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Bacon, c'élait parmi les fonctions du médecin de hater la maladie et le passage dans l'autre monde, sa présence serait nécessairement associée à l’idée de la mort. Il entrerait dans la chambre des malades où il devrait apporter la vie et l'espoir, entraïnant derrière lui l'ombre de la mort». La vie continuellement lutte contre celle-ci. La maladie est un moment critique du combal. « Au médecin, dit Guermonprez, appartient le commandement selon une tactique disciplinée par la science, limmobilité n°v est pas- possible et encore moins la trahison ».
De plus, le droit pour le médecin de donner la mort dans le cas où l’agonie n’est pas encore venue, est subordonné au consentement du malade. Celui ci devrait donc être avisé que sa mort est proche et inévitable. « Cela, Messieurs, jamais, Jamais ». répond M. Rénon et la presque totalité du corps médical avec lui. La mission du médecin est de soulager et de consoler, elle ne saurait être de détruire.
Un autre groupe d'arguments se rattache aux traditions. « L'assassinat médical n'était certainement pas admis par les médecins païens ; il n’était praliqué que par les médecins sans aucune religion comme 1! s'en esl trouvé dans tous les temps » (Guermonprez).
L'empoisonnement était une règle du temps d'Hippocrate pour les condamnés à mort; il faut croire qu'il était même assez fréquent comme suicide et que les malades demandaient quelquefois du poison à leur médecin comme le prouve cette partie du serment d'Hippocrale : «Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion : semblablement je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif ». (OEuvres complètes d'Hippocrate, édition d'E. Littré, Paris, 1884, IV, 631). Une note du traducteur
RUES explique, par la critique littéraire, qu'il s'agit pour le mot poison d'une substance mallaisante remise à des tiers, soit pour un usage criminel, soit peut-être pour un suicide. Littré signale en outre une anecdote qui montrerait que le serment des Asclépiades avait aussi pénétré parmi les Arabes. « Houain, choisi pour interprète par le calife Ali-Metawakel Billah et son premier médecin, fut sollicité par ce prince qui voulait l'éprouver, de lui fournir du poison et répondit que sa religion -- ilétait chrétien — et sa profession le lui défendaient, et que les médecins sont tenus par le serment de n'administrer à personne une cubstance capable de donner la mort.
On a cité comme exprimant une opinion contraire le passage suivant d'Arétée : Quandoquidem hominibus ita viventibus mori beatum est. Medicum ut aulem cuiquam morlem infere nefas dicitur. Sed fas est interdum cum prœæsenltia mala eoadi non posse manifeste prœvideat, gravilate capilis lorpida segrolum sopire. (De curatione morborum acutorum, lib. Il, e. v. p. 105. édit. de Boerrhave Leyde 1736). «On comprend que ce soit un bonheur de mourir pour ceux qui viventainsi. Or, c’est un crime pour un médecin de procurer la mort. Cependant, il est permis quelquefois, lorsqu'il n'y a manifestement plas d'espoir d'échapper à la maladie, d'endormir le malade d'un sommeil profond ». En consultant le texte grec, on voit d’ailleurs qu'il s'agit d’un effet narcotique et non d’un empoisonnemeut. |
L'histoire à parfois retenu le refus des médecins de hâter une mort plus ou moins certaine. La plupart des traités de médecine légale reproduisent la parole célèbre de Desgeneltes, lors de l'expédition d'Egypte. Napoléon l'invilait à abréger par une dose d'opium l’agonie des pes- Liférés de J'affa. Il s'agissait de terminer des souffrances,
ST DR de préserver l'armée de la contagion, d'empêcher des malheureux de tomber sous le cimeterre des Turcs.
« Je répondis seulement, dit Desgenettes, mon devoir à moi, c'est de conserver. »
On dit qu'à Sainte-Hélène, Napoléon sur le point de mourir se souvint de cette parole énergique « noble expression du devoir professionnel. » Les exemples ne manquent pas, il est vrai, de soldats blessés, s'étant fait donner la mort plutôt que de tomber aux mains des ennemis.
Van Hasselt rapporte qu'aux Indes Hollandaises, des officiers dans ces conditions se sont tués ou se sont fait donner la mort. On trouve dans la thèse de Ragonneau, l'exemple d’un général actuellement blessé au bas-ventre parun boulet, souffrant depuis 24 heures de terribles douleurs d'autant plus déchirantes qu'il avait toute sa connaissance et qui pria en vain le médecin qui était auprès de lui d’abréger sa vie par l'emploi de l'opium, en offrant de l'y faire autoriser par qui de droit. Ce médecin refusa constamment
Dans son ouvrage « Souvenirs de vie passée » Sir Henry Holland raconte que lorsque Méhémet-Ali lui demanda s'il connaissait un poison qui, appliqué à l’embouchure d’une pipe ou administré dans du café, pût lentement et silencieusement tuer sans laisser de traces, il répondit-aussitôt « qu'en qualité de médecin, ilavait étudié les moyens de sauver la vie el non de la détruire. »
Telle est la règle que les médecins ont toujours défendue et qui se trouve formulée dans lestraités classiques et dans les plus récentes publications. Nous lisons dans une revue ces lignes de M. Livon «... el ensuite ne seraitce pas agir contrairement à toutes les traditions eLà notre conduite habituelle, fort louable, selon moi? Notre rôle
| — 34 — n'est-il pas de.chercher à prolonger autant que possible l'existence de nos malades ?
Tourdes n'écrivait pas autre chose quelques années auparavant.
Est-il permis d’abréger une agonie, de précipiter une mort inévitable pour mettre un terme. à de cruelles douleurs ! Cetle question ne peut êlre posée sous la forme du doute, elle est résolue par ce précepte: « Tu ne tueras point ».. C’est la mission du médecin, il ne s'en écartera pas malgré les plus spécieux prétextes, ni sous la pression des circonstances les plus graves. »
Cette affirmation trouve un appui sur quelques arguments d'ordre scientifique que nous allons maintenant examiner. Pour que l'euthanasie soit acceptable, il faudrait que la médecine soit une science rigoureusement exacte, arrivée à la limite de ses connaissances, pouvant dans chaque cas déterminé instituer une thérapeutique définitive, s'appuyant sur un diagnostic et un pronostic inflexibles.
Or, comme toute science, la médecine est en perpétuelle évolution. Il est aussi impossible d'établir aujourd'hui un tableau définitif des maladies curables et des états qui ne peuvent guérir que cela l'était hier et le sera demain, À chaque époque, les connaissances médicales ne représentent qu'une étape encore très éloignée aucours de la longue marche à l'étoile que les hommes ont entreprise pour la recherche de la vérité. Telle maladie aujourd'hui incurable sera vaincue dans quelques années, dans quelques mois, demain même ! Demain et non point Île siècle prochain nous donnera peut-être le remède spécifique d'un des fléaux de l'humanité: Lecancerdontiln'existe actuellement aucun traitement curatif au bout d'une certaine période de l'affection, le tabes, la paralysie progres-
se
sive attendent qu'un savant, un chercheur leur oppose une médication victorieuse.
Considérons le cancer. A l'exception de quelques cancroïdes superficiels dont la radiothérapie est venue modifier la gravité, il n'existe encore qu'un seul traitement curatif : l'emploi large et précoce de l'instrument tranchant. Cependant on ne pourrait nier les progrès qui ont été réalisés jusqu’à ce jour tant au point de vue chirurgical qu'au point de vue du laboratoire. [n'y a pas si longlemps qu'une chirurgie peu audacieuse bornait le traitement du cancer à l'emploi des caustiques et des irritants souvent très dangereux. Aujourd'hui de grands progrès ont élé réalisés, mais, dit M. Delbet, ce serait une grosse erreur de croire que nous sommes arrivés à des techniques opératoires définitives. Tout est remis en question par la notion de la lutte de l'organisme contre le cancer. (Conférence internationale pour l'étude du cancer. Paris, 1910). Sans doute nous n'en connaissons ni la cause, ni le vrai remède, nous ne savons même pas quelquefois calmer ses douleurs, Mais ne nous est-il pas permis d'espérer devant les progrès incessants de la chimiothérapie par exemple et de la sérothérapie anticancéreuses ? Les recherches de laboratoire, les résultats surprenants obtenus sur le cancer des souris laissent entrevoir l'hypothèse d'une découverte peut-être assez prochaine.
« Dans la syphilis, dit M. Bouquet, il y avait jusqu'à ces temps derniers des phénomènes douloureux, particulièment à la période tertiaire et qui eussent peut-être légitimé le recours à l'euthanasie: les derniers progrès thérapeutiques dus aux arsenicaux n'ont-ils pas réduit ces impossibilités à un nombre infime, sinon nul?
Prenons la tuberculose, la plus terrible par le nombre
des victimes qu'elle fait chaque année. La thérapeutique, en progrès depuis quelque temps, parait stationnaire actuellement. Après la faillite de la sérothérapie de Koch, il semble pourtant que les recherches de Maragliano, de Marmoreck et de bien d’autres aient rendu moins sombre le pronostic de certaines formes.
Quant aux tuberculoses osseuses, le changement chez elles est considérable. Gosselin avait prononcé cet arrêl terrible : « Les coxalgiques meurent tous ». Pour tous ceux que frappait la tuberculose externe, dit le docteur Calot. de Berck, c'était l'infirmité ou la mort, celle-ci souvent plus douce que celle-là, tant certaines infirmités, certaines bosses par exemple, rendent la vie pénible et même insupportable. « L'évolution qui s'est faite depuis un quart de siècle dans le traitement deces maladies » est la plus profonde peut être qui se soit jamais vue en thérapeutique. Le mal de Pott et la coxalgie qui mouraient 99 fois sur 100 peuvent être guéris aujourd'hui 99 foissur 100 » (docteur Calot, de Berck, Le devoir des médecins en présence des tubereuloses externes).
Le croup a perdu singulièrement de sa gravité depuis la pratique de la sérothérapie et de l'intubation. La mortalité a passé de 50 et 60 pour 100 à 12 et 14 pour cent.
Les interventions opéraloires dans certaines affections paroxystiques ont modifié sensiblement l'élément douleur ; les souffrances du tabes, les crises gastriques spécialement, en sont un exemple : de même, le pronostic des sténoses du pylore a singulièrement varié avec la gastro-jéJunostomie.
Nous devons done croire aux progrès de la médecine et travailler à leurs réalisations. Dans quelques années peut-être, la sombre triade : syphylis, tuberculose, cancer, aura perdu de sa célébrité ; le Labes, la paralysie générale
RONA CNP TE.
progressive, seront devenus guérissables ; les progrès peuvent s'accomplir du jour au lendemain. Quels remords pour le médecin qui aurait hté la fin de son malade, pour celui qui, la veille du jour où Pasteur découvrait le traitement de la rage, aurait provoqué la mort de son malheureux client.
L'espérance dans la progression de nos connaissances médicales, la certitude que nos résultats actuels seront dépassés, la possibilité de voir surgir une thérapeutique meilleure rendent donc inacceptable l'idée d’euthanasie.
En admettant même que la médecine, arrivée au sommel des perfectionnements possibles ne puisse plus réaliser aucun progrès, il faudrait encore avoir la certitude absolue du diagnostic.
Les méthodes d'investigation que nous possédons actuellement ont donné certainement une plus grande précision à notre diagnostic ; les réactions de laboratoire, les biopsies, la radioscopie, permettent de déterminer la nature exacte de la plupart des maladies. Il n'en reste pas moins qu'il y aura toujours des erreurs de diagnostic. Les réactions de laboratoire n'ont rien d'absolu, les erreurs d'interprétation sont toujours possibles de médecins toujours sujets à des erreurs de jugement.
Les exemples de diagnostics erronés abondent : les gazettes des hôpitaux, les relations d’autopsies en relatent sans cesse. Qui ne connaît la fameuse erreur de Spencer Wells, faisant naguère une laparotomie à une malade atteinte de péritonite tuberculeuse. Il n'y a que l'embarras du choix : nous n’en citerons qu'un petit nombre pris parmi les plus typiques.
Les pseudo-cancers sont de ceux-là. Dans une lettre adressée à la Saint-Louis Médical Review du 3 mars 1906, M. Edmond Owen cite un cas de ce genre auquel, dit
LS GR l'auteur de l'article, nous demandons aux partisans de l'euthanasie de réfléchir dans le fond de leur cœur. (The right to die British M.-J. London 1911, p. 1215).
Il s'agit d'un matelot présentant une grosse tumeur de la fosse iliaque droite dont l’évolution avait été rapide. M. Owen l'examina à l'hôpital Sainte-Marie. « C'était évidemment un ostéo-sarcome partant de l'articulation sacro-iliaque ». La tumeur qu'on voyait saillir à laine était sentie à travers le rectum. La consistance était celle du bois. «[l y avait compression sur l'intestin, le plexus sacré, les vaisseaux iliaques, sur toute chose ». Tous les collègues de M. Owen convenaient que c'était le cas le plus mauvais et le plus désespéré qu'ils eussent jamais vu. I n'y avait rien à tenter et l’homme fut renvoyé chez lui pour y mourir. Plusieurs années après, un ancien étudiant assistant à la visite de M. Owen lui demanda s’il se rappelait ce cas ; M. Owen répondit affirmativement et demanda ce que l'aufopsie avait révélé. IT lui fut répondu que l’hommeétait en parfaite santé. Il parait que quelques années après son départ de l'hôpital, un abcès s'était formé à l'aine dont l'ouverture spontanée expulsa un pouce de fil de fer du diamètre d'un porte-plumeordinaire ; après quoi le malade se rétablit complètement. L'homme se souvint alors que, bien des mois avant l'apparition de la tumeur ilavait, en buvant de l’eau d'un baquet contenant des bouts de fil de fer, avalé un de ces morceaux, mais qu'il avait oublié tout à fait l'incident.
Un cas analogue à l'observation de M. Owen est rapporté par le D' Morestin ( Société de Chirurgie de Paris, 1911, p. 1300).
Un homme d’une quarantaine d'années entre à l'hôpital Tenon avec une tumeur de la cuisse gauche, tumeur volumineuse, saillant à la partie antérieure, soulevant les tégu-
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