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le monde du devenir. A cette âme, le Père donne un corps qu'il compose à Taide des quatre éléments. On pourrait dire qu'en somme, c'est la charpente ou l'ossature de l'Univers que crée le Dieu suprême; il ne touche aux choses matérielles que dans la mesure indispensable. Tout son effort est de se tenir le plus possible en dehors du domaine visible et palpable, et de donner à son œuvre, autant que faire se peut, le cachet des idées éternelles. Dans chacun de ses actes se trahissent cet effort et ce dessein.
Après lui apparaissent l'es divinités subalternes. Le Père les crée ; il leur assigne aussi leur tâche dans la formation du Cosmos. Elle consistera à créer l'homme et l'animal. Avant de disparaître, le Dieu suprême intervient une dernière fois pour créer les âmes des hommes; il les compose avec le résidu des éléments dont il s'est servi pour créer rime du Cosmos. Ici encore se montre la préoccupation de Platon de tenir le Dieu suprême aussi éloigné que possible du monde visible.
Suit une description très curieuse de la formation du corps de l'homme, de l'origine des maladies et des vices moraux. On y remarque un constant effort pour accommoder l'idéalisme aux faits d'expérience. Une parenthèse très importante sur la matière et sur sa définition coupe cette longue description. Une sorte d'appendice sur l'origine des animaux, qui s'explique par la déchéance des âmes, achève le Timée,
Expliquer le monde visible au point de vue de sa philosophie, tel est le dessein de Platon. Tâche très difficile, car, d'une part, les idées seules sont réelles; elles absorbent, en quelque sorte, toute véritable existence; ce qui est en dehors d'elles n'a de réalité que dans la mesure où il y a participation aux idées éternelles, et, d'autre part, en raison du principe fondamental de Platon, la matière est dans sâ dernière expression le non-être absolu. Aussi, comme on l'a souvent montré, ce n'est que grâce à des contradictions nom-
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breuses que Platon parvient tant bien que mal à expliquer la formation de l'Univers \
Au temps de Justin, personne n'avait du platonisme une intelligence vraiment exacte et profonde. On ne saisissait plus les doctrines du grand philosophe dans leur vrai sens, et dans ce qu'elles avaient de particulier. En les outrant, on les déformait au point de les rendre méconnaissables. L'une des conceptions de Platon que l'on a exagérée ainsi à l'extrême, c'est celle de Dieu. Philon définissait Dieu qu'il appelait le principe actif en disant qu' « Il est l'intelligence universelle, » dans une absolue pureté; elle est supérieure à la vertu, a » la science, supérieure môme au Bien absolu et au Beau » absolu. » [De Opif. mundi, ch. 2.) Jamais Platon n'a poussé la tran.scendance de son premier principe jusqu'à ce point-là. Ce que nous venons de dire de l'idée platonicienne de Dieu peut se dire tout autant de l'idée de matière. Aucune doctrine de Platon n'a été plus mal comprise. Ajoutez que, comme l'on accouplait sans façon les conceptions de Platon à d'autres conceptions analogues, importées du dehors, on les défigurait encore plus. Tout le monde alors était éclectique. On avait beau s'intituler platonicien et se figurer de bonne foi que Ton restait fidèle au maître que l'on avait choisi, on était incapable de formuler avec exactitude une seule de ses doctrines; on y
1. On sait Tinfluence que le Timéc a exercée sur les conceptions cosmologiqnes des néo-pythagoriciens et des platoniciens des deux premiers siècles de l'ère chrétienne. Voir Zeller, Philosophie der Griechen, 3* partie, 2* volume. Les premiers chapitres du De Opificio mundi de Philon ne s'expliquent que par le TimèCy dont ils reproduisent les idées en les fusionnant avec les conceptions cosmologiques des stoïciens. Dans la Cohortatio ad Grœcos, dont l'origine est douteuse et qu*on a attribuée à Justin Martyr, non seulement le Timèe est cité, mais il en est longuement parlé. Voir ch. 20. On pourrait multiplier ces exemples. Les preuves abondent de l'attrait que ce dialogue de Platon a exercé sur toutes les écoles. Mais, en mCme temps, Ton constate que l'intelligence de cet écrit n'est pas en rapport avec la séduction qu'il exerce sur les esprits !
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mêlait toujours des éléments qu'on empruntait à d^autres maîtres et de cette sorte de mélange d'idées on déduisait une conception qui avait bien une couleur platonicienne, mais que Platon eût sûrement désavouée.
Justin est de son temps. Outre qu'il n'a pas Tespril vraiment philosophique et qu'il n'a su s'approprier que les parties poétiques du système qu'il admirait si fort, il partage toutes les hérésies platoniciennes de ses contemporains. C'est ce que montre abondamment sa manière de comprendre .celles des doctrines du Timée qu'il rappelle dans ses écrits.
Dans trois endroits différents, Justin fait directement allusion au fameux passage dans lequel Timée explique comment Dieu tira l'Univers de la matière informe. Remettons ce dernier passage sous les yeux du lecteur.
« Dieu, voulant que toutes choses fussent bonnes , s'écrie » Timée, et que, si possible, rien ne fût mauvais, ayant reçu » tout ce qui est visible, non dans un état de repos, mais » agité par des mouvements discordants et désordonnés, » transforma ce désordre en ordre (§30). » Justin avait ce passage dans l'esprit, sinon sous les yeux, lorsqu'il écrivait cette phrase: « Nous avons appris que Dieu, éti\nt bon, a » formé au commencement toutes choses de la matière » informe, à cause des hommes, » Trivca tt,v àp/r^v iYaBôvovri
ch. 10.) N'est-il pas curieux de voir un chrétien aussi inconsciemment dualiste ? Car, Justin se représente, comme Platon et avec moins d'hésitation, Dieu se servant de matériaui qui existaient déjà pour former, façonner le Cosmos. Il n'est pas question d'une création proprement dite. Dieu prend la masse informo qu'il trouve, il la pétrit, il la travaille, il lui donne une foimc: il est un Sr^iJtioupY:;, l'artisan et l'architecte de l'Univers. Voilà une conception essentiellement grecque. C'est au Timée que Justin l'a empruntée.
Est-ce la seule idée importée du Timée que trahisse ce passage de Justin? Loin de là. C'est sa bonté, dit notre apo-
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logète, qui a poussé Dieu à créer l'Univers. C'est précisément ce que Timée dit dans le passage que nous avons rappelé! On sait que Platon insiste beaucoup sur la bonté du Dieu suprême. Qu'on se souvienne des pages éloquentes qui terminent le !!• livre de la République. Les termes mêmes dont se sert Justin se lisent ailleurs dans le Timée. 'AYaOo; f,v s'écrie le héros de Platon. (§29 E.) Remarquons aussi le qualificatif que Justin donne à la matière* Il l'appelle la uXtj a[Jiop<po«;. Il s'est souvenu de cette image qu'évoque Timée des choses avant que le Cosmos fût né lorsqu'il nous dépeint « tout ce qui est visible agité par des mouvements désordonnés ». D'ailleurs, en un autre endroit, Timée appelle la matière, âtîxop«p(5vTter8o<:. (§ 51 A). Nous savons maintenant d'où Justin a tiré et l'idée et le mot.
Il n'y a dans la phrase que nous analysons qu'un seul mot qui ne dérive pas manifestement de Platon et du Timée. Justin affirme que c'est en vue de l'homme, IC àvOpwitoa;, que Dieu a créé l'Univers. Cette idée ne vient pas de Platon. Elle est essentiellement chrétienne.
Ainsi, tant pour le fond des idées que pour la forme, Justin est platonicien lorsqu'il parle cosmologie. Par ce point, il concevait les choses moins en disciple de Jésus et des prophètes que de Platon et de la Grèce. Nous en avons encore la preuve dans un autre passage de la 1*^* apologie (ch. 59).
Dans cet endroit, Justin prétend que Platon a emprunté à Moïse sa conception de la création. Il formule celle-ci en ces termes: « Dieu, ayant transformé la matière lorsqu'elle était informe, a fait le monde. » Formule, soit dit en passant, plus stoïcienne que platonicienne. Mais ne chicanons pas Justin sur l'exactitude de sa connaissance du système de Platon. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'il croit trouver la conception qu'il attribue au philosophe grec dans les deux premiers versets de la Genèse, En efïet, voici rinterprétatioii qu'il en donne : (( C'est par la parole de Dieu que le Cosmos tout entier a été )) fait des éléments qui existaient, indiqués par Moïse, » et
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il ajoute que c'est à la môme source que les chrétiens et Platon ont puisé leur conception commune de la formation du monde. Voilà qui est clair, le passage qu'il cite de la Genèse apprend a comment au commencement et de quels éléments Dieu a fabriqué le monde ». Hw; tt.v àp/i^ xi* «rlvw è8Tj|jiiojpYTi<iev 6 Oeô; tov x^œjjiov. Ce fut des éléments qui existaient, U Twv uTToxEifjiÉvtov. Ou voit quc Justin se souvient du Timée.QA qu'il y a de curieux, c'est qu'il lésait bien et qu'il n'éprouve aucun scrupule à rapprocher ainsi Platon de Moïse. La conception platonicienne de la formation du monde lui est tellement familière, elle lui paraît à tel point incontestable qu'il n'hésite pas à l'attribuer à Moïse et à soutenir que c'est à ce dernier que Platon l'a empruntée.
Cette façon toute philosophique de comprendre l'origine de l'Univers que Justin tire du Timée, se retrouve encore dans un autre passage que nous nous bornerons à citer. En parlant du « jour du Seigneur », notre apologètc ajoute que « c'est en ce jour que Dieu a fait le Cosmos en changeant ou transformant les ténèbres et la matière » : (Kopixxf, ryipi).,. sv^
& 6eoc To jx6toc xa*. tt,v uXtjv xpiij'at; xoajiov èiroiTjde. (1'^A.pol.y ch. 67.)
On ne saurait être plus nettement dualiste, il Test plus que Platon lui-même. La uXtj n'est pas pour lui ce jene sais quoi qui constitue le substratum invisible des choses que le voû; peut seul percevoir, àvôpaTov elooç t». xal ifioçïpov. (Voir Timée les paragraphes 48 à 51.) Cette conception si originale de la matière était trop philosophique pour qu'il la saisit. On doit dire de lui ce que M. Zeller dit des successeurs du grand philosophe: la conception de Platon n'a pas été comprise par les philosophes postérieurs ; on lui a substitué la conception stoïcienne d'après laquelle la matière est corporelle.
Ce qui étonne, c'est qu'il n'ait pas vu que sa conception toute grecque de l'origine du monde n'était pas compatible avec l'absoluité de Dieu que postulait la foi chrétienne. D'une part il pouvait laisser entendre qu'il croyait que Dieu a toujours eu en face de lui la matière informe et a subi cette limi-
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tation, et d'autre part il pouvait affirmer que rien ne limite Dieu ! « Nous ne devons pas nous figurer que Dieu ne puisse » pas faire tout ce qu'il veut. » {DiaL, ch. 84 D; cf. lApoL, zh. 19.) Si Justin Martyr est platonicien dans sa conception ie l'origine du monde, il ne l'est guère moins dans sa façon de comprendre Dieu lui-même. Platon avait dit dans le Timée [§ 28 C) « qu'il est difficile de trouver le créateur et le père de jet Univers et qu'il est impossible de le nommer devant tout le monde». Cicéron rappelle ce passage qui est un de ceux ju'on a le plus souvent cités : In Timœo patretn liujus miindi lomincu'i negaiposse. {DeNatura Deorum, 1, 12.) Justin s'est également souvenu de cette affirmation du Timée, Il déclare ï plusieurs reprises que Dieu n'a point de nom proprement lit. « Personne, dit-il, ne peut donner au Dieu ineffable un aom précis. » (lApoL, ch. 61. Voir aussi I ApoL, ch. 10.) Il lonne ailleurs les raisons pour lesquelles on ne peut nommer Dieu. (( Celui qui donne le nom est supérieur à celui qui le reçoit. » (// ApoL, ch. 6.) Les appellations de père, créateur, etc., par lesquelles nous désignons Dieu, ne sont pas des noms propres, ce sont des titres tirés de ses attributs et de ses qualités. Ce sont là, avons-nous besoin de le faire remarquer, scrupules de platonicien. Ce qui montre encore à quel point Justin a subi l'influence du Timée, c'est qu'il emploie pour désigner Dieu des termes qu'il emprunte au dialogue de Platon. Voici quelques exemples : 6 roir^T/,; toùos toù rdvToç ou -îwv irivTtov. Timée appelle Dieu 6 Yevvy.ffa; iraTTÎp ou simplement 6 -aTiSp; Justin dira: ô ysvvtJtwp twv TrivTtovou 6 r.^-zr^^ twv oXtov. En homme qui se souvient du Timée et qui s'en est approprié le langage, il parle de Dieu comme étant k-ivny-.o^, «rraeTii;, àvev8ei5(;, 6 «uxoc. (I ApoL, ch. 13 ; DiaL, ch. 5; c. 114 D, etc.)
Dans toutes ses affirmations touchant la divinité, Justin se montre foncièrement platonicien. Il épure soigneusement la notion de Dieu de tout vestige d'anthropomorphisme. L'un de ses principaux griefs contre la théologie juive, c'est
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qu'elle voyait dans les apparitions de l'Ancien Testament des théophanies. Pour Justin, ce sont des chnstophanies. C'est le Logos, ce n'est pas Dieu en personne qui apparaît. (( Le Père ineffable et Seigneur de l'Univers ne va nulle part, ne marche point, ne dort point, ne s'éveille point; il demeure en son lieu qîiel qu'il soit; il voit tout, entend tout, mais ce n'est point par des yeux et des oreilles, c'est par son indicible puissance. Il ne se meut point; aucun lieu, pas même l'Univers entier, ne peut le contenir; il était avant que le monde fût.» {DiaL, ch. 127 A.) Ailleurs, il s'écrie: « Personne qui a la moindre raison ne prétendra que le Créateur et le Père de l'Univers ait quitté ce qui est au-dessus du ciel et soit apparu dans un petit canton de la terre. » (DiaL, 60 B. Voir aussi Dicd., 114 D.) Les mots que nous avons soulignés sont significatifs. Le lieu qu'habite Dieu est au-dessus des cieux, ^à ùiào oùpavov SntavTx. C'est la transcendance platonicienne. (Voir Dial. 56 A : ô h Orspousavlot; «1 |jLiva>v;Z)/a/. 60E. 5D.^)
D'après ce que l'on vient de lire, on peut supposer que si Justin a le cœur chrétien, sa pensée est restée exclusivement platonicienne. Ce serait là une erreur. Aux passages que nous avons analysés on pourrait en opposer une autre série qui montrerait que, dans sa conception de Dieu, Justin est foncièrement et, en apparence, exclusivement chrétien.
1. On pourrait relever encore d'autres traits qui montrent à quel point Justin s'est pénétré du Timùe, Ainsi, DiaL 5, il combat l'immoh talité du Cosmos avec les arguments du Tinièe. Il connaît cette doctrine caractéristique du Tiniéc que si le Cosmos est périssable en soi, cepeadant il ne périra que par un acte de volonté de Dieu. Voir les paroles que Timée met dans la bouche du Dieu suprême. 11 connaît Tidée da. TiniéCf qui ne veut pas que Dieu fasse toute la besogne de la Création. , mais qu'il en réserve une partie à ses subalternes. Enfin, on trouve î dans / Apol., ch. 60, une allusion au passage si curieux du TimècoiiW j est dit que Tàme du Cosmos s'étend sur lui et l'enveloppe sous forme | de*/. Justin voit là une claire allusion au Logos : Platon, dit-il» r/tiTtv i 3ÇVT0V (le Logos) Êv TcJ) Tràv:»,,
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>tte étude complomcntairo nous entraînerait au delà des imites de notre sujet. Qu*on nous permette simplement de ormuler la conclusion générale à laquelle l'examen de cette louble série de passages nous a conduit.
Pour le fond positif de sa conception do Dieu, Justin est n pleine harmonie de pensée et de sentiment avec les hrétiens les plus authentiques de son temps. Pour la forme lu'elle revêt dans son esprit, il est platonicien. Le fruit lérive de sa foi religieuse, Tenveloppe ou la gaine provient le sa culture philosophique. C'est ainsi que, dans sa notion le Dieu, se greffent Tune sur Tautre deux conceptions, dont 'une vient de la Grèce et dont l'autre a ses origines en Palestine.
Justin Martyr ne marque dans l'histoire du christianisme li comme penseur ni comme homme d'Église. Par l'élo- [uence et la générosité de son plaidoyer, il a rendu un lotable service à la cause qu'il défendait. Cela ne suffirait »as pour donner un véritable intérêt ix ses écrits, s'ils ne nous offraient l'occasion d'étudier sur le vif cette fusion de 'esprit chrétien et de l'esprit grec, qui est le fait le plus onsidérable de l'histoire des origines du christianisme.
A ce titre, les Apologies et le Dialogue sont des documents le premier ordre.
LA
Par Albert RÉVILLE
est une originale et intéressante figure que celle de Paul îamosate qui, de Tan 260 environ à l'an 272, occupa le 3 épiscopal d'AntiocheV Penseur hardi, évoque d'allures 3 goûts laïques, pourtant mystique et profondément reli- X sur la base d'un rationalisme rare de son temps, il fut de un des hommes marquants de l'entourage de la fameuse )bie, impératrice de Palmyre. Condamné finalement, s plusieurs tentatives manquées, par ses collègues d'Asie, sta plusieurs années encore en fonctions avec l'assentit de la plupart de ses diocésains et ne se retira que tnt les ordres formels d'Aurélien, vainqueur de Zénobie. rouva moyen en effet de le faire intervenir dans ce débat se déroulait entre chrétiens, bien que cet empereur les lût mal et les aimât peu.
alheureusement l'histoire de Paul de Samosate ne ; est parvenue que sous une forme très fragmentaire et mplète. Elle exige tout un travail de reconstitution, s devons toutefois nous estimer heureux d'utiliser
Samosate était une vieille ville de TEuplirate, capitale de la Coma- Outre réviNjae Paul, elle vit naître deux Luciens, le satiriste bien a et celui qui pendant longtemps dirigea la célèbre école exégéd'Antiocbe, rivale de Técole tbéolpgique d'Alexandrie.
quelques renseignements très positifs, qui révèlent dans rÉglise de la seconde moitié du III* siècle une situation concordant mal avec celle que la tradition ecclésiastique prétend nous faire admettre, et, pour ce qui concerne Tobjet proprement dit du présent travail, on peut suffisamment rétablir la doctrine qui valut à Tévêque d'Antioche ses malheurs et sa célébrité.
Les chap. 87-30 de V Histoire ecclésiastique d'Eusèbe nous fournissent les lignes principales de sa carrière épiscopale, bien que rédigés d'un point de vue très hostile à sa personne et à ses idées, notamment le chap. 30 qui contient un long extrait de la lettre synodale, très malveillante, adressée par les évêques du concile d'Antioche à leurs collègues du reste de la chrétienté. Ils avaient besoin en effet de Justifier la sévérité de l'arrêt rendu par eux contre Paul. — Épiphane, Hœr,, LXV, 1, a résumé et longuement discuté sa christologie. — Le traité de Justinien Contre les Monophy sites, \e^ Actes du Concile d'Èplièse de 431 (Contestatio ad Clerum Constantinop,), le traité de Pierre Diacre ou Mongus (le bègue) d'Alexandrie (V* siècle) De Incarnatione, celui Contre Nestorius et Eutychès de Léonce de Byzance (X® siècle) parlent aussi de la doctrine de Paul de Samosate. Il est prudent de se défier de la tendance des écrivains adversaires du ncstorianisme à rapprocher le plus possible les opinions de Paul de celles de Nestorius, afin de rendre |)lus plausible la condamnation de ce dernier en montrant qu'il avait renouvelé une erreur déjà réprouvée plus de cent soixante ans auparavant. Le fait est qu'il y a des affinités, mais non pas identité entre les deux doctrines. On trouve tout cela réuni dans les Reliqutœ sacrœ de Routh, t. III. — Il y a encore des extraits paraissant bien authentiques de Discours ou Logoi que Paul de Samosate aurait adressés ad Sabinuni. Ils ont été reproduits dans la Nota Collectio cet. script. deMai, VII, Doctrinœ PatrumdeVerhi incarnatione. Ces fragments échappent entièrement au
;on que suggèrent les documents postérieurs à la conrse nestorienne. — On peut enfin glaner, sans d'ailleurs er rien d'essentiel à ce qu'on sait déjà, dans les écrits lanase, d'Hilaire de Poitiers, de Basile, de Grégoire de 3, de Sozomène et de Théodoret. — Une épître de Six les à Paul de Samosate (Routh, liv. cité) est d'une inticité très douteuse. Le texte qui prétend reproduire Bttre de Denys d'Alexandrie aux chrétiens d'Antioche lée parEusèbe est décidément fabriqué.
raison majeure des interminables débats qui agitèrent îpt premiers siècles de l'Église sur le domaine de la iologie doit être cherchée dans le conflit qui devait sairement s'élever entre le principe monothéiste que .rétiens opposaient si fièrement au polythéisme tradiel, d'une part, et, de l'autre, dans l'admiration, Teniasme, disons le culte dont la personne du Christ fut mne heure l'objet. Il y avait une tendance visible à er le plus haut possible sur réchclle de l'être, à lui ner les titres les plus glorieux, à le rapprocher toujours du Dion-Créateur. Cette poussée du sentiment chrél'êtait limitée que par la crainte, ou de tomber dans le ismc en élevant le Fils jusqu'à Tégalilé avec le Père, 5 lui ravir la réalité personnelle en le faisant rentrer la substance éternelle.
us voyons, dans les cadres du Nouveau Testament, lencer et grandir cette apothéose. C'est l'enthousiasme it que la personne de Jésus leur inspire qui pousse ses >Ies à lui décerner le titre de Messie ou de Christ. Après •rt, ils voient en lui littéralement un « (ils de David » ialement 1' « homme du ciel », ressuscité, assis à la î de la Toute-Puissance. L'apôtre Paul reconnaît en lui )mme de l'esprit », occupant dans le ciel à la tête de
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rhumanité le pôle opposé à celui du vieil Adam, terrestre, charnel, pécheur. La préexistence du Christ à sa venue sur la terre est impliquée dans cette christologie paulinienne.Du côté juif-chrétien on n'en est pas encore là, mais on aime à penser que sa naissance et sa perfection spirituelle sont l'effet du miracle, qu'il a été formé par le Saint-Esprit dans le sein d'une vierge-mère. Ces divers points de vue, malgré leur défaut de cohésion, roulent péle-mêlc dans la tradition primitive, et on voit clairement fonctionner déjà cette loi qui dominera toute l'évolution christologique : de deux opinions celle qui attribue au Christ le plus de perfection est celle aussi qui finalement obtiendra l'adhésion de la majorité, puis de l'Église entière.
C'est ce qui explique le succès rapide et croissant delà théorie du Logos ou du Verbe incarné en Jésus, théorie juive-alexandrine, philonienne par ses origines premières, et qui obtint par le quatrième évangile ses lettres de grande naturalisation dans l'Église chrétienne. L'épitre aux Hébreux et les dernières lettres pauliniennes contenaient déjà les prémisses de cette théologie destinée à de si grands développements. Le point saillant de cette évolution, c est qu'elle substituait au moi humain du Jésus des synoptiques un moi divin qui avait par amour pour les hommes revêtu la nature humaine, jusqu'à en accepter les conditions de vie les plus humbles, les plus douloureuses, mais qui n'en conservait pas moins sous son enveloppe humaine toutes les prérogatives de la divinité.
Le docétisme gnostique, réduisant à une pure apparence le corps et la nature humaine de Jésus, fut le point extrême, non tout à fait illogique, de la tendance. Car il y avait bien quelque opposition entre Tenveloppe et la divinité enveloppée. Le docétisme troubla longtemps, profondément, l'Église qui eut peur de voir s'évaporer en un fantôme insaisissable celui qu'elle entourait de ses hommages les plus fervents. A la fin le docétisme fut repoussé par le bon sens chrétien, la théorie
du Verbe incarné se dégagea de cette solidarité dangereuse, mais elle alarma par sa couleur dithéiste ceux qui tenaient ferme «iu i)rincipe du monothéisme. La plupart de ses partisans pensaient, il est vrai, lui faire une part suffisante en disant qu'après tout le Dieu-Père demeurait la source absolue de rètre, et que le Fils, quelque haut qu'il filt, tenait :out de lui et lui était subordonné. Telle fut certainement opinion dominante au III® siècle. Elle contenait en germe le jrand conflit qui devait au IV^ éclater entre Athanase et Vrius. De plus, cette subordination très mal définie ne raslurait nullement d'autres chrétiens qui estimaient qu'elle l'en constituait pas moins deux personnes divines inégales, beaucoup crurent se tirerd'embarras en ne voyant dans le .^ils qu*une modalité ou qu'une effluve impersonnelle et tem- )oraire de la substiuice éternelle (sabellianisme). D'autres mcore, trouvant que cette opinion sabellienne faisait de la 3ersonne historique de Jésus l'instrument passif, sans consîience humaine, d'une force irrésistible, et qu'elle attribuait lu Père, tout aussi bien qu'au Fils, des limitations incom- :)atibles avec l'absolue perfection, préférèrent en revenir à l'unitarisme primitif. Jésus pour eux avait été tout d'abord Ml homme semblable à nous, non préexistant, mais de plus 3n plus inspiré et s'étant élevé par le perfectionnement courageux et continu de son caractère moral à cette hauteur qui lui avait valu la dignité de Fils de Dieu par excellence et de :;licf de l'humanité, son sauveur et son juge suprême. On peut donner à cette croyance le nom d'adoptia/iisnie qui désigna à la fin du VIII® siècle celle de ses derniers représentants antérieurs aux temps modernes, Élipand de Tolède et Félix d'Urgel. Au III*' siècle, elle avait des précédents notables, parmi lesquels nous citerons le Pasteur cVHermas, livre écrit a Rome dans la première partie du IP siècle, et qui jouit longtemps d'une grande autorité. L'Église de Rome fut ensuite le théâtre de luttes nombreuses entre les unitaires de cette catégorie et ceux qui oscillaient entre le
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sabellianisinc et la théologie du Verbe personnel incarné, jusqu'à ce que celle-ci devint définitivement victorieuse au cours du III® siècle. L'histoire connaît les noms et sommairement la doctrine de Théodote de Byzance, d'un autre Théodote \e Changeur, d'Artémon,de quelques autres encore qui s'efforcèrent de propager dans la chrétienté romaine leur monothéisme rigoureux et, pour ce qui concerne Jésus, leur point de vue adoptianiste. Ils prétendaient que jusqu'à 1 cpiscopat de Victor (190-200) la tradition de l'Église de Korae avait été en faveur de leur doctrine \
En Orient, l'opposition au quatrième évangile et à la doctrine de l'Incarnation du Logos fut menée par un parti anonyme, vaguement connu sous le nom (ÏAloges (probal»lcment un sobriquet, car cela peut vouloir dire les sans-raison) qui, dans le pays même où cet évangile avait paru, s attaquèrent à son authenticité apostolique, prétendirent qu'il innovait arbitrairement, qu'il contredisait les autres évangiles, mais qui ne purent empêcher le livre, objet de leur critique, d'acquérir dans la masse chrétienne une autorité de premier rang. Opposés â la théologie du Verbe ainsi qu'au montanisme (prophétisme extatique et illuminé), lequel en Orient était généralement sabellien, ils devaient nécessairement professer l'adoptianisme. L'évéque Bérylle de Bostra vers 240 a très probablement partagé les mêmes idées. Mais ces mouvements unitaires furent éclipsés par celui dont Paul de Samosate à Antiochc prit la direction.
Antiochc, la grande capitale syrienne, renfermait une nombreuse église chrétienne. Depuis l'an 2G0 elle avait à sa tête un chrétien distingué, remplissant dans 1 administration civile la fonction de Duccnarius prociirator, c'cst-â-iirc