‹ Essai sur l'ÉuthanasieChapitre 5 sur 17 · DAS · texte numérisé non relu

DAS

ER Vo

Ainsi la médecine antique de l’Inde était plus simple qu'aujourd'hui. Ille n’avait affaire qu'aux maladies guérissables. Quant à l’incurable, il n’avait pas le droit de s2 soigner: ses parents le menaient sur le bord du Gange, lui remplissaient le nez et la bouche du limon sacré et le jetaient dans le fleuve.

En Grèce nous signalerons les théories platoniciennes supprimant les incurables. À Sparte par l’eugénésie et l’euthanasie on poursuivait la beauté de la race.

Dans l’île de Cos nous trouvons une coutume très particulière: les gens très âgés s’y rassemblaient dans un banquet et y buvaient un breuvage empoisonné - le coniun: maculatum (Strabon, X, liv. IL, chap. 37). Enfin, dans l’ile de Cos, Valère Maxime raconte avoir observé une pratique analogue « à l’époque, dit-il, où se rendant en Asie avec Sextius Pompée il entra dans la ville de Julis. Il arriva, par hasard, qu’une femme de la plus haute distinctian, mais fort avancée en âge, après avoir rendu compte à ses concitoyens des raisons qu’elle avait de quitter la vie, résolut d’en sortir par le poison et trouva singulière ment précieux de pouvoir illustrer sa mort par la présence de Pompée... Cette femme, plus que nonagénaire, et jouissant d’une parfaite santé d’esprit et de corps était couchée sur un lit qui paraissait orné avec plus d'élégance qu’à l’ordinaire. Appuyée sur le coude elle prit la parole... J'ai constamment éprouvé, dit-elle, la fortune favorable et dans la crainte d’essuyer ses rigueurs en tenant trop à la vie, je vais échanger le peu de jours qui me restent contre une fin bienheureuse. À mesure que le froid s’emparait des diverses parties de son corps elle le disait tranquillement. Quand elle le sentit approcher des entrailles et du cœur elle invita ses filles à lui rendre le dernier devoir, celui de fermer ses yeux. Les nôtres, malgré la stupeur

où les jetait un spectacle si nouveau, ne laissèrent pas d’être baignés de larmes au sortir de cette maison » (Val. Max., Liv. IL, chap. VID).

À Rome, en Egypte, chez les peuples de l'Orient, le res. pect de la mort est à la base des lois et des religions. Les boudhistes, les mahométans interdisent le suicide et vénèrent les vieillards, le christianisme pose le non occides en principe.

Nous signalerons enfin un antique usage marseillais rapporté par Valère Maxime « On garde dans un dépôt public de cette ville, dit-il, une potion mêlée de ciguë et destinée à quiconque justifie devant le conseil des Six- Cents (tel est le nom de son sénat), des motifs qui lui fout désirer la mort: espèce de jugement où préside une huma. nité sans faiblesse qui ne permet pas de sortir de la vie à la légère mais qui fournit un moyen expéditif de mourir à celui qui a de sages raisons pour le faire. Ainsi celui qui est trop malheureux ou trop heureux (car l’une et l’autre fortune peuvent offrir une raison valable de mettre fin à sa vie par la crainte qu’on a, dans un cas, que le bonheur ne nous abandonne, dans l’autre que l’adversité ne nous quitte pas) peut mettre un terme à son existence par une fin officiellement approuvée » (Val. Max. loc. cit.).

En somme l’ethnographie et l’histoire montrent que la grande majorité des peuples a le respect de la vie humaine et réprouve le suicide et l'assassinat des débiles.

CEA BETEE#HPR

Page 1