‹ Essai sur l'établissement monarchique de NapoléonChapitre 21 sur 30 · IÎ · texte numérisé non relu

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brave si remarquable entre les pins braves de France, a signé nn armistice avec l’Angleterre, ^

le 6 janvier, et, le 11 , nn traité d’alliance offensive et défensive avec l’Autriche ; trente mille Napolitains vont marcher contre la France! C’est un houra général sur Paris [i].

Au midi, Wellington est entré en France par la Navarre; mais malgré l’immense avantage du nombre, malgré la défection des troupes allemandes passées en masse , du camp français dans les lignes ennemies , l’Anglais se sent arrêté au pied des glacis de Bayonne par une barrière plus forte que les Pyrénées: Sonlt et scs guerriers sont là. . *

En Italie , le drapeau tricolore flotte toujours sur Rome; le passage de l’Adige n’a pu être forcé;

Eugène est à Vérone, opposant quatre-vingt mille Français et Italiens aux Autrichiens de Bellegarde ;

Eugène , que les coalisés ont tenté de séduire par de brillantes promesses, mais eu qui la vertu s’élève à la hauteur de son courage !

Deux cent mille Français luttent ainsi dispersés : cinquante mille sur l’Elbe, cent mille an pied des Pyrénées, cinquante mille au-delà des Alpes.

Evacuer les places de l’Elbe n’est déjà plus possible ; peut-être serait-il temps encore d’abandonner l’Italie, mais de graves considérations détournent l’Empereur de ce parti extrême. Il se

[i] Manuteritdt

al

DigitizBu by GoOgK

246 tTABLissKVEïrr aoTtABcnQvs

borne à demander des divisions d’infanterie et de cavalerie an maréchal Soult et an prince Eugène [ 1 ].

Toutefois, avant d’affaiblir ses armées d’Italie et des Pyrénées,. Napoléon a voulu calmer les ressentiments du raidi de l’Europe. Sacrifiant des prétentions qu’il eût été plus sage de ne jamais élever, l’Empereur rend le Pape aux Italiens et Ferdinand aux Espagnols. Le but de cette double concession serait de soustraire l’Italie méridionale à la convoitise autrichienne , et d’affranchir Madrid de l’influence anglaise !

^ Adressant à la Victoire une dernièré invocation, Napoléon confirme la régence entre les mains de Marie-Louise, nomme Joseph lieutenant-général de l’Empire, confie à la garde nationale parisienne l’Impératrice et son fils qu’il ne reverra plus, et part de Paris, le 28 janvier.

Ici commence cette lutte d’immortelle mémoire, où , seul contre l’Europe entière , seul avec quelques débris de scs vieilles phalanges, avec une poignée de Français improvisés soldats , le grand capitaine surpasse les merveilles de ses campagnes d’Italie : lutte sacrée, car ce n’est plus la conquête, c’est la patrie qu’il défend pied à pied. Jamais encore , sur les champs de bataille , n’avait éclaté une aussi prodigieuse révélation du génie. Les an-

[i] ManùicrU de i8i4-

DE RAPOLiOE. S47

ciens aaraient dit : C’est le dieu de la guerre' fait homme.

Cependant, quelle série d’accablantes épreuves ! Tandis qu’à Brienne l’inCrépide Gourgaud étend mort aux pieds de Napoléon le Cosaque qui allait percer l’Empereur dans ces lieux mêmes , théâtre de sa féconde jeunesse ; tandis qu’à la Kotbière toutes les combinaisons de la science, tous les efforts de l’hériJïsme se brisent contre des masses, Napoléon , le fer dans une main , trace , de l’antre, des instructions pour le congrès deChàlilIon.

Mais, au langage des coalisés, on reconnaît que c’est au cœur même de l’Empire qu’ils traitent ; déjà leurs passeports sont nécessaires aux courriers de Napoléon. La France est sur le lit de Procuste ; il faut iqu’elle reste mutilée dans ses limites d’avant la révolution.

Après avoir lu ce terrible ultimatum, l’Empereur ‘ se renferme dans sa chambre, il garde un morne silence : vainement le courrier attend une réponse. Réunissant leurs instances, le prince de Neufchâtel et le duc de Bassano, l’œil liumidc[i], parlent de la nécessité de céder.... « Céder? s’écrie Napoléon : signer un pareil traité? violer mon serment [2]?...

[1] Manuscrit de iSi^.

« Je jure de maintenir l’intcgrilé du territoire delaRépu- « bliquc... et de gouverner dans la seule vue de Tiatérét, du U bonheur et de la gloire du peuple français. »

Serment de l’Empereur Iprs de son couronnement. (Art. 53 du sënatus-consulte du aS floréal an zii (18 mai , i8o4-)

ÉTABUSSESENT ■ONABCHIQDS

«t Pour prix de tant de sang, d’efiForts, de vic- « toires, laisser la France plus petite que je

te ne l’ai reçue? jamais!... 11 y aurait trahison,

ti lâcheté. Vous craignez la guerre : moi je rois U d’autres dangers. Si nous abandonnons le U Rhin, ce n’est pas la France qui recule; c’est «l’Autriche, c’est la Prusse, qui s’avancent.... « La France a besoin de la paix ; mais celle-ci est « pire que la guerre la plus acharifée. Que serai-je U pour les Français, quand j’anrai signé leur hu- « miliation ? Que répondrai-je aux Républicains « du Sénat , quand ils me redemanderont leurs U barrières du Rhin?.... Dieu me préserve de tels « affronts!.... Répondez à Canlaincourt , puisque « vous le voulez; mais dites-lui que je rejette ce « traité : je préfère courir les chances les plus rite goureuses de la guerre. »

Enfin pourtant, vaincu parla nécessité, il donne au duc de Yicence « carte blanche pour conduire U les négociations à une heureuse fin, sauver la « capitale , et éviter une bataille où sont les der- « nières espérances de la nation [i]. »

Les conditions de l’ennemi seront envoyées à Paris : l’Empereur veut les soumettre à «on Conseil privé , dont chaque membre opinera par écrit.

Le lendemain matin , M. de Bassano se présente,

[i] Lettre du duc de Bassano au duc de Vicence. Trofes, 5 février 1814.

Di(]HizCd by t A i^Ie

DE HADOLÉOn.

chez l’Empereur, avec les dépêches préparées, pendant la nuit , pour Châtillon : « Ahl vous voilà l « loi dit Napoléon étendu sur ses cartes, le com> <( pas à la main. Il s’agit maintenant de bien d’au> « très choses ! Je battais Blucher de l’œil et je le « tiens s’il avance par la route de Montmirail. Je « pars • je le battrai demain, je le battrai, aprèsr « demain; si ce mouvement a le succès qu’il doit « avoir, l’état des affaires va maintenant changer, « et nous verrons alors ! En attendant, laissez Cau- « laincourt avec les pouvoirs qu’il a. j»

En effet, traversant la Brie champenoise, le général prussien s’avançait à marches forcées sur la capitale; déjà les fuyards arrivaient à Meaux.

C’était le 9 février : le même jour , au nom de son maître , le comte Razouraowski obtenait , à Châtillon , la suspension des conférences.

Vainqueur à Champaubert, à Montmirail, à Château-Thierry , à Yauchamps, à Nangis, Napoléon ordonne au duc de Yicence de prendre une attitude plus fière à ce congrès que le canon des récents triomphes de la France vient de rouvrir.

Un nouvel incident fortifie sa foi en l’avenir > c’csl l’arrivée aux avant - postes du comte du Parr , envoyé par le prince de Schwartzenberg , pour demander une suspension d’hostilités : dès lors , ne peut-il pas tout terminer , avec sou beaupère, sans subir les exigences de Châtillon?

ÉTABUSSEVENT KONARCHIQCB

Embrassant cet espoir , il écrit en toute hâte à son plénipotentiaire [i] :

« Je vous ai donné carte blanche pour sauver U Paris, et éviter une bataille, qui était la der- «c nière espérance de la nation. La bataille à eu <t lieu ; la Providence a béni nos armes. J’ai fait « trente à quarante mille prisonniers -, j’ai pris « deux cents pièces de canon , un grand nombre «c de généraux , et détruit plusieurs armées sans M presque coup férir. J’ai entamé, hier, l’armée « du prince de Schwarlsenberg , que j’espère dé- « truire avant qu’elle ait repassé nos frontières. K Votre attitude doit être la même : vous devez K tout faire pour la paix -, mais mon intention est <c qne vous ne signiez rien sans mon ordre, parce •( que seul je connais ma position. En général, je «I ne désire qu’une paix solide et honorable, et elle « ne peut être telle que sur les bases proposées à (( Francfort. Si les alliés eussent accepté vos proie positions , le 9 , il n’y aurait pas eu de bataille ; U je n’aurais pas couru les chances de la fortune « dans le moment où le moindre insuccès perdait « la France; enfin, je n’aurais pas connu le secret « de leur faiblesse. 11 est juste qu’en retour j’aie U les avantages des chances qui ont tourné pour « moi. Je veux la paix; mais ce n’eu serait pas U une que celle qui imposerait à la France des

[i] Naogit , >7 février 1814.

DE RAPOUON.

« conditions plus humiliantes que les bases de « Francfort. Ha position est certainement plus « avantageuse qu’à l’époque où les alliés étaient U à Francfort. Ils pouvaient me braver ; je n’avais « obtenu aucun avantage sur eux , et ils étaient « loin de mon territoire. Aujourd’hui , c’est tout U difierentj j’ai eu d’immenses avantages sur-eux, « et des avantages tels , qu’une carrière militaire K de vingt années, et dequelques illustrations, n’en « présente pas de pareils. Je suis prêt à cesser les U hostilités et à laisser les ennemis rentrer tranu quilles chez eux , s’ils signent les préliminaires « basés sur les propositions do Francfort. La mau- K vaise foi de l’ennemi et la violation désengage* c< ments les plus sacrés mettent seuls des délais « entre nous; et nous sommes si près, que, si it l’ennemi vous laisse correspondre avec moi di* U rectement, en vingt-quatre heures on peut avoir U réponse aux dépêches. D’ailleurs, je vais me rap- «I procher davantage.

« P. S. Comment arrive-t-il qn’aujourd’hui 18, « je n’aie de dépêches de vous que du 14? Nous « ne sommes cependant éloignés de vous que de U vingt-cinq lieues, n

Ce n’est déjà plus par la paix , mais par la victoire , qu’il espère sauver sa couronne : Je suis plus près de tienne que mon heau-père ne l’est de Paris , disait-il après l’affaire de Nangis.

De la Marne, Napoléon vole à la Seine, et bat

les Autrichiens à Montereau; un moment^ mêiue, il espère , rejetant hors de France ces multitudes armées, châtier de nouveau , dans leurs capitales, empereurs et rois suppliants. C’est alors, qu’afiPaibli par des pertes irréparables, resserré sur un terrain que le flot de la coalition rétrécit de jour en jour , Napoléon conçoit la gigantesque pensée de courirà Sain t-Dizier fermer aux ennemis la sortie de France! Dans ces jours de deuil, l’Empereur possède encore le secret de la victoire; mais ce secret , quelques-uns de ses lieutenants semblent l’avoir oublié ou perdu; leur concours manque d’énergie. Près d’eux, il est vrai, combien de vieux guerriers, tout sillonnés de blessures, ont retrouvé du sang pour la France!

Le Moniteur, pour soutenir l’opinion publique défaillante, annonçait que, sur tons les points du territoire, on volait aux armes avec enthousiasme. Sur les théâtres de Paris , on jouait des pièces de circonstance; et, chose caractéristique, ce n’était point aux guerres de la révolution, mais à la vieille monarchie, qu’on demandait des inspirations; ainsi, l’Oriflamme, Charles Martel à Tours, le Siège de Calais , la Rançon de Duguesclin , Bayard à Mézières, Philippe à Bovines, Jeanne Hachette, Villars à Deuain [i] , tels étaient les sujets exploités.

[i] M. Thtbaudeau , HUloirt de la France et de Napoléon.

DE IVAPOLÉON.

Cependant H. de Caalainconrt luttait à Châtillon,aTec un admirable dévouement, contre la plua difficile situation où jamais plénipotentiaire se soit trouvé.

« Sire, écrivait-il à l’Empereur, le 6 mars, la « question qui va se décider est si importante, « elle peut dans un instant avoir tant de fatales «c conséquences, que je regarde comme un devoir « de revénir encore, au risque de lui déplaire, sur <( ce quej’ai mandé si souvent à Votre Majesté. 11 « n’y a pas de faiblesse dans nçion opinion , Sire; it mais je vois tous les dangers qui menacent la « France et le trône de Votre Majesté, et je la <c conjure de les prévenir. 11 faut des sacrifices ; V il faut les faire à temps. Gomme à Prague , si « nous n’y prenons garde, l’occasion va nous « échapper ; la circonstance actuelle a plus de reste semblance avec celle-là que Votre Majesté ne le U pense peut-être. A Prague, la paix n’a pas été « faite, et l’Autriche s’est déclarée contre nous, <( parce qu’on n’a pas voulu croire que le terme « fixé fût de rigueur. Ici les négociations vont se « rompre, parce que l’on ne se persuade point « qu’une question d’une aussi grande importance <( puisse tenir à telle ou telle réponse que nous fe- « rons, et à ce que cette réponse soit faite avant <1 tel ou tel jour. Cependant, plus je considère ce <t qui se passe, plus je suis convaincu que si nous « remettons le contre-projet demandé, et qu’il ne

2154 ÉTABLISSE! EUT MONARCHIQUE

<( contienne pas des modifications aux bases de « Francfort, tout est fini. J’ose le dire comme je « le pense, Sire ; ni la puissance de la France, ni « la gloire de Votre Majesté, ne tiennent à posséu der Anvers ou tel autre point des nouvelles fron* « tières.

« Cet te négociation, je ne saurais trop le répéter, « ne ressemble à aucune autre; elle est même to- « talement l’opposé de toutes celles que Votre Ma- « jesté a dirigées jusqu’ici. Nous sommes loin de « pouvoir dominer : ce n’est qu’en suivant, avec 4c patience et modération , la marche établie que « nous pouvons espérer d’atteindre le but; nous « écarter de cette marche, serait tout perdre. Les « Anglais, à cause de leur responsabilité, et les K hommes haineux qui sont ici, pour satisfaire « leur passion, aimeront certainement mieux rom> « pre que d’entamer la discussion en partant de ce U point.

Kl Les négociations une fois rompues, que Votre « Majesté ne croie pas les renouer, comme on a pu « le faire dans d’autres occasions. On ne veut qu’un « prétexte; et, faute de nous décider à prendre le « parti qu’exigent les circonstances, tout nous « échappera sans que l’on puisse prévoir quand et « comment un pourra revenir à des idées de con- K ciliation.

« Je supplie Votre Majesté de réfléchir à l’effet K que produira, en France, la rupture des négo-

DE KAPOLton.

« ciations, et d’en peser tontes les conséqnences.

« Elle me rendra encore assez de justice pour « penser que, pour lui écrire comroe je le fais , il «( faut porter au plus haut degré la conviction « que ce moment va décider des plus chers intéw rèts de Votre Majesté et de ceux de mon pavs. »

Malheureusement , tout entier à la négociation directe qu’il a entamée avec son beau-père, Napo* léon dédaigne ces sages conseils. Le 19 mars, les plénipotentiaires des cours alliées, déclarent leurs pouvoirs expirés; le congrès est rompu; chacun retourne au quartier- général de son souverain.

En vain, quelques jours plus tard, toutes les parties belligérantes traitent, à Lusigny, des conditions d’une suspension d’armes : on ne peut s’accorder sur la ligne de démarcation; de toutes parts les hostilités continuent ; Craone, Reims, Saint- Dizier sont jonchés de cadavres russes.

Attaché à la poursuite des alliés , Napoléon arrive à Troyes, le 39 mars; il y apprend que les Russes et les Prussiens s’avancent, à marches forcées, sur Paris. En effet, après de longues hésitations , les coalisés, déjà sûrs de l’appui des traîtres [i] et

[i] * Les alliés se trooTaicnt dans un eercle vicieux d*où il leur « était impossible de se tirer ^ $ila défection ne fût venue à leur ^ « tecourt. Ils étaient hors d'état d’assurer leur retraite , et ce- « pendant obligés de s’y ^déterminer. Cette-défection , favorable • à leur cause, et qui , à ce que l'on croit, était préparée de « longue main , fut consommée au moment même où les suc-

ÉTABLISSEHENT HONARCHIQUE

conyies par ua parti paissant [i] , se précipitaient en masse vers cette capitale, objet à la fois de leur convoitise et de leurs terreurs.

Napoléon vole donc au secours de Paris : mais il n’est plus temps ; déjà des Kalraouks bivouaquent aux pieds de sa statue. Bientôt les crieurs publics inondent les rues d’un décret du Sénat, annonçant que Napoléon Bonaparte est déchu du trône :

« cè* de Bonaparte semblaient hors du pouvoir de la fortune; « et le mouvement sur Saint-Dizier, qui devait lui assurer l'em- « pire , lui fit perdre la couronne. » (Wilson , Campagne

fie 1814.)

[i] « Les alliés, se sentant sur un terrain tout neuf, au milieu « d'événements absolument inconnus , désiraient s'appuyer des « connaissances des personnes qu'ils supposaient être les mieux « informées de l'état intérieur de la France. MM. de Talleyrand

* et de Dalberg avaient fixé leur attention , d’une manière plus

•> particulière Quelque peu de titres que je pusse avoir à

« parta^r cet honneur , il m'avait été accordé. On avait poussé

* <• l'attention jusqu'à pourvoir à notre avenir , s’il eût été com- « promis par les événements Nos réunions, avec les person-

• -nés. ci-dessas citées, continuaient toujours, et souvent plusieurs « fois par jour. Le congrès de Chàtillon était notre fléau. N ous « n'avons pas laissé passer un jour , sans miner , sans ébranler la « domination de l'Empereur , et sans chercher ce qu'il fallait lui

• « susciter an jonr^e sa chute. I.es armées françaises se trouvaient

« interposées entre Paris et les alliés ; les communications avec

■ eux étaient de la plus extrême difficulté. Le premier qui ait « triomphe des obstacles fut M. de Vitrolles , etc'est par lui que « les ministres des ^andes puissances commencèrent à acquérir « des connaissances posiüves sur l’.état de# affaires intérieures ,

■ qu'ils ignoraient tout à fait. » , • ,

(M. de Pradt , Récit hittorique ew la rctlauration fie la Royauté.)

DB HAPOIBOB.

SK7

le droit d’hérédité; établi dans sa famille, est aboli : le peuple français et l’année sont déliés du serment de fidélité envers lui.

Le Corps- Législatif , ou plutôt quelques députés isolés (un tiers à peine se trouve à Paris), adhérant ■ à ce décret , reconnaissent et déclarent la dé^ chéance.

Ces deux actes, consommés en présence des baïonnettes ennemies , étaient illégaux et radicalement nuis; car le Sénat et le Corps-Législatif n’ont pas d’autre vie que l’Empire. Issus de la même constitution, si l’empire meurt, ne meurent-ils pas avec lui? Un décret impérial avait, en outre , dissous le Corps-Législatif. «

Au reste , qu’importe à ce Sénat quinze ans servile! Etait-ce là smi début? N’avait-il pas déjà violé la constitution de l’an vin, pour décerner le consulat à vie à ce même homme que, sans remords , il foule aujourd’hui aux pieds ?

Ne pouvant plus vaincre , Napoléon abdique [i]: un tel homme ne marchande pas avec la fortune. Mais, au moment de signer le traité [-4 qui ne

[i] « Le» puiséances alliées ayant proclamé que l'Empereur^. « Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de l'Europe,, « l'Empereur Napoléon , fidèle à son serment* déclare qu'il re- « nonce , pour lui et ses héritiers , aux trônes de France et d'Itaa lie, parce qu'il n’esi aucun Mcrifice personnel , m^me celui itd a la vie, qu'il ne soit prêt à faire à l'intérêt de l»France. >■

[a] Traité du ii avril 1814, connu sous le nom de Trai/d </a Fontainebleau.

ÉTABLISSEXEnT HORARCHIQDE

Ta plus faire de lui qu’un empereur honoraire , Napoléon , avant de subir l’asile des rois , en avait demandé un à la mort. Pendant la nuit , tandis que tous ses serviteurs le croient endormi , il se lève, boit un poison , compagnon fidèle de la retraite de Moscou , et se recouche. Mais trahi par la mort comme par la fortune, il ne trouve, après d'atroces souffrances, qu’un long^ assoupissement : « Dieu ne le veut pas ! » s’écrie-t-il en se réveillant. Alors l’Empereur s’était résigné au double supplice de la vie et du traité.

Les adieux de Fontainebleau sont le dénouement de ce grand drame.

Le 20 mars. Napoléon prend congé de ses braves :

U Généraux, officiers, sous-officiers et soldats

« de ma vieille garde , leur dit-il dans la cour du « cheval blanc, je vous fais mes adieux. Depuis . <( vingt ans que noos sommes ensemble , je suis «c content de vous, je vous ai toujours trouvés sur K le chemin de la gloire : dans ces derniers temps, «c comme dans ceux de notre prospérité , vous n’a- * « vez cessé d’être des modèles, de bravoure et de

« fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre ««cause n’étaû pas perdue j mais la guerre était *, « interminable : c’eût été la guerre civile, et la

^ « France n’en serait que devenue plus malheu-

«. reuse. J’ai donc sacrifié tous mès intérêts à ceux « de la patrie; je pars ; vous, mes amis, conti- '« nuez de servir la France. Son bonheur était mon

DE NAPOLÉOIT.

« unique pensée; il sera toujours l’objet de mes «t yœux ! Ne plaignez pas mon sort; si j’ai consenti M à me survivre, c’est pour servir encore à votre «( gloire. Je veux écrire les grandes choses que

« nous avons faites ensemble! Adieu, mesen-

«fants! je voudrais vous presser tous sur mon U cœur; que j’embrasse au moins votre drapeau!....

« Adieu encore une fois , mes vieux corapa- « gnons ! Que ce dernier baiser passe dans vos «I cœurs ! »

Le dernier embra.sscment de ce Jupiter tombé est pour l’aigle qui , si longtemps , porta sa foudre.

Noblement descendu du trône, Napoléon reçoit, en échange de tant de couronnes, un ilôt obscur de la Méditerranée; mais, pour prix de cette hospitalité , il le fait immortel.

ÉTABLlSSESEirr MOHASCHIQDB

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