‹ Essai sur l'établissement monarchique de NapoléonChapitre 18 sur 30 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Napoléon a'commencé l’expiation de sa gloire.

Hais plus les désastres du Nord absorbent l’attention publique , ét plus on s’étonne en voyant que d’autres soucis maîtrisent la pensée de l’Empereur. Tandis que Paris ne s’entretient que de la Russie, Napoléon ne semble frappé que de l’événement dont Paris vient d’être le théâtre.

La récente tentative de Malet est l’objet de ses ])remièrcs informations [i] : elle le préoccupe douloureusement : ilTrémit en songeant que l’audacieux coup de main d’un général obscur a failli changer les destinées de la France, et il reconnaît que, tout en échouant, Malet a porté un coup terrible à sa puissance : la faiblesse de la nouvelle dynastie est révélée.

t [i] Manuscrit de i8i3, par M. le baron Faio, tom. I.

UB NAPOLÉON

Du côté des rois, Napoléon ne veut point voir d’ennemis personnels : *

U I^a guerre que je soutiens, » dit-il dans mie audience publique , « est une guerre politique; je « l’ai faite sans animosité : j’eusse voulu épargner «< à la Russie les maux qu’elle-inènie s’est faits ; '

« j’aurais pu armer contre elle la plus grande « partie de sa population en proclamant la liberté U des esclaves; je me suis refusé à cette mesure,

« qui aurait voué à la mort et aux plus horribles « supplices bien des familles, n ' Blais c’est en France, c’est dans les soupoiiirs de la République , dans les espérances du libéralisme, qu’on lui signale depuis longtemps le danger. La conspiration de Malet est venue donner une nouvelle force à ces insinuations; Napoléon se décide à faire encore reculer la révolution de quelques pas [i]. ■ .

U C’est à l’idéologie, » dit -il au Conseil d’État dans sa première audience [2], « qu’il faut attriu buer tous les malheurs qu’a éprouvés la France;

« ses erreurs devaient amener et ont efiFective- « ment produit le régime des hommes de sang.

« £n effet, qui a proclamé le principe de l’insur- « rectiun comme un devoir ? Qui a adulé le peuple « en le proclamant à une souveraineté qu’il est

[ 1 ] Manutcril de iKi3 ,par M. le baron Fain , tom. i. [ 3 ] 30 décembre.

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« incapable d’exercer? Lorsqu’on est appelé à ré- « générer un État, ce sont des principes constant^ « ment opposés nu’il faut suivre. L’histoire peint U le cœur humain : c’est dans l’histoire qu’il faut « chercher les avantages et les inconvénients des « différentes législations. Voilà les principes qu« U le Conseil d’Etat d’un grand empire ne doit ja- « mais perdre de vue : il doit y joindre un coati rage à tonte épreavo, et, à l’exemple des pré- « sidents Harlay et Molé, être prêt à périr en M défendant le souverain, le trône ellesloif.... La « pins belle mort serait celle d’un soldat qui périt «I au champ d’honneur, si la mort d’un magistrat « périssant en défendant le souverain, le trône et les lois, n’était pçs plus glorieuse encore. » ^

Par cette crainte purement dynastique, et dans ce retour personnel. Napoléon faisait, à son insu, justice sévère de l’état de choses fondé par lui. Sa pénétrante sagacité ne s’y trompait pas : faute de hase à l’édifice, la main d’un fanatique suffisait à son renversement, et, l’Empereur mort, tout mourait avec lui. Écrasée par la conscription, par les impôts, par les droits-réunis, par le blocus, sans existence constitutionnelle, sans droits politiques intérieurs, sans commerce an dehors, la nation se demandait, tout bas encore, mais eu comptant ses blessures , si cette gloire de conquérant n’était pas , dans le dix-neuvième siècle^ un intolérable anachronisme.

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Au dehors, plus poignant encore était le malaise des peuples; car il se compliquait d’humiliations : ce malaise, ces humiliations, exaltés par d’habiles promesses, devinrent, entre les mains des rois, de terribles armes contre Napoléon.

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