‹ Essai sur l'évolution des idées qui ont régné en hydrologie et influé sur le mode d'emploi des eaux thermales et minéralesChapitre 8 sur 16 · PÉRIODE DOGMATIQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE DOGMATIQUE

L'emploi des eaux thermo-minérales est resté assez longtemps dans le domaine des empiriques médicaux et à mesure que la valeur des sources fut reconnue, les acquisitions du passé firent naître de nombreuses doctrines, l’hydrothérapie prétendant s’appuyer exclusivement sur les données de la raison. L'observation et l'expérience firent place à l'analyse chimique, d’où résulte la première classification des eaux d’après leurs éléments constitutifs

«Comme les eaux minérales, nous dit Hérodote, présentent chacune en particulier une grande différence dans leurs propriétés, il faut abandonner ce sujet à ceux qui en ont fait l'expérience, car il est impossible de faire une exposition fidèle de chacune de ces eaux, attendu que nous ne faisons pas usage de toutes et qu’on ne peut pas faire connaître ces eaux en se servant simplement d'étiquettes, comme on le fait pour les médicaments » 1.

Hérodote conseille le printemps ou l'automne pour les saisons aux eaux chaudes et l’été pour les eaux froides. Il nous donne de nombreux détails sur les malades que l’on doit baigner, sur la façon de donner des bains, sur la durée de la cure et bien d’autres con-

1 Oribase, Coll. méd., X. 5.

seils qu'aujourd'hui encore il semble que l’on ne doive pas dédaigner. Ainsi nous dit-il : « Pour toutes les eaux minérales on observera une certaine mesure de temps ; par exemple, si on se propose de continuer le traitement par ces eaux pendant trois semaines, on commencera à se baigner pendant une demi-heure et on augmentera peu à peu, de manière à arriver exactement le septième jour à deux heures : on s’en tiendra à cet espace de temps jusqu’à la fin de la seconde semaine ; après cela, on diminuera de nouveau de la même proportion et on s’atrêtera à la mesure par où l’on avait commencé, en redescendant en sens inverse : en effet, il ne convient pas ni de rester longtemps dans l’eau dès le commencement de la cure, ni de s’en tenir jusqu’à la fin au même espace de temps, parce qu’il est utile de commencer ou de quitter ce traitement dans les proportions déterminées, de la même façon que nous augmentons les exercices pour revenir ensuite au point de départ »1.

Antyllus, qui nous à donné une classification des eaux minérales, nous indique à propos de chaque classe de ces eaux quelles sont les affections qui se trouvent bien ou mal à la suite du traitement hydriatique. «Toutes les eaux minérales, nous dit-il, sont douées de propriétés desséchantes et échauffantes et, en général, elles sont très énergiques, pour cette raison elles ne conviennent pas non plus contre les maladies aiguës, mais plutôt contre les maladies chroniques, surtout quand ces maladies sont froides et d’une humidité très prononcée. D'abord les eaux alcalines, ou contenant du sel, sont

1 Oribase. Coll. méd. X. 5.

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utiles dans les fluxions du côté de la tête et de la poitrine, ainsi que dans les excès d'humidité de l’orifice de l'estomac, puis dans les hydropisies et les tumeurs qui viennent à la suite des maladies, enfin quand la composition élémentaire du corps favorise la production de la pituite ; les eaux alumineuses conviennent contre les crachements de sang et contre la tendance de l’orifice de l'estomac à produire des vomissements ; elles sont utiles aux gens démesurément incommodés par les hémorroïdes, ainsi qu’aux femmes dont l’écoulement menstruel se fait irrégulièrement et qui sont sujettes aux avortements.

Les eaux sulfureuses ramollissent des nerfs, font prédominer la chaleur dans la composition élémentaire et apaisent les douleurs; mais elles affaiblissent et retournent l’orifice de l’estomac.

Les eaux bitumineuses causent de la plénitude à la tête et font du tort aux organes des sens, mais elles réchaufient d’une manière persistante, et si on s’en sert pendant longtemps elles ramollissent surtout -la matrice, la vessie ou le côlon.

Les eaux vitrioliques sont éminemment utiles pour la bouche, les amygdales, la luette et les yeux. Les eaux qui participent aux propriétés du fer peuvent produire de l'effet contre les maladies de l’orifice de l'estomac et de la rate1».

La conception médicale de l’action guérissante des eaux à été, cependant, essentiellement dominée pendant cette période du dogmatisme par des conceptions mystiques, fabuleuses, légendaires. On donna au mode

* Cf.: L. Bonnard « La gaule thermale », P. 24.

d'application des eaux minérales une explication apparemment rationnelle, en constatant et dogrratisant les effets sans trop en connaître les raisons. Les philosophes attribuèrent l’action bienfaisante de certaines eaux à leur qualité chimique, qualité qu’ils ignorèrent cependant, mais qu'ils expliquèrent volontiers comme étant une propriété substantielle de l’eau elle-même et de son action incontestablerert utile à la santé de l’homme.

Cette heureuse interventicn de la raiscn, qui vint lentement se substituer à l'instinct primitif et au mystic'sme, à la mythologie degratisée, devait ouvrir à la science thérapeutique hydrolcgique, dans l’histoire de son évolution, des perspectives nouvelles et infiniment pratiques.

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