INSTRUCTION PUBLIQUE
Cette législation nouvelle, les indiens élevés dans d’autres idées ne l’acceptent, pour la plupart, que par contrainte, mais l’éducation forme une génération à qui cette législation semblera naturelle.
Dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, tout le système d’éducation a été refondu, de telle façon que la civilisation indienne et la civilisation européenne y eussent chacune la part qui leur revenait.
D’abord, l’instruction primaire, tout entière donnée dans les langues indigènes. Deux sortes d’écoles. Les unes dont les élèves ne passent aucun examen et pour lesquelles il n’existe aucune statistique : des brahmanes, des maîtres de village instruiraient ainsi près de quatre millions d’enfants. Les autres écoles dont les élèves passent des examens et qu’il faut diviser en écoles du gouvernement, écoles libres aidées par le gouvernement, et écoles libres non aidées par le gouvernement : les enfants y apprennent à lire, à écrire et à compter. Le nombre des élèves de renseignement primaire était en 1900 de trois millions et demi dont moins de quatre cent mille filles.
Ensuite les écoles secondaires où les élèves apprennent l’anglais, la géométrie, l’algèbre, la géographie, l’histoire, les éléments de la physique, de la chimie et des sciences naturelles.
Certaines écoles donnent l’enseignement en an-
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glais, d'autres dans les langues indigènes, mais ces dernières écoles sont de plus en plus délaissées. En 1900-01, le nombre des élèves recevant l’instruction dans les écoles secondaires s’élevait à 545,054.
L’enseignement supérieur, qui comporte les mêmes matières qu’en Europe, se donne dans l’université de Lahore, la seule qui possède un corps enseignant, et dans les collèges dépendant des quatre autres universités, Calcutta, Bombay, Allahabâd et Madras. Toutes les universités font passer les examens pour les lettres, le droit, la médecine, les arts et métiers; Bombay confère en plus le brevet de bachelier ès sciences et Lahore tous les grades de l’enseignement oriental. En 1 900- 1 90 1 , le nombre des élèves de l’enseignement supérieur était de 21,820 (en 1899-1900: 20,744; en 1898-99 : 21,006); le nombre des diplômes délivrés est d’environ 6,000.
Le budget de l’instruction publique était de 37,753,014 roupies en 1899-1900, de 38,446,009 en 1900-1901.
Tels sont les résultats obtenus par le gouvernement indien dans l’éducation du peuple. Ces résultats appellent quelques réflexions.
JO
Quatre millions d’enfants dans les écoles primaires, autant dans les écoles de village, à peine 10 pour 100 d’indiens sachant lire et écrire, voilà sans doute qui est insuffisant. Le gouvernement devra faire de plus grands sacrifices et introduire progressivement le régime de l’instruction obligatoire.
Si le nombre des enfants fréquentant les écoles est faible, celui des enfants ou des jeunes gens fréquentant les collèges est élevé, cinq cent mille contre trois millions et demi. Comme au temps de la suprématie brahmanique, l’instruction tend à devenir le privilège d’une seule classe. Le gouvernement doit éviter qu’il se forme une nouvelle caste de lettrés, comparables aux mandarins chinois. D’autant que l’enseignement secondaire est gratuit et que le principal impôt est l’impôt foncier : les paysans supportent donc la plus grande partie des charges qu’entraîne l’instruction de la classe moyenne.
Quelques races fournissent presque tous les lettrés; ce sont les bengalis, les gujaratîs, les tamuls et les telugus. C’est là un autre danger, puisque les fonctions publiques sont données au concours.
La plupart des étudiants se destinent à l’administration, au barreau ou au journalisme. Le gouvernement devrait s’efforcer de les tourner vers les sciences, surtout les sciences techniques. L’Inde a trop d’avocats et de journalistes, mais elle manque de médecins, de vétérinaires, d’ingénieurs, d’agronomes, de manufacturiers, de
bons commerçants. Sans doute l’esprit indien est resté plein des rêveries des Upanishads . Mais les européens doivent continuer l’éducation commencée par les arabes, faire de cet esprit rêveur un esprit précis et pratique.
La question de la langue présente aussi des difficultés. Les élèves de l’enseignement secondaire et de 1’enseignement supérieur abandonnent les idiomes indigènes pour l’anglais. Cette tendance ne fera qu’augmenter; car, malgré le grand nombre de livres publiés dans ces idiomes, aucun ne peut suffire à qui veut étudier sérieusement les sciences morales, naturelles ou mathématiques. D’autre part, les agriculteurs, qui forment les 90 pour 100 de la population, n’essayent même pas de parler l’anglais. Peut-être le temps viendra-t-il où cette langue devra être enseignée dans les écoles primaires.
Voilà dans ses grandes lignes l’œuvre de la conquête de l’Inde par la civilisation morale de l’Angleterre. Sans doute cette œuvre nous apparaît comme incertaine, comme inégale, telle que doit être l’œuvre d’un peuple cherchant à comprendre et à conquérir l’âme d’un autre peuple; telle aussi qu’est toute œuvre anglaise : d’esprit pratique et vivant au jour le jour, les anglais se défient des généralisations et haïssent les utopies.
Malgré ses défaillances, le gouvernement indo-
britannique n’en a pas moins fait son devoir qui est de civiliser l’Inde. Il l’a civilisée par l’ordre et la paix : depuis un demi-siècle l’Inde n’a pas connu d’invasion, de guerre ou mênae dé troubles importants. Il l’a civilisée surtout par la liberté : les conservateurs ont posé le principe que le gouvernement ne devait pas intervenir dans les coutumes religieuses ou sociales des habitants; les libéraux ont donné à l lnde toutes les libertés civiles dont jouit l’Angleterre.
Développement économique de l’Inde. — Les finances. Les travaux publics (1).
Le développement de la civilisation morale et celui de la civilisation matérielle sont connexes ;
(1) En 1859, la situation financière se présentait ainsi : la dette portée de 58 à 92 millions de livres, le déficit budgétaire des trois dernières années s’élevant à près de 30 millions de livres. Cependant les deux premiers ministres des finances, M. Wilson et M. Laing, réussirent à poser les principes qui ont assuré la prospérité des finances indiennes. Voici ces principes : abolition des droits sur les exportations, sauf l’opium, diminution progressive des droits sur les importations, les uns et les autres augmentés pendant l’insurrection. Déclaration que les trois présidences devaient payer les frais de l'insurrection, que les zaïnindàrs et autres propriétaires du régis par le Perpétuai Seulement devaient payer les impôts. Diminution considérable des charges militaires. Emission d’emprunts mais avec cette correction que les dépenses improductives devaient surtout être payées par l’impôt. Décen-
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d’ailleurs l’augmentation rapide de la richesse est le caractère qui distingue le plus nettement l’évolution de l’Europe au dix-neuvième siècle. Aussi depuis cinquante ans le gouvernement indien s’est-il efforcé d’accroître la prospérité matérielle du pays. Pour y réussir, deux moyens : de bonnes finances et de grands travaux publics.