengeance.
[i] « Ce n'est point le général KtUtuow qui a détruit les Fran- « çais , dirent depuis les Russes, c'est le général Morosow (la • gelée). •
ÉTABLISSEKEIT VOi^ABCHIQUE