‹ Essai sur l'évolution des idées qui ont régné en hydrologie et influé sur le mode d'emploi des eaux thermales et minéralesChapitre 5 sur 16 · PÉRIODE INSTINCTIVE · texte numérisé non relu

PÉRIODE INSTINCTIVE

Les documents qui sont parvenus jusqu'à nous montrent que, dès la plus haute antiquité, les eaux thermales et minérales ont été utilisées.

Les premiers hommes, qui ne disposaient contre la maladie et la souffrance que de moyens très rudimentaires eurent l’idée de recourir à l’usage bienfaisant du bain et des applications froides. A l'instar des bêtes ils firent de la physiothérapie sans le savoir et donnèrent ainsi à l’eau, par instinct, la place prépondérante qu'elle a prise en thérapeutique.

D’innombrables exemples nous montrent comment l'instinct des animaux les attire naturellement vers les eaux minérales. On raconte dans les vieilles chroniques «qu’à Vichy, au mois d'avril, époque de la fonte des neiges sur les montagnes, lorsqu'un certain vent passe du Puy-de-Dôme sur les fontaines, et en chasse la vapeur à des distances plus ou moins considérables, les animaux ruminants qui se trouvent sur la rive gauche de l'Allier, traversent à la nage la rivière, quelque débordée qu'elle soit, pour venir boire avidement aux sources Salutaires de l'établissement. C’est alors que les eaux sont bonnes ; c’est alors que les habitants du pays disent : La saison est ouverte : les bêtes ont

passé ».

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À Bourbon ia tradition veut que les pigeons qui vont boire aux eaux des fontaines minérales soient plus gras et plus forts que ceux qui se désaltèrent avec l’eau commune.

N'a-t-on pas remarqué aussi que les chiens et autres carnivores observent la diète et boivent en abondance lorsqu'ils sont malades.

La légende de l’ibis aurait lancé l’idée du lavement : cet oiseau se lave les intestins en insinuant son bec recourbé dans cette partie par laquelle il est important que les résidus des aliments soient évacués !.

Un autre exemple nous montre comment le hasard a conduit à la découverte de Carlsbad : un chien de la meute de Charles IV, poursuivant un cerf, tomba dans une mare d’eau chaude ; il poussa des hurlements qui attirèrent vers ces lieux tous les chasseurs, et ainsi les bains de Carlsbad furent découverts.

Mais contrairement à la bête, l’homme analyse souvent son instinct et cherche la cause des phénomènes qu’il observe. — Il ne lui suffit pas de constater qu’une médication est efficace, il veut encore connaître le mystère de ses effets. Il consent provisoirement à utiliser un moyen thérapeutique que le hasard lui a enseigné mais son besoin de causalité l’incite bientôt à analyser le phénomène pour savoir dans quelle mesure il peut se soustraire au hasard et en devenir le maître.

Dans les débuts de l’humanité, c’est à des forces supérieures et cachées qu’il attribue les effets bien-

1Cf.: Paul Blum, « Introduction à l'étude de la Thérapeutique, p. 6».

faisants ou malfaisants, dont il est le bénéficiaire ou la victime.

Aussi l’usage des eaux cesse d’être purement 1instinctif. Les hommes attribuent leurs bienfaits à des causes supérieures et se soumettent pour leur usage à une discipline qui s’inspirera de leur divine origine.

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