‹ Essai sur l'évolution de la civilisation indienneChapitre 19 sur 104 · PA H S I S · texte numérisé non relu

PA H S I S

L’INDE MODERNE

influence tle la civilisation européenne sur la condition des femmes; opposition quelle rencontre.

Telle est la condition des indiennes. A l'exception des pàrsies, la plupart superstitieuses, ignorantes, trop souvent méprisées des hommes et trop souvent malheureuses.

Anglais et réformateurs indiens travaillent courageusement à relever la situation de la femme.

Physiquement. — Sous ce rapport l’œuvre la plus importante est celle de Lady Dufferin. Aucun médecin ne pouvant approcher une musulmane ou une hindoue, elle a fondé dans les grandes villes de l’Inde des hôpitaux pour les femmes, formé un corps de doctoresses qui font le service dans ces hôpitaux et visitent les zanânas(l).

of lliosc of anv nation in their knowledge of languages, music, etc. What is so very pleasing, though, in Oriental peoples, is lltis — knowledge obtainahle is sought after, but it never detlirones knowledge already acquired. A Parscc girl will not feel that cooking is ont of place hccause site lias had a college éducation; slie glorîes in tlie fact that slic can cook as wcll as any otlier good housewife, and lliat slie is able to économise even thou{;li roiling in wealth. Zulirka Sobal.ii Cavalier : 1 arsee ]\ oinen .

(1) Ces indiennes malades ont recours a des marchandes de drogues et a des sorcières; les sages-femmes sont appelées dhâis : inutile de dire qu elles ignorent la médecine et 1 hygiène. D où la mortalité élevée dans les zanânas. La lièvre puerpérale est

Intellectuellement. — Des européennes, des hindoues se rendent dans leszanànas et les harems pour apprendre à lire et à écrire aux femmes. Nombre d’indiens se décident aussi à envoyer leurs filles à l’école ou même au collège. Sans doute les progrès sont très lents. En 1891, 99,52 pour 100 de femmes complètement illettrées. En 1899-1900, 425,701 filles fréquentant les écoles publiques ou privées ; en 1 900-1901 , 429,045. La même année 44,030 filles recevaient l’enseignement secondaire, 171 l’enseignement supérieur. Par contre quelques indiennes ont écrit en anglais

presque la règle chez les femmes en couches. L’infanticide est commun : une vieille dhâî avouait avoir tué des centaines de nouveau-nés.

Depuis la fondation de l’œuvre de Lady Dufferin, il y a des hôpitaux de femmes à Laliore, Agra, Calcutta, Madras, Udaipur, Ulwar, Durbunglia, Nagpûr, Rangoon, Mysore, Haidarâbâd, etc. L’œuvre est dirigée par la National association for supplying medical aid to the women of India. Les femmes qui soignent les malades sont réparties en doctoresses (ayant obtenu leurs grades en Angleterre ou dans les universités indiennes), aides (assistant surgeons) et infirmières (hospital assistants),

Cf. entre autres Gountess of Dufferin : A record of three years * work by the National association for supplying medical aid to the women of India.

En 1891, femmes recevant l’instruction 197,662; lettrées, 543,495 ; illettrées, 127,726,768. — En 1900-01, nombre des fill es dans les écoles, Birmanie (38,143); Assam (8,709); Bengale (103,601); Provinces Unies (21,314); Panjâb (23,070); Bombay (89,745); Provinces centrales (11,208); Madras (128,073). — La proportion des filles et des garçons fréquentant les écoles est pour les européens et les eurasiens (1 à 1,07), chrétiens indigènes (1 à 1,69), pârsis (1 à 1,95), hindous (1 à 10,87), musulmans (1 à 11,12), musulmans du Bengale ( 1 à 20,99).

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et dans les langues vernaculaires. Plusieurs journaux sont rédigés exclusivement par des femmes; le plus important est le Bengali (1) .

Socialement. — Dans la classe instruite la séquestration se fait moins sévère. Des femmes vont au théâtre où elles occupent des loges grillées ; l’on en voit dans la rue, dans les boutiques, dans les jardins publics, aux expositions. Celles de haute caste portent des voiles, mais déjà beaucoup ont des voiles moins longs et moins épais. Des pàrsies ont fondé un club à Bombay. A Calcutta quelques dames hindoues conduisent, montent à cheval, dînent dans les restaurants, assistent aux réceptions du vice-roi.

Les hommes d esprit conservateur voient avec horreur les progrès des mœurs européennes.

(1) Calcutta Daptist female society pour l’éducation des jeunes hindoues, 1821 (200 élèves en 1834). Écoles de la C/iuich Missionary society et de la London missionary society. Toutes ces écoles surtout pour des hindoues chrétiennes. Fondation de la Bethune school (1849) par Drinkwater Bethune ; l’école devint école d’État en 1857.

Dans le second volume de sa Civilisation Hindoue (p. 115 et suiv.), M. Bose cite les noms de plusieurs femmes hindoues qui se sont distinguées dans le cours du dix-huitième et du dix-neuvième siècle : Ahalayâ Bài, qui gouvernait un territoire dans l’Inde centrale, Bâni Bhavâni, de l’État de Natore, etc. (Cf. T. he Calcutta Beview, vol. lv, p. 56, et vol. lvi, pp. 10-27.)

L’article suivant est tiré d’un journal de Madras (1893).

Les jeunes gens instruits ne pensent qu’à la mode et aux frivolités : ils élèvent leurs femmes pour en faire leurs dignes compagnes. Ils lisent avec elles les romans et les pièces qui peignent en couleurs vives des scènes d’amour du caractère le plus bas; bon moyen de salir le goût de jeunes fdles innocentes. Ce n’est pas tout. Ces maris donnent à leurs femmes des vêtements et des parures européennes... ils sont pour elles d’une indulgence inouïe, et voilà ces femmes qui se mettent à mépriser les autres membres de la famille. Faire la cuisine, s’occuper du ménage! allons donc. S’habiller, rester au salon, potiner avec des amies, jouer, lire des histoires d’amour. Comme travail, des ouvrages d’aiguille, encore de ces ouvrages qui ne servent à rien et qu’on fait pour s’amuser, pour offrir des cadeaux. Les manières de ces dames dégoûtent les mères de famille et mettent la discorde dans les maisons. Qui fera leur besogne? Les autres jeunes femmes qui ne posent pas pour l’instruction? i\on, assurément; les mères de famille devront s’en charger. C’en est fait de ces vertus qui étaient la gloire des hindoues. Autrefois la sympathie pour les parents et les voisins, aujourd’hui l'égoïsme; autrefois le respect des supérieurs, aujourd’hui un mépris hautain; autrefois la religion, la pitié, aujourd’hui la coquetterie et la futilité (I).

(1) Tliese young men bccoinc thernselvcs dcvotecs of fashions and fri vol i tics ; and they educate tlieir wives in a rnanner that would make tliein their suitahle cotnpanions. They read witli thern the novels and the drainas that depict in glowing colours love scenes of a debasing nature and thereby vitiate the tastes of the innocent girls. Tliis is not ail. They embellish thern with ali the décorations and fineries of European ladies, antl instances are not wanting of their partaking with tliein foreign food. Sonie

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Ainsi pensent les hindous de la vieille école. Mais leur opposition est peut-être moins forte que celle des femmes élevées dans les anciennes idées.

Un journal avancé s’en plaint amèrement :

Relever Pétât social de la femme indienne, l’iiistoire de l’Europe nous montre l’importance de cette œuvre comme aussi l’expérience personnelle de ceux d’entre nous qui ont voulu la mener à bien. Pour le réformateur, la plus terrible difficulté n’est pas dans les préceptes des Castras ou les règles des castes, elle est dans l’ignorance de nos femmes. Les hommes instruits passent facilement sur règles et préceptes, mais ils n’ont pas le courage, mais ils sentent l’inutilité d’introduire des inno-

of our so-called advanced young men give unilae indulgence to their reformed wives : and the latter, as a matter of course, look upon other members of the family with disdain. They consider it a drudgery to cook and to attend to other domestie work. Tliey pass their time in the drawing.room with a few lady coinpanions, decorating themselves with ali the embellishments that fashion has at its cominand. Here they pass their tiuie, sometimes in playing and sometimes in reading love-tales : and if they do aught that is useful, they sew woollen caps or comforters, and that is done as a diversion rather than as a work of utility . These articles are seldom used in the family. Tliey are generally given to friends as présents.

The doings of the so-called enlightened ladies disgust the matrone of the bouse, and bring in dissensions in the family. The other juvénile members, who are not of the enlightened type, perform only their share of the work. So that the work left undone by the fashionable ladies devolves on the matrons

The virtues for which Hindu women are fainous, are, one after another, disappearing from ainong thern. Their sympatliy towards their relations and neighbours is giving place to selfishness, their regard tovvards their superiors is giving place to hauteur, and their remarkably religious habits are giving place to the fineries of the European ladies.

vations au prix de leur bonheur domestique, au prix de l’affection ou de la bonne volonté de toutes ces femmes qu’ils respectent et qu’ils aiment. La société hindoue est inertie voisine de la mort. Il faut lui insuffler une vie nouvelle. C’est là une tâche impossible tant que les femmes ne seront pas préparées à encourager et à suivre les hommes dans la voie de la réforme et du progrès (1).

Pour résumer ce chapitre, pour bien faire comprendre l’esprit et les efforts des néo-hindous,

(1) The importance of raising the status of our women will be seen not merely from the story of European countries, but from the personal expérience of every educated Indian who lias at any time endeavoured seriously to introduce reform. The rnost formidable difficulty in the way of the Indian social reformer is not 80 much the ignorant injunctions of the Shastras or the arbitrary restrictions of caste, as the ignorance of our women. Educated males do not profess to be bound down by one or the other; they are willing to set botli at naught in the interests of social reform. But they feel it too great a sacrifice, — in fact, feel that it vvill be perfectly useless, to introduce innovations at the cost of domestic happiness, at the cost of the goodvvill and association of ail those women whom they respect and love. There is no reason why educated women should not see the necessity of reform as the educated men do, and if only we take particular care of the éducation of Indian women, other difficulties will disappear from the way. The Ilindu society is a huge mass of inertia and lifelessness ; a tremendous push, operating over a large part of its surface, is necessary to set it going. One or two individuals, however courageous or earnest, can do absolutely little; nor can any considérations of expediency or individual vanity ever move our cornmunity. A new life must be breathed into it; it must regain its lost power of life. But this can never corne to pass untill women are prepared to encourage and march with men in the path of reform and progress. » ( Hindu , 1889.^)

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je citerai ces pages de M. Gliose, le chef de l’école positiviste.

Étant donnée notre situation, n’espérons pas, ne désirons pas échapper aux conséquences légitimes de notre histoire. Nos pensées, nos aspirations s’élèveraient au-dessus de notre condition que nous ne pourrions pas les suivre sans manquer à notre religion (le positivisme). Car nous nous rappellerons que si, pour le positivisme, qui sauvera le monde, nous pouvons abjurer notre passé, nous ne pouvons pas renier ceux qui en ce passé vivent et se meuvent à l’heure présente. Et ceux-là sont la majorité de nos compatriotes : la culture de l’Europe leur est complètement étrangère. Nous ne devons pas nous laisser séparer de notre propre société. Non, nous devrions concentrer notre affection sur les quarante et quelques millions qui nous entourent et parlent notre propre langue vernaculaire. Si arriérés que soient dans notre opinion nos compatriotes, ce n’est assurément pas la religion positiviste qui nous conseillera de rompre notre solidarité avec eux pour le profit incertain de nous rendre solidaires de l’Occident.

Malheureusement pour nous, notre œuvre est plus que difficile. Nos rapports avec les européens affaiblissent notre faculté de juger ce que Comte appelle les « tendances instinctives » de nos compatriotes. Nous vivons au milieu d’eux et cependant nous nous sentons lentement repoussés loin d’eux. Par suite, nous ne pouvons pas discerner clairement ce que nous commanderait un positivisme purement hindou et débarrassé de toute influence occidentale...

Après tout la question est peut-être moins difficile qu elle ne semblerait d’abord; notre tâche se borne à notre propre existence individuelle. Que chacun de nous vive la vie d’un vrai positiviste au milieu de la société et du gouvernement qui nous entourent, et

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notre œuvre aura une valeur pour le présent et pour l’avenir. Tâchons d’assimiler dans notre conduite deux éléments aussi dissemblables que 1 hinduisme et le positivisme, et nous aurons fait avancer cette œuvre glorieuse qui sera l’union de l’Orient et de l’Occident (1).

(1) Situated as we are, we inust not overlook tliat we cannot liope and should not desire to escape from tlie legitimate conséquences of our past history. And even if our thoughts might be lifted above our circurns tances, we would not be true to our religion if we were carried away too far by our aspirations. For we inust remernber tliat though we might abjure our peculiar past for tlie sake of a whole world’s blessing — viz. Positivism — we cannot forsake tliose in whorn tliat Past lives and moves cven at the présent moment, I mean tlie majority of our countrymen to whoin ail European culture is pcrfectly foreign and inust be so for many a long year to corne. We inust not allow ourselves to be tlius separated from our own society. Nay, we should rather center our best affections upon tlie forty millions and odd who live around us and speak our own vernacular tongue. Howevcr backward these our countrymen may be in our judgment, it is not the Positive religion which would need us to disturb our solidarity with them for the uncertain and questionable gain of our establishing another solidarity with the West.

Unfortunately for us we labour under grave disadvantages. Our very contact with European culture weakcns our power to make a proper estimate of what Comte calls the « instinctive tendencies » of our countrymen. Though arnong them, we feel a s train which perceptibly draws us pretty far off them. We are not therefore quite in a position to déterminé how tliose tendencies would moveonto Positivism independently of Western influence, much iess to discuss how we could help to expedite their progressa.

And after ail the question will be found to lose much of its complexity wlien we consider tliat for the présent our work uiust be confined to our own individual lives. For if we can, eacli of us, live the life of a fair Positivist in the midst of the society and the Government which surround us, we shall hâve offered a solution of no mean worth to the présent as well as to the future. If

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Cherchons nous-mêmes à présenter dans son ensemble la transformation de la société indienne au dix-neuvième siècle. Transformation due à deux causes distinctes : l’évolution naturelle de cette société; l’influence de l’Angleterre et de la civilisation européenne.

Si complexe qu’elle soit, un fait domine cette transformation : à l’unité sociale d’autrefois, la famille, se substitue cette nouvelle unité sociale, l’individu.

Pour défendre les traditions des familles, maintenir leur hiérarchie, la caste avait des lois minutieuses : aux plus orthodoxes ces lois semblent aujourd’hui exagérées, les néo-hindous les trouvent odieuses ou ridicules.

Pour conserver les biens de la famille, pour conserver son esprit, la loi avait établi l’autorité du père, la propriété indivise; aujourd’hui le frère se sépare du frère, le fils se sépare du père, llestent-ils unis, cette union leur pèse. Beaucoup se plaignent de la vie en commun, qui paralyse leur activité, étouffe leur talent, comme si le talent, l’activité d’un homme eussent jadis compté

we can succeed in assimilaling in our life tvvo sucli widely different éléments as Ilinduisrn and Positivism, we sliall hâve done a great tliing to attain the glorious union between the East and the West.

(Cité dans h. i. s. Cotton : New India, p. 170.)

pour rien près du devoir de maintenir les anciennes mœurs, d’entretenir le culte du foyer et des ancêtres.

Mais les tendances nouvelles se marquent plus nettement encore dans l'idée que les réformateurs se font du rôle de la femme.

Laloi veut que les filles se marient en bas âge. Pourquoi? Parce que plus tard elles suivraient leurs sentiments; d’où les mésalliances qui détruiraient le régime des castes.

La loi permet la polygamie. Pourquoi? Parce que le culte de la famille exige la présence d’un fils ; une première union n’a-t-clle point donné de fils, que le chef de famille en contracte d’autres.

La loi défend le mariage des veuves. Pourquoi? Parce que le mariage est un sacrement, un acte solennel entre tous. Il sépare la jeune fille de sa vraie religion, la religion de son foyer, de ses véritables dieux, les ancêtres, pour lui donner une nouvelle religion, un autre foyer, d’autres aïeux divins. Et cette même femme irait prier les dieux d’un troisième foyer, oublieuse de la cérémonie solennelle qui l’attache pour jamais à la famille de son mari.

Mais les réformateurs proclament que la femme peut repousser ces trois lois sacrées. En quel nom? Au nom, disent-ils, de la liberté, de la dignité humaine. M. Malabâri ajoute : au nom du droit qu’a la femme d’être heureuse.

Que le bonheur d’une femme soit sacrifié à sa famille, à l’ordre social tout entier, semble

à beaucoup d’indiens maintenant criminel (1).

(1) Pour terminer cette étude de la société indienne j’emprunterai cette page au Cours de philosophie positive de Comte, 5e éd. Tome V, p. 183 et suiv.

Cette universalité plus ou moins prononcée et la profonde ténacité qui caractérise un tel système (la caste) doivent faire penser, quels qu’en puissent être les vrais inconvénients, qu’il était, aux temps de sa splendeur, en harmonie intime avec les besoins esssentiels de l’humanité. Il est facile, en effet, de reconnaître qu’il a été primitivement indispensable pour ébaucher, à tous égards, l’évolution fondamentale, intellectuelle ou sociale. D’abord, sa spontanéité est évidemment irrécusable; car rien n’est certes plus naturel, à l’origine, que l’hérédité générale des professions, qui fournit aussitôt, par la simple imitation domestique, le plus facile et le plus puissant moyen d’éducation, le seul même alors praticable, tant que la tradition orale doit constituer encore le principal mode de transmission universelle, soit à défaut d’un autre procédé suffisant, soit surtout en vertu du peu de rationalité des conceptions quelconques...

En second lieu, les propriétés fondamentales de ce régime initial ne sont pas moins incontestables, à tous égards, que son évidente spontanéité. L’évolution intellectuelle lui devra toujours la première division permanente entre la théorie et la pratique, alors suffisamment ébauchée par le développement spécial d’une caste spéculative, naturellement investie, même à un degré exorbitant, de la dignité et du loisir indispensables à la plénitude et à la continuité de ses travaux.

Sous le point de vue social, la convenance primordiale d’un tel régime n’est pas moins prononcée. Dans l’ordre politique proprement dit, la stabilité constitue évidemment son principal attribut. Toutes les précautions capitales s’y trouvaient spontanément instituées, avec la plus grande énergie possible, pour le préserver de toute grave atteinte, intérieure ou extérieure. Au dedans, les diverses castes partielles, essentiellement isolées entre elles, n’étaient habituellement liées que par leur commune subordination à la caste sacerdotale, dont chacune d’elles devait sans cesse éprouver le besoin fondamental, puisqu’elle y trouvait exclusivement les lumières spéciales et l’impulsion propre qui lui étaient journellement indispensables à tous les égards. Jamais

il n’a pu exister ensuite une aussi intense concentration régulière et permanente des pouvoirs humains que celle alors naturellement établie chez cette caste suprême, dont chaque membre, du moins dans les rangs supérieurs de la hiérarchie pontificale, était à la fois, non seulement prêtre et magistrat, mais aussi savant, artiste, ingénieur et médecin.

Malgré tant d’éminentes propriétés, il est néanmoins certain que ce grand système théocratique, après avoir ébauché, sous tous les rapports, l’évolution humaine, devait devenir ensuite radicalement antipathique aux principaux progrès ultérieurs, Intellectuels ou sociaux, en vertu même de l’excessive stabilité qui le caractérisait, et qui tendait graduellement à se convertir en une immobilité opiniâtre, quand les nouveaux développements ont fini par exiger un autre classement social.

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