‹ Essai sur l'évolution des idées qui ont régné en hydrologie et influé sur le mode d'emploi des eaux thermales et minéralesChapitre 13 sur 16 · PÉRIODE CONTEMPORAINE · texte numérisé non relu

PÉRIODE CONTEMPORAINE

Pendant longtemps le mode d’action des eaux miré-.

rales est resté mystérieux ; mais grâce au progrès de la chimie et surtout de la physico-chimie, la question s’éclaire d’un jour nouveau.

Jusqu’à ces dernières années on ne s'était préoccupé, dans la recherche du principe actif des sources, que des sels qu'elles tiennent en dissolution. Au temps de Galien on distinguait déjà les eaux alcalines, alumineuses, sulfureuses, bitumineuses, vitrioliques, ferrugineuses. Et au xvrr1® siècle on les classait d’après leurs éléments chimiques dominants qu’elles tenaient en dissolution. Mais la théorie des sels dominants ne

suffisait pas à expliquer l'action thérapeutique d’une

eau minéiale.

On soupçonna bientôt que d’autres facteurs devaient intervenir. C’est qu’en effet, si actuellement on connaît

la «minéralisation totale» du plus grand nombre des.

eaux minérales employées, on reste cependant en présence d’une quantité de sources, dont la réputation est consacrée depuis longtemps, auxquelles tout le monde s’accorde à reconnaître une évidente action et dans lesquelles l'analyse ne décèle aucun agent pouvant expliquer leurs propriétés thérapeutiques. La pratique scientifique a appris aux savants à ne jamais s'étonner en présence des faits les plus déconcertants; pour

eux toute explication n’est qu’une hypothèse. Mais les explications que l’on avait voulu donner de l’action des éaux minérales par les résultats de l’analyse chimique devenaient fragiles lorsqu'il s’agissait de rendre. compte de l’action de certaines sources faiblementminéralisées qui re se distirguaient des eaux potables hobituelles que par leur extrême pauvreté en éléments salins. Les savants devaient avouer leur impossibilité de donner à ce problème une interprétation satisfaisante, se trouvant en accord avec la variété et l’authenticité des faits observés. « Tous les médecins, écrivait en 1833 Constantin James, ont constaté le désaccord qui existe le plus souvert ertre l’action thérapeutique des eaux et ce qu'on sait de leurs prircipes minéralisateurs. Mais qui pourrait effirmer que la science a dit son dernier mot, et que rous re trouverons pas un. jour dans les eaux mirérales cette irconnue, ce quid divinum que ni la chimie, ni l'observation médicale n'ont pu encore isoler? Faisors dorc nos réserves et tout en mettant à profit les analyses ne compromettons pas par des explications prématurées les découvertes de l'avenir ».

Il serait téméraire de nier catégoriauement à priori et sans examen que ce n’est pas l’élément le plus abondant d’une eau minérale qui est responsable de son action, mais nous ne pouvons plus l’effirmer actuellement, et nous resterons d’autant plus indécis que cer-: taines sources, auxquelles on reconreît le même principe actif, sont dans la pratique clinique tout à fait différentes par leurs indications, sans que rien nous puisse relever pourquoi.

Il y a près de 80 ans Scoutetten avait cru pouvoir

attribuer à l'électricité dynamique l’action thérapeutique des eaux thermales et minérales. Mais pour comprendre leur mécanisme, il fallut attendre les éclaircissements des physico-chimistes. C’est ainsi qu'aujourd’hui on croit pouvoir expliquer l’action des eaux thermales et minérales par la présence de produits jadis inconnus ou par l'état spécial de la matière qui s’y trouve renfermée. On a fait intervenir l’action des gaz rares, de la radio-activité, de l’ionisation des molécules, des colloïdes et des substances catalysantes. Nous allons passer successivement en revue ces différents éléments :

Les gaz rares, parmi lesquels figurent l’hélium, le . néon, l’argon, le crypton et le xenon, sont très abondants dans certaines eaux. Ils ne semblent pas avoir une action bien définie. Toutefois ils constituent une famille d'éléments très homogènes en rapport, sans doute, avec les transmutations des substances radioactives qui fait probablement partie du mode d’action des eaux minérales.

La yadio-activité, découverte par Curie et Becquerel en 1806, est intimement liée à la présence des gaz rares. La théorie fondée sur les émanations radio-actives et le dosage de l’hélium et des gaz rares, produits de décomposition dérivant du radium, tend aussi à expliquer l’action des sources. Le radium est le plus radio-actif des corps connus ; c’est un élément essentiellement instable dont l'atome se désagrège continuellement mais lentement en donnant de la lumière, de la chaleur, de l'électricité et des rayons analogues aux rayons X. Il a la propriété de dégager un gaz appelé émanation qui est une source énergétique con-

sidérable douée de propriétés radio-actives. Curie et Laborde, en 1904, ont mis en évidence l’émanation -du radium dans des mélanges gazeux dégagés de l’eau des sources thermales. Il est curieux de constater que les eaux les plus radio-actives sont les eaux indéterminées ou oligo-métalliques comme Plombières, Bains, Bourbon-Lancy, etc. L'influence favorable sur l’organisme de la radio-activité pour l’action des eaux est évidente par ce qu’elle a une action calmante, sédative et stimulante de la nutrition.

L'ionisation : I] est vraisemblable que les émanations interviennent dans l’ionisation des sels que contient une eau minérale. L’ion est constitué par l'atome, le groupe d’atomes ou la fraction d’atomes que les forces physiques et biologiques isolent de leur combinaison. Les groupements moléculaires isolés ont des affinités exaltées que les anciens avaient entrevues lorsqu'ils parlaient de corps à l’état naissant. La dissociation ionique se produit pour tous les corps qui subissent la décomposition électrolytique et qui sont par conséquent des conducteurs du courant électrique. L'eau minérale, une véritable lymphe vivante, tient en dissolution un nombre d'ions de charge électrique différente qui, animés de vibrations, sont en perpétuel mouvement. La combinaison de ces éléments ioniques donne à l’eau minérale une efficacité spéciale selon les interactions qu’exercent les ions les uns sur les autres. La minéralisation globale d’une eau importe moins que les charges électriques des corps qu’elle tient en dissolution: la valence des atomes joue un rôle de premier ordre: il y a plus de transmission de forces que d’apport de matière ; le résultat thérapeutique

dépend: dès forces thermiques, métalliques et électriques, dans lesquelles se concrètent les eaux minérales. Les ions et les corps colloïdaux, ne renfermant que des traces infimes de sels minéraux, libèrent des charges électriques énormes produites par la minime quantité de matière. L'énergie intra-atomique libérée est particulièrement élevée à cause de l’extrême vitesse des radiations, qui varierait entre 100.000 et 300.000 kilomètres à. la seconde. Par ce fait on comprend que les eaux oligo-métalliques qui n’ont qu’une faible minéralisation sont cependant en général très radio-actives et ont par conséquent des actions médicales électives. Ces constatations nous prouvent l'importance qu’il convient d'attribuer à la radio-activité des eaux.

On sait aujourd’hui que chaque sel d’une solution obéit à des lois physico-chimiques, qui font qu'il agit tantôt par un des ions qui le composent et qui est mis en liberté par un phénomène d’hydrolyse, tantôt par la molécule totale. Les effets considérables de certains médicaments employés à doses infiitésimales n'ont-ils pas été considérés jusqu'ici comme inexplicables?

Les colloïdes: Les expériences bien conduites des biologistes en faisant mieux conneâtre la chimie des éléments cellulaires ont éclairé le mécanisme de leurs réactions vis-à-vis des agents thérapeutiques minéraux. Ce sont, en effet, des phénomènes physiques et chimiques, qui se trouvent à la base de toute réaction vitale. Ces réactions s’exercent dans un milieu dont on s’est efforcé de conneî:re la constitution et il n’est pas douteux que les cellules, les tissus et les organes soient des mélanges de substances désignées sous le nom de éolloïdes. Ces colloïdes’ sont un état particulier

de la matière, intermédiaire entre l’état liquide et l’état solide. Ils se trouvent dans les tissus de l’organisme sous formes multiples et on sait que les cellules d’un même tissu ne sont pas formées des mêmes colloïdes, ayant des propriétés nettement spécifiques. La partie active de ces colloïdes, constituée le plus souvent par la substance périmicellaire, étant souvent extrêmement petite, il est évident qu’il suffise d’une dose minime de substance active pour entrer en combinaison avec elle et obtenir ainsi le résultat désiré. La présence des colloïdes dans les eaux minérales est d’un grand intérêt pour l'interprétation de leur action thérapeutique parfois si inattendue. Les inconséquences de cette action disparaissent si on admet qu’elle est due non aux matières minérales qui sont dissoutes dans les eaux; mais à celles qui y sont suspendues à l’état colloïdal. La catalyse: La propriété du pouvoir catalytique d’une eau minérale est dueaux colloïdes qu’elle renferme. Berzélius, en 1836, créa le mot de catalyse pour indiquer l’action des corps qui peuvent, par leur simple présence, accélérer la vitesse des réactions chimiques sans y prendre part eux-mêmes. L'expérience est des plus simples. Il suffit de verser dans un flacon contenant de l’eau oxygénée une petite quantité de platine colloïdal pour constater sa décomposition avec un dégagement d’oxygène suffisant pour rallumer une allumette encore rouge, Cette réaction a lieu et dure presque indéfiniment, même quand on emploie le platine colloïdal à la dilution de ï molécule gramme dans 70 millions de litres d’eau. Les colloïdes interviennent donc à dose infinitésimale pour faciliter les réactions et on peut les retrouver ensuite intégralement. Cette action catalytique. est

très exactement analogue à celle des diastases : il n’y a aucune proportion entre les résultats obtenus et la quantité d'agents actifs qui entrent dans la réaction, La présence des catalyseurs dans les eaux minérales constitue pour elles un instrument de travail chimique de premier ordre, Mais les propriétés physiques des eaux ont semblé avoir aussi une influence sur leur action thérapeutique : la chaleur, la pression osmotique interviennent aussi pour leur conférer des prepriétés part'culières.

La chaleur : La thermalité d’une source est un facteur important de son activité thérapeutique D'abord l’eau venant de la profondeur est généralement chaude, douée d’une radio-activité élevée et riche en gaz rares, Elle favorise l'absorption de l’eau par le fait qu’elle évite toute réaction brutale du tube digestif, et qu’elle donne aux bains des propriétés stimulantes ou calmantes suivant la façon dont elles sont administrées.

La pression osmotique mesure la force d'attraction des liquides de concentration différente séparés par une membrane. Cette force est en rapport avec le nombre des molécules que les liquides tiennent en dissolution. Elle est la même pour tous les liquides présentant le même nombre de molécules, ce qui est le cas des solutions isotoniques. Toutes les molécules et tous les ions, quels que soient leurs poids absolus et leurs qualités chimiques, s'équivalent vis-à-vis de la pression osmotique : dans une solution, le nombre des unités présentes dans l’unité de volume règle seule la grandeur du phé- .nomène, La pression osmotique joue un rôle considé- -rable dans les échanges qui se font entre les eaux minérales, le sang et la Iymphe interstitielle, mais l’osmonocivité de certaines solutions minérales par trop hyper-

toniques, provoque de la part des cellules des réactions de défense qui ont pour objet d'établir des « barrages » au niveau des parois cellulaires 1.

Le point cryoscopique où température de congélation est comme la pression osmotique d’une eau en raison directe du nombre total des molécules et des ions présents dans l’unité de volume. Une eau thermale mesurée au point de vue de son degré de congélation renseigne sur son degré d’ionisation. Le point cryoscopique n'est pas directement proportionnel au taux de la minéralisation exprimé en sel. Cela tient à ce qu’à mesure qu'augmente la concentration, il y a moins de molécules ionisées ; d’où il s’en suit que le point cryscopique qui dépend du nombre des molécules et des ions, ne s’abaissera pas en raison directe de la concentration.

Ces nombreuses découvertes nous ont grandement ouvert la porte à la pratique des eaux. Autrefois elles ne furent qu’une médication de dernier recours ; aujourd’hui, après une étude méthodique, on est arrivé à classer exactement les indications hydrologiques et à en faire une thérapeutique de premier ordre. On ne saurait trop reprocher à l’empirisme d’avoir continué l'usage des sources à peu près indifférentes et d’avoir laissé de côté, par la négligence d’une analyse approfondie, les eaux très actives. Mais les acquisitions nouvelles dans le domaine de la physico-chimie et de la chimie, jointes aux résultats de l'observation des empiriques ont permis une nouvelle classification des eaux thermales et minérales qui a l'avantage d’être à la fois pratique et scientifique.

1 Cf.: P. Blum. Précis Pratique d'hydrologie thérapeutique, p. 72,

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