‹ Essai sur l'évolution des idées qui ont régné en hydrologie et influé sur le mode d'emploi des eaux thermales et minéralesChapitre 7 sur 16 · Pline, Hist nat, XXXE · texte numérisé non relu

Pline, Hist nat, XXXE

ensuite les parties malades de leur corps et, traversant le fleuve à la nage, ils laissent la maladie dans l’eau, dont ils sortent guéris et la peau parfaitement saine »1.

Sénèque, parlant des sources thermales, nous dit : «On a de la vénération pour la source des grands fleuves ; on dresse des autels à l'endroit où certaines rivières sortent subitement de terre : on rend un culte aux fontaines d’eau chaude » ?.

Les eaux chaudes avec leurs vapeurs qui s’en élevaient impressionnaient particulièrement nos ancêtres et leur action médicatrice formait un nouveau motif pour y reconnaître une divinité, qui rendait la santé à ceux qui venaient implorer son secours.

Chez les Gaulois comme chez les Romains le culte des eaux était une pratique courante. Après la conquête, les Romains imposèrent facilement aux Gaulois leurs croyances religieuses : la similitude qui existait entre leurs dieux leur permettait un approchement rapide.

César mentionne cette analogie en ces termes: «Mercure est de tous les dieux celui qu’ils vénèrent le plus ; … Les divinités qu'ils adorent après lui sont Apollon, Mars, Jupiter et Minerve, et ils en ont à peu près la même idée que les autres peuples : Apollon guérit les maladies, Minerve initie les hommes aux travaux et aux arts, Jupiter gouverne le ciel, Mars préside à la guerre » ®.

Il est vrai que les dieux que César cite sous les noms romains n'étaient pas les divinités adorées par les Gau-

1 Descriptio Gracciae, V. 5. 7.

2 Sénèque, Epist. XLI.

3 De Bello Gallico, liv. VI, 17.

lois, mais une sorte de comparaison entre leurs qualités respectives. Ces dieux avaient une attribution étendue.

Parmi les véritables divinités des sources gauloises, dont les unes sont les protectrices d’eaux thermales en général et les autres attachées à des sources déterminées, nous trouvons en premier lieu Borvo, qui semble avoir été chez les Gaulois la principale divinité adorée comme un dieu guérisseur et protecteu: des eaux sanitaires. Son nom quelque peu transformé au cours des siècles se trouve encore de nos jours attaché à plusieurs stations importantes comme: Bourbonne-les-Bains, Bourbon-Lancy, la Bourboule, Bourbon-l’Archambault. Les textes épigraphiques trouvés près des sources ou dans les stations thermales nous font connaître encore bien d’autres divinités protectrices des fontaines salutaires, parmi lesquelles seraient à citer: Damona, Luxovius, Duna, Nerius, Ilixo, Lex, Iluni, Aïbius, Arixo, Aereda, Uenetis, Cernunnos.

Ces dieux sont certainement des divinités gauloises. Ils n'auraient pas été inventés si l'usage des eaux et le culte qu'on leur rendait n'avait existé avant la conquête romaine. L’admiration religieuse que les anciens ont eue pour les eaux curatives ne laisse.subsister aucun doute sur leur croyance à un être supérieur et qui manifeste ainsi sa puissance protectrice. Leur foi les amenait avec plus de confiance à cette divinité familière et c’est ainsi que prirent naissance ces naïves superstitions, dont les traces subsistent encore de nos jours,

Mais par suite de leur diversité du mode d'action, les eaux thermo-minérales devenaient bientôt le point de départ d'idées et d'explications que les philosophes

se sont efforcés d'interpréter par des doctrines les plus diverses. Les superstitions religieuses firent place aux hypothèses hasardées à l’aide desquelles les philosophes ont forgé de toutes pièces des doctrines qu'ils érigeaient ensuite en systèmes thérapeutiques.

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