‹ Essai sur l'évolution de la civilisation indienneChapitre 25 sur 104 · à 20,000), 1,749,568. Classe IX (de · texte numérisé non relu

à 20,000), 1,749,568. Classe IX (de

5.000 à 10,000), 2,274,032. Classe VIII (de 2,500 à 5,000), 2,534,591, etc.

Qui sont les possesseurs des grosses fortunes? Les temples et les couvents ;

Les seigneurs féodaux, surtout les zamîndârs du Bengale. Dans cette province onze domaines comprenaient 4,376,852 acres (acre = 40 ares et demi) , donnant une moyenne de 397,896 acres par domaine et une contribution foncière moyenne de 276,502 roupies. 38 domaines avaient une étendue moyenne de 194,997 acres et une contribution foncière de 103,333 roupies;

Les fonctionnaires de l’État, dont les contributions représentaient près de 30 pour 100 du produit de Yincome tax (Partie 1 de l’annexe) .

Les compagnies. — Les Profits des compagnies rapportaientà l’impôt sur le revenu : 1,329,586. (Partie II). La Troisième Partie interests or securities) 990,109 roupies.

Les banquiers, commerçants. — Le montant de la quatrième partie (revenus individuels) montait à 11,318,830 roupies. En voici quelques items : Prêteurs et changeurs : 3,307,730 roupies. General merchants : 923,850 roupies. Marchands de grains : 67 7,620 roupies. Banquiers : 513,700 roupies, etc. (1),

(1) Tous ces chiffres de 1899-1900. La contribution élerée des prêteurs en dit long sur les bénéfices réalisés par les usuriers*

Cette grande inégalité dans la répartition des richesses est un caractère distinctif des sociétés qui sont encore dans leur procès de formation; elle augmente quand ces sociétés sont bouleversées par une révolution économique ou sociale.

Nous la retrouvons dans des pays agricoles : au Japon, où les usuriers ont acheté une grande partie des terres; en Russie, en Hongrie, en Galicie, en Roumanie, pays qui exportent des quantités de grain considérables, alors qu’ils devraient en importer pour avoir un chiffre de consommation individuelle seulement égal au chiffre assez bas de l’Allemagne.

Et nous retrouvons la même inégalité dans l’histoire des pays industriels. Un exemple frappant est celui de l’Angleterre. De 1750 à 1850 l’Angleterre s’enrichit énormément. Cependant le nombre des pauvres secourus, des crimes, des suicides ne cessa d’augmenter. lia cause en était à l’état incertain de la société. Agricole autrefois, la population se faisait urbaine et industrielle ; les anciennes industries mouraient et les nouvelles se développaient par à-coups. Ainsi l’industrie du coton : inventait-on une machine à tisser sans perfectionner les machines à filer, la matière première faisait défaut, il fallait renvoyer des milliers d’ouvriers, anciens paysans pris brusquement à la terre quand l’industrie du filage plus avancée

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que l’industrie du tissage livrait plus de matière première qu’on n’en pouvait utiliser. Mais depuis un demi-siècle le libre échange, la puissance grandissante des trade-unions y l’instruction, l’intelligence générale des obligations de la vie moderne ont constamment amélioré la situation de l'ouvrier. En 1880 : 313 pauvres sur 10,000 habitants; en 1892 : 255 (en Allemagne 310). La mortalité annuelle abaissée à 19 pour 1,000 (France 22, Prusse 25, Autriche 30, Hongrie 32). En 1861, 68 condamnations criminelles pour 100,000 habitants; en 1881, 46; en 1892, 33. L’Angleterre est le seul pays du monde où la criminalité diminue; c’est l’un de ceux où Ion trouve le moins de pauvres et c’est celui où les pauvres sont le mieux secourus. (Contribution publique annuelle : plus de neq/ millions de livres.)

Résumé. Comment le {gouvernement peut remédier à la pauvreté de 1’ Inde, comment les indigènes peuvent y remédier.

Pour nous résumer, nous dirons que l’état de l’Inde n’est pas anormal. Comme dans tous les pays en voie de transformation, nous y trouvons une population rurale trop nombreuse et par suite appauvrie, les anciennes industries en décadence, la grande industrie encore incertaine, une

forte exportation de matières premières, une assez forte importation de produits manufacturés, mais aussi un développement rapide des travaux publics, la création de nouvelles industries et de nouvelles cultures. La grandeur de l’Inde, l’exactitude des statistiques anglaises font paraître comme sans exemple une crise que les autres peuples civilisés ont traversée ou traversent encore; sûrement l’Inde sortira très enrichie de la crise et non très appauvrie.

Mais, dans l’intérêt de l’Inde comme dans celui de l’Angleterre, il importe que la crise ne se prolonge pas.

Cherchons à préciser le rôle qui incombe au gouvernement britannique et celui qui incombe aux indiens.

En tous pays, l’État peut beaucoup; dans l’Inde, pays de gouvernement absolu, la puissance de l’État est presque sans limites.

En tous pays, l’État a de grands devoirs. Le développement de la civilisation diminuera ses devoirs; à sa tutelle, des citoyens instruits et fortement élevés préféreront l’appui de sociétés et de syndicats librement constitués. Mais la transformation de la société au cours du dix-neuvième siècle, les brusques changements économiques qu’amène la mise en valeur subite des

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continents depuis peu explorés, la date récente où l’instruction a été rendue obligatoire, voilà autant de raisons qui commandent à l’État d’exercer sa tutelle sur des peuples trop nouvellement instruits pour juger de problèmes économiques difficiles, trop nouvellement affranchis pour user sagement d’une complète liberté. Cette tutelle, comment l’État pourrait-il s’y soustraire dans un pays où le sol tout entier lui appartient? dans un pays où les neuf dixièmes de la population sont encore illettrés?

Le gouvernement indien s’efforcera donc de hâter l’enrichissement de l’Inde. Gomment le pourra-t-il? C’est à peine si la science commence à bien poser de pareils problèmes économiques; les données manquent encore qui permettraient d’en trouver la solution. Sans doute l’État a le devoir de veiller à la bonne répartition de la richesse, mais avant tout il doit craindre d’en arrêter la production. Si le développement industriel de l’Angleterre a causé de grandes misères dans la première moitié du dix-neuvième siècle, il a prodigieusement enrichi la classe ouvrière dans la seconde. Malgré les crises de ces dernières années, la situation du paysan russe et du paysan japonais tend à s’améliorer. L’important est qu’on crée de la richesse; avec le temps elle se distribue plus également. L’Inde a besoin de capitaux; elle ne saurait les attirer sans leur offrir un intérêt rémunérateur.

Voici quels semblent être les devoirs du gouvernement indien :

Au point de vue matériel :

Diminution des home charges (attribution au budget de Grande-Bretagne des dépenses occasionnées par le ministère de l’Inde, allègement des charges militaires) .

Réduction de l’impôt foncier (au moins à Bombay, Madras, et dans les Provinces centrales). Les économies provenant des réductions opérées ne seraient pas abandonnées aux paysans; elles constitueraient le fond de banques agricoles.

Au point de vue moral :

Instruction obligatoire. Diffusion de l’enseignement technique.

Substitution progressive d’un gouvernement moderne dans le vrai sens du mot au gouvernement paternel et despotique d’aujourd’hui. G’esG la pratique des libertés civiles et politiques, c’est l’indépendance, par suite la responsabilité de l’anglais citoyen, qui a donné à l’anglais colonisateur, industriel et commerçant, l’ardeur au travail, l’esprit d’entreprise, l’autorité nécessaire pour conduire de grandes affaires.

Si le gouvernement peut beaucoup pour le développement de l’Inde, les hindous peuvent bien davantage. Dans son ensemble, leur société traditionaliste, hiérarchisée, patriarcale est encore une société du passé, par suite, incapable de pos-

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séder la vigueur, l’élasticité, la richesse et la liberté des sociétés modernes.

Sans doute une révolution serait dangereuse, elle est d’ailleurs impossible. Mais les hindous instruits ont pour devoir de précipiter une trop lente évolution. C’est sur les points suivants que leurs efforts doivent avant tout porter :

Suppression du joint family System.

Dissolution progressive des castes.

Fondation de syndicats, de sociétés de secours mutuels, de sociétés par actions.

Placement des capitaux inutilement thésaurisés (1) .

Abandon des carrières libérales pour les carrières commerciales et industrielles.

(1) Les importations nettes de métaux précieux (exportations déduites) s’élevaient par an en moyenne :

Roupies

De 1834 à 1839 De 1839 à 1844 De 1844 à 1849

De 1849 à 1854

De 1854 à 1859

De 1859 à 1864

De 1864 à 1869

De 1869 à 1874

De 1884 à 1889

De 1889 à 1894

De 1894 à 1899

1899-1900 (Chiffre exact)

(manque.)

Or Argent

Financial slalistics (1901), p. 433.

Ainsi tout dans l’Inde , civilisation morale et civilisation matérielle, nous révèle l’une des crises les plus complexes qu’ait connues l’histoire de la civilisation.

Pour en bien comprendre la portée, prenons l’exemple de la Révolution française, comparons les mœurs de la France au dix-huitième et au dix-neuvième siècle; songeons aux luttes, aux polémiques, aux haines qu’a suscitées la Révolution. Et cependant la transformation économique de la société fut postérieure de soixante ans aux événements de 1789. Et cependant, les institutions que la Révolution a données à la France étaient de fait l’aboutissement naturel de son évolution historique. Tous les souverains, tous les ministres n’avaient-ils pas préparé la centralisation, le concordat, le régime de l’instruction publique? Les dispositions que Le Play et ceux de son école ont reprochées au Gode civil, ne se trouvaient-elles pas dans les Ordonnances (1) du dix-huitième siècle et dans la Continue de Paris?

Dans l’Inde, au contraire, les conditions matérielles de la vie changèrent en même temps que les principes moraux; les doctrines, les mœurs nouvelles sont empruntées à des races qui professent d’autres dogmes religieux, qui n’ont pas vécu la même histoire et qui vivent sous des climats

(1) Notamment les ordonnances de 1731 ( donations ), de 1735 {testaments) , de 1747 ( substitutions )• Les deux premières sont dues au chancelier d’A{;uesseau et ont servi de base au titre des Donations et Testaments dans le Code civil.

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différents. Sans doute, la civilisation humaine est une dans son principe, sans doute, la forme asiatique de cette civilisation tendait à se rapprocher de la forme européenne, mais l’une avait sur l’autre une avance considérable, mais la civilisation humaine avait pris dans l’Inde un caractère particulier; ce caractère tend à disparaître sous l’influence d'un peuple aux tendances également originales, le peuple britannique.

Des nations asiatiques deux seulement ont adopté la civilisation européenne : aussi convient-il de les comparer.

Les ressemblances, d’abord.

Dans l’Inde comme au Japon, la part de la vieille civilisation et de l’esprit asiatique est encore prépondérante, et moralement, et matériellement. La masse du peuple conserve les anciennes mœurs, l’organisation familiale, les pratiques de religions séculaires. Soixante-dix pour cent des japonais, quatre-vingt-dix pour cent des indiens vivent de l’agriculture; la manière de cultiver est la même qu’autrefois. La petite industrie n’a pas changé; les communautés villageoises produisent tous les objets dont elles ont besoin.

Au contraire de la masse, une élite s’est com-

plètement tranformée ; l’étudiant, le fonctionnaire, le littérateur ont pris les mœurs et le costume des européens comme ils étudient les sciences de l’Europe et s’inspirent de sa littérature.

Après une période d’imitation servile, où l’on aurait pu croire qu’indiens et japonais cultivés renieraient leur civilisation nationale, les uns et les autres paraissent s’être ressaisis.

Un écrivain japonais, M. Masujima, s’exprime ainsi :

Voici notre histoire pendant les vingt dernières années : d’abord détruire le passé, ensuite nous adapter de toutes pièces des institutions étrangères, enfin détruire en partie ce que nous venions d’achever.

De même, les néo-hindous cherchent moins aujourd’hui à copier les mœurs anglaises qu’à réformer leurs coutumes séculaires.

D’autre part, les différences. Elles sontcapitales. Au Japon, une révolution qui unit tous les clans et fond toutes les classes ; un vif sentiment patriotique qui résulte de l’indépendance et produit une politique nationale; l’instruction obligatoire avec un grand scepticisme religieux. Dans l’Inde, une fédération d’États qui diffèrent par la race, la religion et les institutions politiques; le régime des castes compliqué des restes du régime féodal ; un sentiment patriotique encore vague; l’instruction peu répandue, un grand fanatisme religieux; enfin et surtout ce fait capital que les

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initiateurs des réformes sont des étrangers.

L’Inde est donc moins développée que le Japon, mais elle l’est plus qu’on ne le pense en Europe, et la part des indiens dans son développement est plus grande qu’il n’est généralement admis (1).

(i) Pour faire bien comprendre la situation commerciale de l’Inde, je donnerai les chiffres suivants, qui se rapportent au commerce extérieur des principaux pays de l’Europe orientale, Russie, 1900 (en millions de roubles). Importations, 626,375 (-f- 34,061 de métaux précieux); exportations, 7 16, 41 8 (-f- J 34,311). Roumanie, 1901 (en leï). Importations, 292,435,760; exportations, 353,830,877. Autriche-Hongrie (en millions de couronnes) : (1900), Importations, 1,696,358 -f- 44,897; exportations, 1,942,003 -f- 66,546. (1901), Importations, 1,652,643 -f- 173,485; exportations, 1,885,458 -f" 41,845. Turquie, 1901 (en milliers de leï) : 70,044 et 82,770. Dans tous ces pays, l’excédent des exportations sur les importations est dû à la même cause : les emprunts contractés à l’extérieur.

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