VU
infâmes, de déployer un orgueil intolérable, de préférer le titre de ducenarius à celui d'ùvôque, de se faire suivre dans les rues par une foule adulatrice, d'avoir soif des honneurs jusque dans le local des assemblées religieuses où il siège sur un trône et où il s'est réservé un cabinet particulier. 11 se frappe la cuisse de la main, trépigne sur le parquet et injurie ceux qui ne l'applaudissent pas. Il dénigre en termes grossiers les anciens commentateurs de la parole divine et s'abandonne à des discours insolents qui le feraient prendre pour un sophiste et un charlatan plutôt que pour un évêque. Il a mis hors d'usage des cantiques composés en l'honneur du Christ (des chants où sans doute Jésus était déifié) sous prétexte qu'ils sont d'origine récente; en revanche, il a organisé des chœurs de femmes qui ont chanté le premier jour de Pâques des hymnes à son éloge et où il y a des choses qui font frissonner. Il impose la même besogne aux évêquesdes campagnes voisines et à ses presbytres. Car il ne veut pas reconnaître avec nous que le Fils de Dieu est descendu du ciel. Son Christ est xi^wOcv, parti d'en-bas. Par contre, ses flatteurs disent de ce docteur impie et en sa présence qu'il est un ange descendu du ciel, et il ne proteste pas. Lui, ses presbytres, ses diacres ont des associées \ Il tient ceux-ci par la connaissance qu'il a de leurs fautes cachées, ils n'osent déposer contre lui et il se les attache encore plus en les enrichissant. Quant aux associées, quand même on admettrait que rien d'illicite n'a terni ses relations avec elles, encore doit-on exiger qu'un évoque ne donne aucune prise au soupçon. Il en a congédié une, mais il mène partout avec lui deux charmantes personnes (cuirpeiret; xr.v o«^tv*) et s'abandonne
1. l'jveKràxTat, introductœ. C'étaient des chrétiennes, ordiDairement des veuves, qui demeuraient chez un évêque ou un presbytre pour recevoir ses directions et Tassistcr dans ses œuvres de bienfaisance et de piété. Cett« coutume, qui pouvait donner et donna lieu à des abus, se fut abolie que plus tard. Au HT siècle, elle était eneore très répandue.
2. Le trait est perfide. Tout en admettant que la conduite de TéTéqne
à la mollesse du genre de vie le plus luxueux. S'il s'agissait de Tun des nôtres, professant notre foi catholique, on aurait pu sur tous ces points essayer de redresser ses torts; mais c'est un homme qui a abjuré la vérité et qui est passé du côté d'ArtemasS il n'y adoncpas lieu de lui demander des explications (Toktov to-jc Xov.crjioj; âTTïi-reTv'). Il a donc été légitime d'expulser publiquement (èx^Tip-jcrjEiv) cet adversaire de Dieu et, malgré ses résistances, de le remplacer par un autre, plus digne de Tépiscopat (ce Domnus dont il a été question).
Nous ne ferons pas la critique détaillée de ce réquisitoire. De la première ligne à la dernière il décèle le parti pris d'écraser sous des accusations entachant sa moralité celui qu'on veut mettre au ban de TÉglise ii cause de ses hérésies. On devine sans peine sous cette kyrielle de charges directes et d'insinuations venimeuses les dénonciations calculées du sophiste Malcion. Une réflexion suffit. Si Paul de Samosate avait été l'homme cupide, corrompu, corrupteur, de mœurs suspectes, que le concile dépeint sous des traits si noirs, comment le peuple chrétien d'Antiochc Teût-il maintenu à sa tête, même après que l'appui de Zénobie fut venu à lui manquer? Et il faut bien qu'il en ait été ainsi, puisque les ennemis de Paul durent recourir à l'intervention de l'empereur Aurélien pour le forcer à s'éloigner.
Ce qu Euscbe ne dit pas, c'est que, dans ses conclusions dogmatiques, le concile repoussa formellement le terme d! homoousios , « consubstantiel », qui devait, soixante ans après, servir de mot-étendard à l'orthodoxie de Nicéc et des siècles qui suivirent. Ce fut un des arguments favoris des Ariens. Le fait lui-môme est attesté par des écrivains ortlio-
puissc être sur ce point délicat à Tabri du blâme, la circulaire s'exprime de manière à éveiller les plus graves soupçons.