‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 11 sur 212 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

il ne put se dispenser d'observer ce qui se passait autour de lui. Or, que vit-il? A côté des ennemis (\u\ le poursuivaient, plus forts et plus puissants (jue lui, il vit les phénomènes telluriques, les phénomènes atmosphériques, larmée des étoiles au firmament, l'astre du jour et celui de la nuit se succédant régulièrement, la vie intense qui grouillait autour de lui dans Tair, dans les eaux, dans les herbes, dans les forêts gigantesques, toutes choses dont il ne pouvait se rendre compte, qui l'effrayaient, auxquelles il supposait une cause merveilleuse qui lui échappait. Et malgré l'impossibilité où il se trouvait d'en reconnaître les causes véritables par suite de la faiblesse de sa raison, faiblesse qui n'est pas encore complct<?ment dissipée à Theure i)résen1e. il ne renon(;a point à se forger des raisons factices dont il ne pouvait com])rendre l'absurdité; il dota chacun des objets qu'il croyait merv(Mlleux, chacun des phénomènes c^i'il ne pouvait expliquer d'une âme tout aussi merveilleuse et inexplicable; cette âme était corponîUe, elle avait les mêmes passions (pie l'homme, elle était sujette à la haine et à l'amour, à tous les changements de la vie, elle en avait la faiblesse ou la i)uissance. Ces êtres chimériques, non pas pour lui, mais pour nous, au point de vue auquel nous nous placions, devinrent des êtres doués de toutes les vertus que possédait le phénomène dont il essayait de trouver la raison; car c'est là l'une des plus admirables \)rôrogatives de la pensée humaine de vouloir toujours trouver la cause des choses et de la chercher, sinon do la trouver. Se voyant si faible, il se ligura qu'ils étaient puissants, que leurs coups étaient des coups voulus et réfléchis; br<»f. il n'eut plus ([u'un désir, celui d'y échapper, car il voyait les désastres accumulés autour de lui.

Os puissances supérieures bonnes ou mauvaises sont la première solution que l'homme se créa pour se rendre compte de tout ce qu'il ne comprenait pas : c'(»st la première apparition de la religion et du culte religieux dans le monde.

INTRODUCTION XlII

Et qu'on ne dise pas que c'est là une explication trouvée à loisir, sans peines, même sans la plus petite des peines; non, c'est au contraire une solution appuyée sur des faits qui se sont conservés dans la vie civilisée. Je ne citerai que l'exemple du peuple égyptien. Pour ce peuple, tous les objets avaient une âme, môme les objets qu'il avait fabriqués; cette âme. ou ce double, comme on voudra, avait une apparence humaine avec les passions humaines, et, quand on voulait se servir d'eux, on leur en demandait la permission en récitant les formules sacramentelles, et Tâme, ou le double, le permettait. On lui donnait un nom, comme s'il se fût agi d'une personne vivante, et pour les Egypti(Mis l'objet avait en effet une vie réelle. Il portait quelquefois inscrite sur lui la formule qui devait le forcer â se rendre serviable. I.e cercueil lui-même était d'une telle condition. Grâce à un phénomène particulier (jue Ton retrouverait chez tous les peuples, si Ton pouvait remonter à l'époque préhistorique ou même à Theure piemière de la civilisation, phénomène qui a pu se conserver en Egypte, mieux (|u'ailleurs, parce que la civilisation y a été plus lente, ces superstitions de la première heure, comme nous disons, se sont gardées en quel(|ue sorte stratiHées jusqu'à l'heure présente; mais ces superstitions, il ne faut pas l'oublier, sont le piemier degré de l'échelle que l'homme a du péniblement monter pour arriver à la civilisation moderne.

Tous les objets, tous les phénomènes furent ainsi dotés d'une Puissance qui les dirigeait. Mais ce ne fut pas assez d'avoir rempli l'univers de ces vertus, il fallait en faire le classement. Ce classement, on le comprendra fort aisément, ne pouvait manquer d'être arbitraire : aussi le fut-il. On classa les Puissances qu'on avait inventées en deux grandes catégories, celles qui étaient favorables à l'homme et celles qui lui étaient hostiles. Ceux qui firent ce classement avaient peut-être quelquiî raison pour ranger les unes et les autres dans l'une de ces deux catégories, nous ne le pouvons

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