‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 130 sur 212 · I. Horace, Odes, III, 6, Arf Romanos · texte numérisé non relu

I. Horace, Odes, III, 6, Arf Romanos

Damnosa quid non imnxinuU dies t jEtas parcntum, pejor aciSf tulit Nos nequiorcs^ mox daiuros Progenic/n citiosiorcnu

l. Hésiode, Les Travaux et les Jours, vers 174.

ne pas vivre en des temps futurs, pour ne pas voir descendre le monde plus bas. Seul, enchanté d'on ne sait quel rêve et soulevé par une mystérieuse espérance, en finissant son poème, Virgile s'écrie :

O mihi tune longœ maneatpars idlima vitœ!

reproduisant presque un vers de nos poèmes sibyllins d'Alexandrie :

Souhait très naturel et très fréquent dans l'apocalypse juive où toute âme pieuse aspire à voir Tère des réparations et de la félicité messianique.

Si Ton ne peut expliquer, par la théologie étrusque ouïes calculs de l'astronomie antique, ainsi que nous l'avons fait voir^ soit Vuliima œtas du poème cuméen, soit le magnus ab integro sœclorum nascitur ordo, rien n'est plus facile que de les dériver des poèmes judéo-alexandrins où précisément toute l'histoire apparaît divisée en grandes périodes et terminée par une révolution imminente et bienheureuse. L'idée de l'imminence de cette révolution, Virgile n'a pu la trouver nulle autre part et ce trait seul suffirait à déceler l'origine juive du document qu'il invoque.

Mais poursuivons cet examen des textes ; les rapprochements s'offrent d'eux-mêmes.

Les vers 8 et 49 :

Jam nova progenies cœlo demittitur alto ;

Cara deum soboles, magnum Jocis incrément um,

annoncent un prince et sans doute une famille de princes venus du ciel, une souche céleste de rois qui fera régner de nouveau l'âge d'or sur la terre. Or, c'est toujours le Dieu suprême qui, dans les apocalypses alexandrines, envoie du ciel le roi divin de l'avenir. Comparez les vers 285 et suiv.

de notre premier fragment sibyllin du livre III. Nous mettons le grec en latin pour mieux faire sentir la concordance :

Et tune Deus a cœlo demittet r^egem Qui Judicabit omnes sanguine et luce.

Est enim quœdam gens regalis, eujus progenies Impeccabilis erit regnumque habebit, circumverten"

[tibus annis.

Plus loin, la coïncidence est encore plus entière. Virgile ditdece chef futur :

Pacatumque reget patriis virtutibus orbetn.

C'est, moins le patriis virtutibus, la traduction de ces deux vers grecs (652 et 653) :

Kal tôt' à::' f,eX(oto 6eoc Tr&fi^ei ^aTiX^a "Oc râffav •^%[r^^ iratuffet 7roXi[JLoio xaxoTo.

Voici un nouveau trait non moins frappant. Virgile institue un lien étroit de cause à effet entre le retour de la justice et celui de la félicité du monde. La Vierge, qui va revenir et qui précède le règne du bon Saturne, c'est a(xt,, fille de Thémis et de Jupiter, que les crimes des hommes ont exilée de la terre. Le chef de l'ère nouvelle effacera les derniers vestiges de l'iniquité et délivrera le monde des antiques terreurs qui pèsent sur lui.

... S/ qua manent sceleris vestigia nostri Irrita perpétua solcentformidine terrai.

Or, cette solidarité invincible de la justice et du bonheur, c'est l'àme même de l'apocalypse juive et de nos poèmes sibyllins en particulier (O/'ac. SibylL, III, vers 219, 237, 194, etc.). Toutefois la sibylle juive est encore particulariste ; elle insiste sur les vertus de la nation élue de Dieu qui seules décideront

la révolution finale. Virgile ne pouvait entrer dans ce particularisme. En recueillant l'inspiration hébraïque, il Ta élargie et Ta rendue plus vraie et plus humaine.

Enfin la concordance est encore plus large dans la description de la félicité de cet âge nouveau. L'âge d'or du poète latin et l'âge messianique de nos poèmes sibyllins coïncident exactement. Ceux-ci. développant le fameux oracle d'Ésalc, XI, reprennent trois fois cette description idéale (v. 366 et «uiv., G19 et suiv., et 743 et suiv.). Voici la traduction latine de ces trois morceaux :

O nimium felix qui tempora vider it illa!

. . . Nanique œthere ab alto Justitia et leyum vigor et concordia midtis 'Anteferenda bonis, terras inviset, amorque Mutuus, hospitiiquejides ; ast improba longe Vis aberit licorque malus . . .

Tuni Deus humana^ dijjundct gaudia gend, Terraque et arboreœ stirpes ovianique propage Certabunt veros mortalibus edere fructus, Vina dabunt, mellisquefaoos, lactisque liquorem Farraque, terrestris quœ pars est optima cictus.

. . . Terra oniniparens mortalibus nndiquefruges Èdet inexhaustas olei vinique cibique, Mellaque ex alto rorantia pocula cœlo, Arboreos fructus armentaque lœta, simulque Salantes ocium fétus fetusquc caprarum Et niveo fontes erumpent lacté Jluentes.

Nec gladios metuet nec belli terra tumultum, Nec tremefacta gemet nutanti pondère iellus, Sedpax immenso late dominabitur orbe.

Tuncque lupis mixli salient in montibus agni, E^» 9^^9^ con/uso, tigres pascentur et hœcli;

Cum vitulis iirsi degent, armenia sequentes, Carnicorusque leo prœsepia lambet uti bos, Jnfantis manibus tenen's in vincula mtssus. Cum pueris captent somnos de nocte dracones.

2es vers ne valent pas ceux de Virgile, mais ne les rapllent-ils pas de très près, dans l'ensemble et dans le tail? N'est-ce pas le môme thème et les mêmes images? lisons la description du poète latin :

. . . Nullo munuscula cul tu Errantes hederas passim cum baccare, tellus Mixtaque ridenti colocasia fundei acantho. Ipsœ lacté domum réfèrent distenta capellœ Uberaj nec magnos metuent armenta leones. Occidet et serpens etfallax herba vcneni Occidet . . .

Molli paulatim Jlavescet campus arista Incultisque rubens pendebit sentibus uva Et durœ quercus sudabunt roscida mclla.

Omnisferet omnia tellus.

Non rostros patietur humus; non vineafalcem. Robustus quoquejam iauris juga soloet araior, Nec varios discet mentiri lana colores.

Sans doute Virgile a lu Hésiode et s*cn souvient. Pourtant m n'explique pas l'autre. Non seulement l'accentctl'inspition sont opposés; mais encore il y a un trait qui est sentiel dans nos poèmes sibyllins et qu'Hésiode ne connaît s: c*est la paix régnant jusque entre les espèces animales bi tuées à se dévorer; c'est le nec magnos metuent armenta )ncs, qui rappelle si bien les vers de la sibylle:

Tuncque lupis mixti salicnt in montibus agni Carnicorusque leo prœsepia lambet uti bos.

Le poète sibyllin dit, à la fin, a quels signes on pourra re connaître rapproche de ces temps nouveaux (v. 795-805). 11 signale des éclairs tombant du ciel, comme des glaives, des éclipses de lune et de soleil, des rochers dégouttants de sang, des combats d'armées dans les nues, des tremblements de terre, etc. :

Etpufjnas equilum peditunique videbitis, inslcu' Venantum, cœlo misceri et nubibus altis.

Virgile est plus sobre, mais, lui aussi, obéissant au même mouvement, il donne de même les signes avant-coureurs dans le ciel et sur la terre de la révolution attendue :

Aspice convexo nutantem pondère munduin Terrasque traciusque maris cœlumque prqfundum.

A ces vers il sera permis d'en joindre quelques autres pris des Géorgiques, qui se rapprochent encore plus par le détail de ceux de l'apocalypse juive. Il s'agit des signes de deuil qui ont accompagné la mort de César :

Sol etiam extincto miseratus Cœsare Romam, Cum caput obscura nitidum ferrugine texit Impiaque œternam timuerunt sœcula nocteni.

Armorum sonitum toto Germania cœlo Audiitj insolitis tremuerunt motibus Alpes.

Nec puteis manare cruor cessacit et altœ Per noctem resonare lupis ululantibus urbes Non alias cœlo ceciderunt plura sereno Fulgura, nec diri toties arsere cometœ.

Page 1