D. RES
bassin. Le /aconicum était la chambre de transpiration ; on y trouve les bancs et les chaises percées de trous pour laisser passer les sugurs. Au frepidarium on pouvait prendre le bain tiède et le /rigidarium était la pièce où le baigneur passait avant sa sortie pour se plonger dans un bassin d’eau froide. Enfin il fut strigilé avec une sorte de racloir en bois, en corne ou en métal, pour être débarassé de la sueur.
Les bains privés étaient ornés d’un tel luxe que Sénèque disait : « On se croit pauvre s’il n’y a pas aux murs des bains de grands et de très précieux tableaux en marbre et entre ceux-ci des pierres numidiennes peintes de toutes sortesde couleur; sile marbre n’est pas placé de tel façon qu’il représente de véritables tableaux ; siles salles ne sont pas garnies de toutes sortes de verrerie et si l’eau ne coule pas de robinets en argent ».
Il est vrai que le luxe de décoration des’ bains dépassait toute imagination et du temps de Pline beaucoup de dames de la noblesse ne seraient pas entrées dans une salle de bain qui n'aurait pas été décorée d'argent. Tout accessoire était fabriqué d’un métal très précieux et les arrosoires, dans lesquels on cherchait l’eau ou qui servaient à asperger les baigneurs étaient en or, en argent ou en bronze. Les baignoires avaient quelque fois une telle dimension qu’on pouvait y nager et ce fut le cas du bain que Pline avait installé dans sa villa près de Rome.
Mais le temps a fait son œuvre, La maçonnerie seule a subsisté. Les belles décorations intérieures ont disparu. Les vases, l’argenterie dont ils étaient si prodigues, ont été détruits par les accidents, les intempéries ou plus simplement ont été enlevés lors des invasions. Mais
les auteurs classiques nous ont laissé des descriptions assez précises pour nous permettre de reconstituer l’image des thermes romains et de savoir les différentes
pratiques hydrologiques qui étaient observées par les malades.
Ces thermes qui avaient été si fréquentés par la haute société romaine, ne devaient pas tous attendre les in-
vasions et les injures du temps pour perdre leur prestige et disparaître.
D’autres causes intervinrent même au cours de la
splendeur de Rome pour préparer leur décadence et leur ruine.
Les thermes romains, qui furent si fréquentés par la société romaine, autant pour des raisons de mode, que pour leur efficacité thérapeutique subirent à leur heure le sort de toutes les entreprises humaines et furent petit à petit désertés.
Une cause de cette décadence tient à un spectacle licencieux dont ces stations étaient devenues le théâtre. Ori perdait de vue la thérapeutique et on lui substituait la recherche de plaisirs malsains. Baïes, qui pendant l’empire, fut la première station thermale, était bientôt connu pour ces extravagances. On n’y venait plus pour se soigner, mais surtout pour y faire la fête. Nulle part la débauche était aussi florissante qu’à Baïes et si l’on croit Martial, les délices des eaux de ce lieu arrivaient à corrompre les femmes les plus honnêtes. II nous cite l'exemple de la chaste Levina, qui, après une saison à Baïes, a abandonné son mari pour suivre un jeune amant : |
MD et
Et dum Baianis saepe fovetur aquis Incidit in flammas juvenemque secuta, relicto Conjuge, Penelope venit, abit Helene.
Sènèque qui remarque le danger de contagion, quitte Baïes le lendemain de son arrivée.
«Pour moi, dit-il, je suis satisfait de Baïes autant qu'on peut l’être ; j'en partis le jour d’après que j'y fus arrivé, car c’est un lieu dont le séjour est dargereux : parce qu’il a certaines qualités naturelles que les délicats ont mises en relation ».
Et plus loin il dit : «fl se trouve aussi des lieux que le sage doit QUES comme ennemi des bonnes mœurs. (Il n'ira pas à Canope). Il n’ira même pas à Bis parce que c’est la retraite des vices. C’est là où l’impureté se donne le plus de licence, comme si le lieu nous obligeait à quelque dissolution.
Qu'est-il nécessaire de voir à tous moments des ivrognes, qui courent sur le bord d’un lac, des gens qui font bonne chère sur des barques, des concerts de musique qui retentissent de toutes parts et tous les excès que la débauche la plus effrérée peut commettre et peut étaler aux yeux des hommes?.… »2.
Ure autre cause de décadence a été attribuée au développement des arts qui, apportés par les Egyptiens, les Grecs et les Etruriens, firent les délices de la société romaine de telle sorte qu’elle oublia bientôt ses devcirs patriotiques.
L'énergie physique et morale, qui avait fait la force
1 Martial.
3 Sénèque. Epitre LI.
de Rome, les abandonnait de plus en plus et les nobles, qui redoutèrent désormais les grandes fatigues et les périls de la guerre, firent défendre leurs frontières par des mercenaires. C’est alors que les Goths, les Huns, les Alans qui ne trouvaient plus beaucoup de résistance, envahirent l'empire et détruisirent la plupart des thermes publics.
De plus, d’après Gibbon, c'étaient les sentiments religieux de certains romains même qui contribuaient à la décadence du bain. Des prêtres fanatiques les considéraient comme des œuvres du diable et hâtaient leur destruction.
Plus tard, la même interdiction empêche l'essor des pratiques hydrologiques. Le clergé a réduit son usage et l’a même défendu. Ainsi Saint-Augustin ne permettait dans ses prescriptions pour les moines qu’un bain aux filles par mois et Saint-Hiéronyme était encore plus sévère en interdisant complètement le bain dans l’enfance pour ne pas laisser naître la débauche fâcheuse qui s’y trouve.
Sous le règne de Charlemagne, l’usage du bain a repris peu à peu son importance. Il y contribuait en évoquant les mœurs des Grecs et des Romains et en cherchant à faire suivre à son entourage l’exemple du bain que les anciens leur avaient fourni. Les moines rendaient service en sanctifiant les eaux par des principes religieux et soutenaient que l’eau enlève tous les péchés, et que par elles l’absolution de toutes les fautes peut être obtenue. Sous ce prétexte ils obtenaient des legs qui permettaient aux pauvres de se baigner et de trouver leurs soins dans les couvents et dans les hôpitaux.
La malpropreté à cette époque obligea même le
TT son
vote d’une loi d’après laquelle nul chevalier pouvait entrer dans un ordre sans s’être baigné la veille ; nul jeune couple était marié et nul hôte était admis au mariage sans avoir été préalablement à l’eau. Les croisades ont beaucoup aidé à la conservation du bain. Celui-ci était très répandu en orient et les pèlerins qui y allaient, s’y habituaient de plus en plus et apportaient cette habitude dans leur pays. La lèpre, qui régnait en orient et s’est transportée par les croiseurs à l'occident demandait une mesure de propreté très stricte à laquelle aide en première ligne le bain.
Au xv1® siècle on renonça progressivement à recourir au traitement thermal, mais pour des raisons sociales et politiques. Les guerres civiles, les invasions, la misère avaient aidé au développement des maladies contagieuses, et comme le bain était une cause de propagation des épidémies, on y renonça petit à petit. Iln’y a guère qu’en Russie, et en Hongrie où pendant cette période l’usage en fut conservé.
C’est ainsi que la débâcle de l’immence émpire romain a entraîné dans sa chute la floraison des bains thermominéraux de jadis, et la décadence est allée en s’accentuant sans cesse jusqu’au milieu du moyen-âge. Les raisons les plus diverses, d'ordre religieux, politique ou social, ont provoqué un arrêt brusque dans l’essor grandiose que les sources minérales semblaient prendre aux temps des Romains. D‘anciennes mœurs furent conservées, par tradition, par sentimentalisme, mais bien minime fut l'importance médicale qu’on leur attribuait.