‹ Essai sur l'ÉuthanasieChapitre 4 sur 17 · HISTORIQUE ET ETHNOGRAPHIE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE ET ETHNOGRAPHIE

Nous nous proposons, dans ce chapitre, de rechercher, sommairement, parmi les coutumes des peuples primitifs, les institutions de l’antiquité et des temps modernes, quelques pratiques touchant notre sujet et de montrer qu’il s’agit là de simples exceptions.

D'après les recherches de M. Grimm c’était la règle chez les Germains de tuer les vieilles gens et les malades chroniques ou de les enterrer vivants. Hélien rapporte que chez les habitants de la Sardaigne les vieillards étaient exterminés à coups de massue par leurs propres fils. Chez les Karènes, en Birmanie, un incurable devait se pendre.

Aujourd’hui encore chez les Polynésiens, non seulement l’avortement et l’infanticide mais l’assassinat des vieillards constituent des usages. Les Australiens, les Mélanésiens délaissent les vieillards et les incurables devenus incapables de se suffire à eux-mêmes. Souvent on les tue et on les mange, ce qui correspond à des idées religieuses.

Les Fidjiens enterrent vivants leurs vieux parents. Les Esquimaux pratiquent le suicide quand la maladie ou les douleurs deviennent intolérables. « Leur manière d’en finir avec la vie, écrit Roald Amundsen qui vient de vivre dixsept mois avec eux, est vraiment curieuse: une courroie est tendue d’un mur à l’autre de la hutte à environ trente

PER, Mio

centimètres du sol. Le malade, laissé seul, essaie de s’€trangler en appuyant la gorge contre la courroie tandis que les membres de la famille regardent par des trous pratiqués dans le mur; si le patient ne parvient pas promptement au résultat désiré un spectateur vient: l’ aider et presse sa tête contre la courroie ».

Il semble que, au moins pour les Esquimaux, fait très justement remarquer le docteur Roche, ce suicide aidé parte d’un sentiment de pitié pour celui qui souffre, c’est véritablement une euthanasie. Bien différentes sont les raisons des autres peuplades que nous avons citées. L’individu, chez eux, a peu d’importance comparé à la commu nauté, la plupart des vieillards acceptent avec soumission cette euthanasie rudimentaire comme ils se soumettent dans les divers actes de la vie aux tabous minutieux et tyranniques. « C’est le résultat de nécessités qu’on pourrait appeler économiques » (Hastings, Encyclopédia of Religion and Ethics, art.: Huthanasia, London, 1913).

En effet, le stock de nourriture étant limité, le nombre des membres de la tribu ne doit pas dépasser un certain chiffre. Et ce seront les bouches inutiles, les jeunes enfants, les veillards, les infirmes que l’on sacrifiera. Tout cela est régi par la loi sous le contrôle des chefs.

Les Fidjiens eux, croient qu’ils renaîtront dans un autre monde tels qu’ils étaient quand ils ont quitté la terre. Aussi se dépêchent-ils de mourir avant qu’une grave ma ladie ou une infirmité ne les surprenne. La vieillesse pro: che, l’homme avertit ses enfants que son heure est venue de mourir; et, s’il néglige de le faire, les enfants prennent sur eux de le prévenir.

Si, maintenant, nous passons en Tevue les civilisations antiques nous ne trouvons que de rares coutumes ou théo-

ries se rapportant à l’euthanasie.

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