‹ Essai sur l'évolution de l'assistance aux aliénés à MarévilleChapitre 17 sur 27 · ARE CU · texte numérisé non relu

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La cellule a disparu; les voies de douceur et de persuasion sont à peu près les seules mises en usage. Aussi voit-on régner l’ordre et le calme et l’on peut dire aujourd’hui, sans exagération, que l’aliénation mentale a perdu cet aspect effrayant qu’elle présentait autrefois.

C’est le 1” janvier 1842, à la suite d’une inspection, que fut décidée la transformation de l'établissement.

Une seule infirmerie générale a été conservée dans chaque division. Les malades très agités ont été habillés ; on leur a donné des lits et ils cessèrent de coucher sur la paille, comme ils le faisaient jusqu'alors.

ARCHAMBAULT a fait abandonner les quartiers les plus malsains; il a développé l'hydrothérapie. Avant lui, il n’y avait que quatre baignoires dans la division des femmes. Il fit couvrir les baignoires avec un couvercle à coulisse, permettant de maintenir l’aliéné au bain sans lutte, sans danger, et avec une sécurité complète.

Enfin il s’ingénia à faire travailler les malades :

J'ai cherché, dit-il, surtout à retirer du travail, appliqué sur une large échelle, les ressources thérapeutiques qu’il pouvait offrir.

ARCHAMBAULT, le premier à Maréville, a vraiment donné à l’Asile un sens médical. Dans son rapport au préfet, du 6 septembre 1842, il écrit :

En plaçant le régime physique et moral, la police personnelle et médicale des malades sous l’autorité du médecin, l'ordonnance de 1839 a sanctionné l'expérience de Pinel et d'Esquirol. Les applications du traitement moral résultent en effet des rapports de l’aliéné avec les hommes et les

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choses. C’est donc au médecin à les régler : C’est lui qui doit donner l’implusion et coordonner les mouvements des malades. À Maréville aujourd’hui, ces principes sont appliqués. Aucun aliéné ne peut être déplacé, changé de quartier, envoyé à la douche, mis en loge, sans l’ordre du médecin; c'est le médecin qui prescrit les promenades, autorise les visites, désigne le genre et la durée du travail. A la visite du matin, les aliénés sont rangés en ordre et en silence dans leurs chauffoirs ou dans les cours, quand le temps le permet; de cette manière, le médecin voit ses malades, constate leur état et leur tenue, et sur le rapport des Sœurs et des surveillants, il encourage les uns, gronde les autres; si par hasard une rixe s’est élevée, des reproches, quelques heures de réclusion ou de camisole, rarement une douche, suffisent pour réprimer les plus difficiles. Dans aucun cas il n’est permis aux infirmiers d’avoir recours à la violence vis-à-vis des malades, de les injurier, de les frapper. Ils doivent adresser leurs plaintes au médecin, seul chargé de la répression des aliénés.

Quant aux malades qui présentent des chances de guérison, ils attendent au pied de leur lit, la visite qui, dans leurs quartiers, se prolonge toujours beaucoup plus longtemps. De cette manière, c’est au lit du malade, comme dans les hôpitaux ordinaires, que se font les prescriptions médicales; elles sont immédiatement inscrites par le pharmacien, M. Golzard, chargé de la tenue du cahier, et qui assiste à la visite. Le médecin adjoint, M. De Roche, indépendamment des soins qu'il donne, ainsi que l’élève interne, aux malades atteints d’affections graves, fait une seconde visite le soir. Cette visite est d’autant plus utile que mon collègue assiste à celle du matin et que le traitement se trouve ainsi dirigé dans une pensée commune.

Cette conception, émise par un médecin-chef en 1842, n’est pas très éloignée de celle des médecins d'aujourd'hui, et il nous a semblé intéressant de les

rapprocher.

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Dans son rapport médical au préfet, pour 1842, le docteur ARCHAMBAULT, médecin-chef, nous donne la statistique exacte des malades

Hommes Femmes Total Malades présents au 1° janvier 1842. 291 235 526 Malades entrés en 1842 .......... 79 68 147 Cuérisons PANIER EEE 29 18 A7 Réchutes ES PERTE CITE RE 2 2 4 D'éces nes RM CIS OM RES 33 34 67 Malades sortis non guéris ........ 11 8 19

Avant l’arrivée d'ARCHAMBAULT, la division des hommes comme celle des femmes était composée de trois quartiers renfermant chacun des aliénés de toutes catégories; une infirmerie et des loges pour les agités. ARCHAMBAULT a mis de l’ordre dans cet état de choses de la façon suivante : un quartier a été désigné pour recevoir les agités, un autre, les malades absolument incurables et malpropres; un troisième a été affecté aux malades tranquilles et présentant encore quelques chances de guérison.

Le docteur ARCHAMBAULT eut pour interne le docteur Macario. Ce dernier avait fait ses études médicales à Paris, avec Piorry à la Pitié et Félix Voisin à Bicêtre. Il entra à Maréville le 1” janvier 1842. A la suite de difficultés avec le directeur qu’il apostropha trop énergiquement, il dut donner sa démission et rentrer à Paris, le 18 mars 1843. Il fit la même année une thèse remarquée sur « Le traitement moral de la Folie ». Ses études cliniques sur la démonomanie, ses recherches sur la paralysie hystérique, son mémoire

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sur les paralysies dynamiques ou nerveuses, couronné , 7 . . . .

par l’Académie de Montpellier, sont ses principaux

travaux.

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L'Asile en 1853 Reproduction d’une aquarelle faite par un malade (Offert par M. le Dr Aubry.)

RENAUDIN, dans sa notice de 1851, se plaignait déjà du mode de transport des aliénés :

Quoiqu'il tende à s'améliorer, il reste encore quelques progrès à réaliser sous ce rapport. Le séjour trop prolongé dans les lieux provisoires d'isolement, les lenteurs et les difficultés qu’entraîne après lui le mode actuel de contrevisite, retardent l’application d’un traitement rationnel et compromettent la santé des malades, dont l’incurabilité dépend ordinairement de ce qu’ils n’ont pas été traités en temps opportun ou de ce qu’ils ont été transitoirement placés dans de mauvaises conditions.

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Ces remarques restent encore justes aujourd’hui, surtout en ce qui concerne les mauvaises conditions dans lesquelles sont placés les malades avant leur arrivée à l’Asile. Il est pénible de constater le manque d’égards que l’on témoigne à ces malheureux, dans certains hôpitaux où on les relègue, dès les premiers symptômes de la folie, dans des locaux isolés, souvent rudimentaires, où ils manquent des soins les plus élémentaires d'hygiène. C’est ce séjour qui explique l’état de malpropreté et de misère physiologique où se trouvent certains de nos entrants. Il est à souhaiter vivement que des dispositions nouvelles soient prises pour sauvegarder la santé physique de ces infortunés et qu'on assiste dans ce sens à une amélioration absolument nécessaire.

Il est regrettable, en effet, que les hospices et hôpitaux ne soient pas dotés, dans la majorité des cas, d’un petit service spécialement aménagé et destiné à recevoir les aliénés avant leur transfert à l’Asile.

En 1851, dans un rapport lu à l’Académie de Médecine, le docteur ARCHAMBAULT exprime ses idées sur la suppression des quartiers de gâteux dans les asiles. À cetie époque, il y avait sur un total de 717 aliénés, 70 gâteux à Maréville. ARCHAMBAULT estimait que rien n’est plus désolant et plus profondément triste qu'un quartier de gâteux.

Qu'on se représente des salles de réunion, des cours, où sont groupés des êtres à figure humaine. Les lits n'étaient que des coffres informes, garnis de paille, au-dessous desquels étaient placés des cuveaux ou des dalles creusées et

disposées en pente pour conduire les liquides dans des rigoles pratiquées dans toute la longueur de la salle.

Avec ARCHAMBAULT, les lits ont fait place à des couchettes en bois ou en fer, dont le fond, doublé en zinc, est incliné de manière à laisser écouler les liquides par une ouverture centrale dans un vase que contient un tiroir adapté au-dessous du lit.

En présence de l’insuffisance des efforts tentés jusqu’alors, ARCHAMBAULT s’est reporté à l’immortelle tentative de PINEL, qui a brisé les chaînes des aliénés et il a substitué la surveillance intelligente des gardiens aux moyens purement mécaniques de contrainte et de sûreté. C’est de ce principe qu'il est parti pour soustraire les aliénés gâteux aux affligeantes conséquences de leur déchéance morale.

L'observation journalière lui a montré que ces malheureux présentaient, en général, une seule exonération dans les vingt-quatre heures. Il suffisait donc de substituer à l’intelligence absente des malades, l’intelligence active du personnel de service. En conduisant régulièrement les malades, matin et soir, aux lieux d’aisances, on parvenait, en quelque sorte, à une rééducation de leurs sphincters et on supprimait du même coup les inconvénients du gâtisme.

La classification des aliénés était autrefois poussée très loin. Vers 1875, on trouvait à l’asile des quartiers d’agités, de demi-agités, de chroniques, d’épileptiques, de travailleurs, et un quartier d’admission réservé aux entrées. Aujourd’hui, en raison des grands bâtiments dont nous disposons, la dispersion est beaucoup moins poussée.

Jadis, les quartiers Saint-Louis et Sainte-Adelaïde étaient exclusivement remplis de gâteux. Un raisonne-

rire

ment très simple montre les inconvénients qu'il y a à grouper cette catégorie d’aliénés : d’abord il est rare que les malades soient constamment gâteux. En effet, ou bien il s’agit de confus qui deviennent propres dès qu'ils sortent de leur torpeur, ou bien de déments précoces chroniques, que l’on peut éduquer si l’on s’en donne la peine. Les gâteux à l’état permanent constituent une faible proportion. Supposons un dortoir de 20 malades parmi lesquels 5 gâteux; il est aisé d’affirmer que deux infirmiers suffisent à assurer le service dans une telle salle et s’ils font consciencieusement leur besogne, ils parviendront à tenir les cinq gâteux dans un excellent état de propreté. Supposons par contre une salle composée de 20 malades, tous gâteux, il est bien évident que deux infirmiers ne suffiraient pas.

Donc la dispersion de ces déchets dans diverses salles, au lieu de leur groupement en salles spéciales, diminuera à la fois le nombre des gâteux et le nombre du personnel préposé à les soigner.

C’est ainsi qu'aujourd'hui les quartiers de gâteux n'existent plus à Maréville.

Un plan d’ensemble, soumis en 1850, présente comme devant être construits immédiatement un bâtiment pour les pensionnaires femmes, une buanderie: un bâtiment pour les malades gâteuses. On projette également la démolition de l’ancienne huilerie, située à l’Ouest de la cour des agités, et la destruction des bä-

timents qui contenaient les anciennes loges des fous furieux.

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