IV. — MARÉVILLE, Hôpital d’Aliénés
En 1805, il n’y avait plus que 17 aliénés. Pendant les guerres napoléoniennes, Maréville fut provisoirement transformé en ambulance.
Enfin le préfet Marquis résolut de reconstruire la maison et d’y réunir les aliénés des deux sexes jusqu’alors épars dans les hôpitaux. Le projet fut réalisé en 1805, et le docteur Bonfls fut nommé médecin-chef.
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Il garda ce titre jusqu’en 1830, date à laquelle son fils lui succéda.
Depuis 1818, le service intérieur fut assuré par la Congrégation des Sœurs de Saint-Charles, qui sont, aujourd’hui encore, chargées du service des femmes. Voici le texte du contrat passé enire l’administration
préfectorale et la Congrégation :
« Le Préfet du Département de la Meurthe, vu la soumission présentée par le Conseil de la Congrégation des Sœurs de Saint-Charles, le 12 novembre 1816, pour l’entreprise du service de la maison de Maréville ; vu la lettre approbative de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur, en date du 14 février 1817;
Arrête ce qui suit :
ARTICLE PREMIER. — La soumission précitée est acceptée; en conséquence, à compter du 1” janvier 1818, l’administration intérieure de l’hospice des aliénés de Maréville sera tenue par des Sœurs de la Congrégation de Saint-Charles; elles y feront toutes les dispositions nécessaires pour y placer convenablement les aliénés et pour y établir un traitement en grand et complet de la folie, ainsi que le prescrit la décision de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur du 20 décembre 1814.
ARTICLE 2. — Le Conseil de la Congrégation sera libre de fixer le nombre et les fonctions respectives des dites Sœurs, suivant qu'il le jugera convenable pour les besoins du service; il aura la même liberté à l’égard du nombre et du choix des employés ou domestiques en sous-ordre.
ARTICLE 3. — Quant au médecin et aumônier, le choix du premier appartiendra toujours au Préfet; le choix du second
appartiendra au Conseil de la Congrégation, mais sous l’agrément du Préfet et de M. l'Evêque. M. Bonfils, médecin actuel du dit établissement, est confirmé dans ses fonctions, comme médecin et chirurgien.
ARTICLE 4. — Le traitement du médecin sera de douze cents francs par année, à charge par lui de faire chaque jour la visite de l’hospice. Celui de l’aumônier sera réglé de gré à gré entre lui et le Conseil de la Congrégation.
ARTICLE 5. — L'administration intérieure de l’hospice de Maréville sera sous la surveillance immédaite du Préfet et du Conseil d’Inspection établi par décision de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur du 20 décembre 1814. L’Econome de cette maison ne sera comptable qu’envers le Préfet, le tout néanmoins sans préjudice aux droits du Conseil soussigné et de M"° la Supérieure générale, tels qu’ils sont réglés par les statuts de la Congrégation, approuvés par le Gouvernement.
ARTICLE 6. — L'administration et les dépenses de l’hospice de Maréville auront lieu par forme d'entreprise; le prix des journées d’indigents sera fixé chaque année dans le courant du mois de novembre, pour l’année suivante, de telle sorte que dans les années ordinaires, le pain étant de 30 centimes le kilogramme, le prix de la journée d’entretien des aliénés indigents sera de 60 centimes pour 1817 et à raison du prix de cette denrée, il sera accordé 75 centimes par journée.
ARTICLE 7. — Les payements seront effectués à l’expiration de chaque mois, en suite des états de journée qui seront dressés dans la forme déterminée par le Préfet sur des cadres imprimés aux frais de l’entreprise.
ARTICLE 8. — L’Econome de l’Hospice recevra en outre le montant des pensions qui seront réglées entre elle et les familles, pour l'entretien des individus qu’elles placeront à Maréville ou qui s’y trouvent déjà pour leur compte.
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ARTICLE 9. — Les Sœurs qui seront chargées de l’Hospice de Maréville jouiront enfin du produit des rentes, ainsi que des jardins, vignes, bois, rapailles et autres immeubles appartenant à l'Etablissement; elles en auront l’administration, à charge d’en soumettre les baux à l'approbation du
Préfet.
ARTICLE 10. — Au moyen des allocations fixées par les articles précédents, l’'Econome de la Maison de Maréville sera chargée de pourvoir à toutes les dépenses, généralement quelconques, même des grosses et menues réparations, constructions de nouveaux bâtiments auxquels le Préfet pourvoiera dans le cas où elles deviendraient nécessaires. L'état des bâtiments sera constaté par une expertise contradictoire avant l’entrée des Sœurs.
ARTICLE 11. — Le régime ordinaire pour les indigents sera composé de 75 décagrammes de pain, de 70 centilitres de légumes secs, qui pourront être remplacés dans la saison par des légumes frais ou par du riz, avec la graisse et les assaisonnements nécessaires. Les dimanches et jeudis, la portion de légumes sera remplacée par 5 décagrammes de viande. Quant aux malades, ils seront traités conformément aux prescriptions du médecin.
ARTICLE 12. — Avant l’entrée des Sœurs dans la Maison de Maréville, il sera procédé à un inventaire de tout le mobilier et de tous les effets qui seront confiés à Mme l’Econome, pour lesdits mobiliers et effets être par elle représentés et remis au besoin.
En cas d'amélioration dans les effets ci-dessus mentionnés, 1l est entendu qu’elle tournera au bénéfice de l’Etablissement. Les titres et papiers seront également inventoriés et remis à Mme l’Econome.
Il en sera de même des grains, légumes, vins et autres denrées en approvisionnement, lesquelles seront reprises par les Sœurs à charge par elles de rembourser le prix au
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Directeur sur le vu des quittances des fournisseurs ou d’après une estimation par experts.
Le Directeur se chargera en recette du montant de ce remboursement.
ARTICLE 13. — S'il résulte du compte du Directeur un reliquat actif en argent, il sera versé entre les mains de la Sœur Econome en à compte du prix des journées à payer par le Département de la Meurthe; s’il y a un déficit, il y sera pourvu par l'Administration.
ARTICLE 14. — Le Conseil se réserve expressément la faculté de renoncer, pour la Congrégation, à l’entreprise qui fait l’objet du présent, s’il venait à juger que cette entreprise ne peut se soutenir utilement.
Il s'engage au surplus à se conformer à la décision de Son Excellence le Ministre de l'Intérieur du 20 décembre 1814, en ce à quoi il n’est point dérogé par le présent, qui sera soumis à l'approbation de Son Excellence.
Fait double à Nancy, le 25 février 1817.
Signé : Sœur Marie-Célestine Berger, Supérieure Générale, Sœur Euphémie Marteau, Sœur Placide Bellanger et Sœur Marie-Hyacinthe Merdier, membres du Conseil de la Congrégation et Séguier, Préfet.
Enregistré à Nancy le 18 avril 1817; reçu 155 francs, 10 centimes, décimes compris, conformément à la décision du Ministre des Finances, transmise par sa lettre à M. le Préfet en date du 11 août 1817, le droit étant resté en suspens jusqu’au moment que cette décision est parvenue. L’acte contient quatre rôles sans renvoi ni ratures.
Signé : VERNY.
Dès 1814, il s’est formé sur les divers points du pays des maisons pour garder les fous, les unes uniquement destinées à les contenir et à en débarrasser les parents, les autres joignant à ces conditions la noble tentative de les guérir.
À partir de 1815, Maréville, dont l’administration venait d’être confiée à un directeur, ne reçut plus les aliénés indigents que de dix départements : les quatre qui formaient l’ancienne province de Lorraine : Meurthe, Meuse, Moselle, Vosges; les deux de l’Alsace : Haut et Bas-Rhin; deux de la Champagne : Ardennes et Haute-Marne; deux, enfin, de la Franche- Comté : Haute-Saône et Doubs. L’Aube et la Côte-d'Or continuèrent également à y envoyer un certain nombre, mais non la totalité d: leurs aliénés. A la date du 15 avril 1815, Carnot, ministre de l'Intérieur. adressa au Préfet de la Meurthe une dépêche dans laquelle, visant le décret impérial du 4 mars 1813 et l’instruction du 18 août suivant, qui en avait été la conséquence, il confirmait une décision du 20 décembre 1814 qui avait institué l’Asile de Maréville : « Hôpital Central des Aliénés des Départements de la Meurthe, des Ardennes, de la Haute-Marne, de la Meuse, des Vosges, de la Moselle, du Bas-Rhin, du Haut-Rhin, de la Haute-Saône et du Doubs. »
Ainsi, en 1819, la France ne possédait que huit établissements spécialisés dans le traitement des aliénés : Charenton, Bordeaux, Lille, Marseille, Avignon, Maréville, Saint-Meen, Armentières.
De 1814 à 1820, le nombre des admissions s’accroît progressivement ; le nombre des sorties est peu consi-
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dérable, vu qu’à cette époque on ne recevait presque point d’aliénés susceptibles de guérison. Les entrées à Maréville avaient lieu en vertu d’arrêtés rendus par les préfets sur le vu d’un jugement d'interdiction, ou, en cas d'urgence, sur les déclarations du procureur du Roi portant qu’il y a lieu d'admettre dans une maison de santé en attendant interdiction. Cette déclaration était toujours appuyée d’un certificat du médecin et d’attestation des autorités locales. Il était rare qu’un aliéné indigent sorte après sa guérison sans que ses parents viennent le rechercher. Lorsqu'il était réclamé sans être guéri, le préfet ne prononçait sa sortie que d’après l’avis du médecin et il était remis aux parents. Quant aux pensionnaires, ils étaient rendus sans formalité à la personne qui les avait placés. Les rapports du médecin et de la Sœur économe, les fréquentes visites du préfet et du procureur prévenaient les abus et les reproches.
A leur arrivée, les Sœurs trouvèrent toutes choses dans l’état le plus déplorable. La maison était remplie de vermine; les malades couchaient sur la paille, n'avaient presque point de linge et des habits si misérables que les Sœurs étaient obligées de les repriser la nuit; ils avaient pour tout aliment une soupe économique.
La Supérieure, Sœur Euphrasie Bertrand, commença par améliorer la nourriture, afin de rendre aux aliénés une santé moins précaire; elle fit confectionner des lits, du linge, et parvint, elle et ses Sœurs, à force de travail et de dévouement, à mettre l'établissement sur
un pied convenable.
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La Supérieure, qui resta à la tête de la Maison de 1818 à 1842, racheta beaucoup de terrains, agrandit le périmètre de l’enclos, fit construire le mur d’enceinte qui sépare le parc des propriétés voisines.
FoDÉRÉ, dans son Traité du Délire, de 1817, consacre à Maréville un paragraphe rédigé dans les termes suivants :
Avant la Révolution, cette Maison servait non seulement aux aliénés, mais elle était encore une prison d'Etat, une Maison d'éducation et de correction pour les jeunes gens de familles à l’aise. On n’y admettait que des hommes. Ayant été brûlée il y a 20 à 22 ans, elle fut reconstruite et destinée au traitement des aliénés, sous une administration charitable. Elle en contenait en décembre 1814 le nombre de 170, presque tous de la classe indigente, en grande partie maniaques, et placés aux frais des établissements auxquels ils appartiennent. Le pensionnat de Maréville est dirigé avec un bon esprit, des soins attentifs et obligeants.
Le docteur François Bonfils père, fut nommé médecin de la Maison en 1805. Il était médecin de la Maison de Secours de Nancy et professeur public de l’Art des Accouchements; il put donc ajouter à ces titres celui de médecin de la Maison des Insensés de Maréville.
Le fils du précédent, Joseph-François Bonfils, succéda à son père dans ses fonctions. Dès sa jeunesse, il accompagna son père au cours de ses visites à Maréville et c’est ce qui le décida à soutenir, le 20 août 1819, devant la Faculté de Médecine de Paris, une thèse remarquable intitulée : « De la Folie ou de l’Aliénation Mentale ». Cette thèse est la première en France traitant de la Psychiâtrie; elle présente donc
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de ce fait un intérêt tout particulier quant à notre suJet.
D’après Bonrizs, en 1819, Maréville était spécialement destiné au traitement de la folie; il recevait des aliénés de tous pays et particulièrement des départements du Nord-Est. Il en renfermait environ 260, tant indigents que pensionnaires, y compris les épileptiques et quelques jeunes gens des deux sexes en correction. Mais dès cette époque, il pouvait en loger davantage.
Bonfils estime que sa situation est extrêmement saine et agréable.
La thèse de Bonfils est une monographie analytique de l’aliénation mentale. L'auteur s’excuse dès le début de son manque de compétence pour traiter un sujet aussi vaste et aussi important, aussi réclamet-il toute l’indulgence du jury. Il ne faut pas oublier que Bonfils était l'élève du grand Esquiroz; il lui adresse un vibrant témoignage de son respect et de son affection.
L’étude comporte différents chapitres relatifs à l’histoire de la folie, à sa classification nosographique, à son étiologie, à l’anatomie pathologique et au traitement. Nous ne pouvons ici entrer dans le détail. Bonfils fait le panégyrique de la situation du médecin d’Asile et s’efforce de détruire ce préjugé que les maïisons d’aliénés sont des prisons plutôt que des asiles établis pour la guérison et le soulagement des malheureux qui, hélas ! « méritent d’autres traitements que les cachots et les chaînes ».
Ne quittons pas les docteurs Bonfils sans signaler cette confusion que l’on note dans un ouvrage d’Es-
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quirol, qui confond ces deux médecins avec les frères Bonfils, ces moines qui, dans le même temps, donaient leurs soins dévoués aux aliénés :
« Dans le Nord de la France, les frères Bonfils jouissaient en quelque sorte du privilège exclusif de soigner les fous; ils envoyaient dans les grandes maisons, auprès de personnes atteintes de folie, des Frères pour les surveiller. Ils avaient de grands pensionnats à Lille, Armentières, Maréville. »
Dans une réponse faite par le département à un questionnaire posé par le ministre de l'Intérieur en 1819, nous lisons que la Maison de Maréville, située à 5 kilomètres de Nancy, est spécialement destinée à recevoir et à traiter les aliénés. Dès cette époque, l’hospice de Saint-Nicolas recevait aussi des aliénés des deux sexes, mais exclusivement des pensionnaires. De plus, le directeur sorti de Maréville avait établi à la Malgrange, près Nancy, une maison de santé dans laquelle il recevait principalement des aliénés des deux sexes.
On avait jusqu’en 1819 admis à Maréville des épileptiques indigents de tout âge, hommes et femmes, mais comme ils étaient généralement incurables, le préfet, pour ne pas surcharger le département, n’admit que ceux dont les crises étaient suivies d’aliénation dangereuse.
Outre les indigents à la charge du département, Maréville recevait également des pensionnaires.
D’après les documents, le terrain de Maréville était très vaste, mais il était urgent, dès 1819, vu l’accroissement de la population, d’établir de nouvelles cel-
lules ou loges dans les bâtiments existants et d’en construire un nouveau de peu d’étendue, pour assurer l'éloignement parfait des deux sexes. Dès cette époque se faisait sentir l’utilité d’améliorations qui ne devaient être créées que bien plus tard. Le préfet du département priait alors le Gouvernement d’envoyer sur les lieux un architecte, afin d’arrêter un plan général de Maréville comme maison centrale d’aliénés.
En 1819, déjà, les revenus de l’établissement se composaient du prix de journée acquitté par les départements pour leurs aliénés indigents, des pensions payées par les familles des malades fortunés, du modique revenu d’une ferme et d’un moulin, du produit presque nul du travail de quelques aliénés paisibles, enfin du produit des jardins, prés, vignes, bois, qui tiennent à l'Etablissement. Le prix de journée pour les indigents était de O0 fr. 60; pour les pensionnaires, le tarif se réglait de gré à gré entre l’Econome et la famille. Le nombre des admissions était alors en progression croissante. Elles avaient lieu en vertu d’arrêtés rendus par le préfet, sur le vu d’un jugement d'interdiction, ou, en cas d'urgence, sur la déclaration du procureur du Roi, portant qu’il y a lieu d'admettre dans une maison de santé, en attendant l'interdiction. Cette déclaration était toujours appuyée d’un certificat du médecin et d’attestations des autorités locales. Les rapports du médecin et de la Sœur économe, les fréquentes visites du préfet, celles du procureur du Roï, prévenaient les abus qui auraient pu se produire. Ainsi les bâtiments de Maréville, en 1819, formaient trois groupes bien distincts qui occupaient le creux et les pentes d’un vallon
très ouvert et fort incliné au Levant. Ils étaient bier espacés au milieu de terrains en partie clos de murs et d’une contenance totale de 23 hectares 57 ares 80 centiares.
En 1833, la circulaire ministérielle n° 37, du 14 septembre, posait à chaque préfet des questions précises relatives aux aliénés de son département.
Le préfet de la Meurthe reconnaît trois établissements recevant des aliénés : la Maison de Maréville, avec 583 loges, celle de Saint-Nicolas, avec 44 loges, et celle de La Malgrange, avec 70 loges; mais le département n’envoie de malades qu’à Maréville et paye 70 centimes par journée pour chacun d’eux. Maréville contient 645 aliénés en tout.
G. FERRUS, dans son célèbre ouvrage sur les aliénés, publié en 1834, nous parle de Maréville en ces termes:
Nous manquons de renseignements récents sur cet établissement et ceux que contient le Dictionnaire des Sciences Médicales ne sont pas de nature à en donner une favorable idée. On lit dans cet ouvrage que les cages où l’on enferme les furieux sont dans les caves; qu’elles s’élèvent d’un pied au-dessus du sol et sont construites partie en bois plein, partie à claire-voie et qu’elles n’ont que quatre pieds de hauteur et six de profondeur. Ces cages ne sont éclairées que par des soupiraux qui donnent du jour aux corridors et aux caves. Nous espérons que cet état de chose: n'existe plus aujourd’hui.
Voici la description de l'Etablissement en 1838 telle que la donne EsquiroL :
L’Etablissement de Maréville est situé dans la commune de Laxou, à une petite lieue oùest de Nancy; il occupe un
grand terrain au pied d’un côteau incliné au Levant, couronné par un bois d’où la vue s'étend sur une vaste plaine. En entrant, on voit, à droite, de petites constructions habitées par des pauvres, par des aliénés en démence, par des idiots. Plus loin se trouvent les bâtiments échappés à l’incendie. Dans les caves appelées huillières, l’on avait construit avec des madriers debout, scellés au sol, et au plafond, des habitations ressemblant à des cages dont elles portaient le nom, dans lesquelles on enfermait les furieux; au travers des espaces laissés entre les madriers, l’on passait la nourriture aux malades qui n'avaient que la paille pour se coucher. Les étages supérieurs, seuls habités aujourd’hui, sont divisés par un corridor sur lequel, à droite et à gauche, s’ouvrent des chambres éclairées par une croisée grillée. Ces divisions sont en bois, par conséquent très sonores au plus léger bruit; sur le plancher des corridors rampent des canivaux pour recevoir l’urine et l’eau répandue dans les chambres. A droite et à quelque distance du bâtiment, qu'habitent les religieuses, où sont établis les services généraux, il existe un quartier composé de petites constructions irrégulières, divisées en cellules à rez-dechaussée, avec de petites cours. Tout ce quartier, destiné aux furieux et aux aliénés sales, est mal bâti, sombre et humide. Depuis quelques années on a construit de nouvelles cellules, mieux entendues, mieux aérées et plus saines que les anciennes.
Esquiroz, dans son rapport sur les Maladies Mentales de 1838, nous apprend que Maréville compte parmi les huit établissements spéciaux, déjà cités, de France, où l’on ne recoive exclusivement que des aliénés. C’est à ce moment qu’on lui donne le nom de « Maison Royale de Santé ».
Dans ce livre, EsquiReL écrit des phrases extrêmement dures à l’égard de Maréville :
Je ne peux me défendre d’éveiller la surveïllance de VAdministration sur les habitations des aliénés furieux qui sont logés dans les souterrains.
Qu'on n’espère point faire usage d’anciens bâtiments pour les adapter au service des aliénés; on manquerait le but qu’on se propose. C’est pour avoir voulu utiliser les consiructions qui existaient à Maréville du temps des Frères, que malgré beaucoup de dépenses, on n’a fait de Maréville qu’un mauvais Etablissement dont on ne pourra jamais rien faire de bon, à moins qu’on ne le reconstruise à neuf.
Nous pouvons, grâce aux documents que nous avons sous les yeux, donner quelques précisions sur l’état des bâtimenis qui composaient Maréville en août 1835.
La porte d’entrée était située beaucoup plus haut qu’elle ne l’est aujourd’hui. On retrouve la trace de cette vieille porte sur la paroï extérieure de la maison actuelle du chef de culture, qui est contiguë au bûcher consiruit par la suite. On note encore sur le mur une voûte de 4 mètres de haut sur 2 mètres de large environ, supportée par deux colonnes à chapiteaux. Audessus de cette porte s’en trouvait une seconde que l’on voit figurer sur la plupart des plans et qui n’a été abattue qu’en 1934, en raison de l’état de ruine dans lequel elle se trouvait. Elle avait dû servir d’entrée à une époque encore plus reculée; elle comportait un vaste porche surmonté d’une terrasse et encadré de deux bâtiments perpendiculaires l’un à l’autre où furent aménagés des logements et des bureaux administratifs. À cette époque, les constructions couvraient
Maison actuelle du chef de Culture.
Première entrée de Maréville,
(Offert par M. le Dr Aubry.)
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