INTRODUCTION XV
point ici, car nous le rencontrerons au cours de cet ouvrage.
Ainsi les hommes se firent cVabord une étrange notion de l'idée de Dieu. Tout ce qui leur parut capable d^avoir une influence quelconfjue sur les Puissances qu*ils avaient imaginées fut Dieu pour eux. n'aurait-ce été qu'un peu de houe, si on leur eût fait croire (jue cette houe avait une vertu secrète. Au fond, ils raisonnaient déjà fort hien; mais leur raisonnement ne valait rien parce qu'il s'appuyait sur de fausses données. Plus tard, a mesure (jue leur raison progressa, mais toujours dans la période préhistorique, leurs Dieux s'élevèrent jusqu'à la nature humaine : on regarda comme des Dieux tous les grands bienfaiteurs de Thumanité, comme aussi tous les grands adversaires, et c'est alors cjue le mouvement se précipite et que l'on voit se dérouler un à un tous les progrès que j'énumérerai dans cet Essai.
Je ne pouvais pas, je crois, démontrer plus clairement <|ua l'époque à laquelle je suis obligé de remonter, ce que nous rangeons aujourd'hui sous dilîérents noms se résumait dans l'acception première du mot de morale, La morale n'avait pour but que l'afTermissement et le développement de la société. Il en est de même aujourd'hui; mais, sous la l<»nte action des siècles, comme la société est parvenue à une «grande perfection extérieur<\ on a été obligé de diviser la science morale en un certain nombre d'idées qui toutes aujourd'hui ont un domaine bien défini, mais (pii primitivement, je le répète, se rangeaient sous le nom de morale, La morale aujourd'hui siî distinguer parfait^nnent de la religion, du droit, de la politiquf^ ; elle pi'ésuppose la notion du bien et du mal, du mérite et du démérite, du devoir et le principe que toute action mérite récompense ou puniti(m; mais il ne pouvait en être ainsi à l'époque où le mal no se distinguait guère du bien, où leurs limites respectives n'étaient pas encore bien définies, où l'on n'avait aucune autre idée du châtiment et de la récompense que celle des récompenses et des châtiments