‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 133 sur 212 · Dialogue accc Tnjphon^ 1" et 2« cb.,/)a55cm · texte numérisé non relu

Dialogue accc Tnjphon^ 1" et 2« cb.,/)a55cm

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Les textes que nous venons de commenter permettent de se faire une idée de ce qu'ont été les études platoniciennes de Justin. Quel qu'ait été son enthousiasme pour le grand , philosophe d'Athènes, il est clair qu'il n'a pas pu avoir de/ son système une intelligence bien profonde ni surtout corn-, plèt^. On peut être assuré d'avance qu'il y a tout un côté du platonisme qui lui a échappé. Ses goûts ne le portaient certes pas à se familiariser avec le dialecticien du Théœtète et du Pcu'ménide. Le Platon qui l'enchantait, qui donnait « des ailes à son esprit, » c'est le poète, c'est le mythologue qui suppléait, par la divination et une imagination incomparable, i l'impuissance de la dialectique d'aller au delà de certaines limites et de fournir ^des solutions Ji certains problèmes. Platon lui-même savait parfaitement que ses plus beaux mythes n'étaient que des conjectures plus ou moins heureuses, et il a eu bien soin de ne pas les mettre sur le même fiiveau que les déductions de sa puissante dialectique. Justin, — d'ailleurs il n'est pas le seul, — ne connaît pas ces précautions; nous le verrons, il prend les mythes platoniciens dans esens le plus concret, et c'est d'eux que dérivent la plupart le ses idées philosophiques.

D'ailleurs, nous avons mieux que des inductions générales. L'appréciation qu'on vient de lire des connaissances phitoaiciennes de notre apologiste est entièrement confirmée par .'examen des citations de Platon ou des allusions à ses écrits 5ui se rencontrent dans les Apologies et dans le Dialogue ivec Tryphon. Remarquons d'abord que Justin ne cite aucun ies Dialogues qui exposent plus spécialement les idées ibstraites de Platon. Ceux dont les phrases lui reviennent le :)lus promptement à l'esprit, ce sont V Apologie et le Criton, e Phèdre, le Phœdon, la République et notamment le Timée. Il est visible, par exemple, qu'il s'inspire dans ses ieux apologies de celle de Platon. En face des persécuteurs iu christianisme, il aime à se donner l'attitude de Socrate, et il prête inconsciemment la même sérénité détachée et

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presque souriante aux martyrs chrétiens. Quant aux autres dialogues platoniciens que nous avons nommés, c'est presque à chaque page qu'un mot, une tournure de phrase les rappellent. Justin les a lus et relus. Il y a certaines choses dont | il ne peut parler sans que sa langue se colore de teintes pla- \ toniciennes. **

Ce qu'il a retenu de ces dialogues, ce sont surtout mythes. Il ne peut parler de la mort sans rappeler le mythe platonicien du jugement dernier; les périodes de mille ans du Phèdre l'ont beaucoup frappé; les pages éblouissantes de ce dernier dialogue sur les âmes, sur leur ascension et sur leur chute, aboutissant à la doctrine que lame ne peut atteindre à l'objet de ses plus nobles diJsirs qu'après avoir été séparée du corps, ont été évidemment de celles qui donnaient des « ailes à son esprit ». Et le Timée, le plus mythique des dialogues de Platon ? Nous verrons dans un instant à quel point Justin s'en est pénétré. Ce qu'il a encore retenu, ce sont certains mots frappants, certaines phrases de Platon qui se sont popularisées et qu'on rencontre partout. Justin aime «à parler de la royauté de rintcUigcnce (3271X1x0; voO;), à déclarer que Ton ne doit ])as préférer Thomme à la vérité; il citera le mot fameux que les philosophes devraient gouverner la cité; il affirmera, comme son maître, qu'il n'y a pas opposition réelle entre le juste et l'utile : il répétera avec insistance que rhommc est responsable, car il a la lii>ertcde choisir et que Dieu ne saurait être blâmé, Oeô; iva-Tio;*. f

Quand on est philosophe et platonicien à la manière de! Justin Martyr, il n'est pas surprenant que Ton goûte le Timée par-dessus tout. H était à i)révoir que ce grand poème

1. I ApoL, ch. 8; allusion au mj/thc de la désignation des trois juges | des morts dans le Gorglas^ ch. 79.

Dlalofjnc^ ch. 4; le mot JjaT-.À •/.->; voO; du Philehus, § 30.

// Apot.t ch. 9: allusion à la grande discussion sur la prospérité da méchant dans les Lois, II, ch. 7.

DialotjHCy ch. 5; très platonicien de langage et d*idées; alloîion?

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aisserait dans la pensée de notre apologëte des traces rop profondes pour être effacée» par ses nouvelles convic-

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