QU’'EST-CE QUE L’EUTHANASIE
Nous avons recherché dans les divers dictionnaires les définitions de l’euthanasie.
Littré donne :
Bonne mort, mort douce et sans souffrances.
Littré et Gilbert: mort arrivant au milieu d’un sommeil provoqué, afin d’éviter une agonie douloureuse.
Larousse: mort douce, sans souffrances. Philos : science de rendre la mort douce d’après F, Bacon.
Garnier et Delamarre: mort exempte de souffrances naturellement ou grâce à l’emploi de substances calmantes ou stupéfantes (morphine, chloral, chloroforme).
Cette définition nous paraît la plus complète.
L’euthanasie, c’est en somme, pour celui qui souffre et .
veut sortir de l’existence, une mort douce, une meilleure mort.
Nous distinguerons l’euthanasie naturelle et l’euthanasie provoquée.
Dans l’euthanasie naturelle il convient tout d’abord de faire une place à la mort physiologique, telle que la décrivait Bichat, du vieillard parvenu au terme extrême de la vie. On connaît les travaux de Metchnikoff sur cet intéressant sujet, nous ne nous en occuperons pas ici. Elle est
une exception. Au contraire, les morts calmes, conscientes ou inconscientes, consécutives à une affection aiguë ou chronique sont les plus fréquentes. Selon M. Morache, lorsque les fonctions de la vie s’éteignent peu à peu « l’agonie qui se déroule ainsi peut être qualifiée d’agonie tranquille, d’euthanasie ». Nous y reviendrons au sujet de l’agonie. L’euthanasie qui arrêtera le plus notre attention est l’euthanasie provoquée, que ce soit par le malade luimême, — c’est le suicide agréable — par le médecin ou toute autre personne. Elle peut intervenir pendantla santé ou au cours d’un état morbide. Pendant la santé c’est la mort en beauté de Sénèque, de Pétrone, de cette nonagénaire dont parle Valère Maxime, « jouissant d’une parfaite santé d’esprit et de corps et qui justifiait sa résolu. tion par la crainte d’essuyer dans l’avenir les rigueurs du sort jusque là favorable, en tenant trop à la vie ». (Valère Maxime, livre IT, chap. VIT)
Pendant la maladie, elle interviendra soit au début, soit à la période d'état, soit à la fin, c’est-à-dire au moment de l’agonie.
Toutefois, laissant de côté dans cette étude, le suicide plus ou moins adouci de l’incurable ou de tout autre malade qui souffre, nous ne nous occuperons que de l’euthanasie provoquée par le médecin.