‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 151 sur 212 · Arfc. Hœr., IV, 24; I, 9, 4, et JO · texte numérisé non relu

Arfc. Hœr., IV, 24; I, 9, 4, et JO

4, Voir plus loin.

5. Voir la reconstitution du symbole baptismal de Justin par M. Biff^ nemann : Dds Taufêijmbol Jusiinsdcs Mœrtyrcrs^ dans ZeiUchriftfif fCirchengeachichte, III (1879), p. 1-27,

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tion'de la règle de foi. Qu'est-ce, en effet, que l'enseignement eatécliétique, sinon la communication des connaissances et des principes jugés indispensables par la majorité des chrér tiens pour que Ton puisse entrer dans la communion ecclésiastique en recevant le baptême? Quelles sont les doctrines qu'il faut admettre, quelles sont les règles de viie qu'il faut adopter pour devenir chrétien? Quelle est la signification et quelle est la portée des actes essentiels dans lesquels a'affirme la participation à la société religieuse chrétienne? Tels sont nécessairement les enseignements qu'il faut donner à quiconque aspire à faire partie de la communauté. On n'entre pas dans une association sans savoir à quoi l'on s'engage ou quelle en est la nature propre, et il n'est pas de l'intérêt d'une société quelconque de s'incorporer des membres ]ui ne soient pas animés de son esprit ni disposés à travailler m vue des fins qu'elle poursuit. A combien plus forte raison m est-il ainsi d'une société qui, comme l'Église chrétienne; ^'érige en antithèse du monde dans lequel elle vit! Aussi la condensation de la doctrine chrétienne en une formule, la X régula fidei », s'est-elle opérée autour du nucleus du baptême ^

. Mais cette condensation ne s'est pas faite en un jour. Sî ane partie de ses éléments sont très anciens et même primitifs, d'autres sont plus tardifs et leur conibinaison l'est plus encore. On peut admettre a priori que dès les premiers jours

1. Il est inutile d'entrer ici dans la controverse sur la différence entre le symbole du baptême et la règle de foi qui est devenue plus tard le symbole apostolique. Cette distinction, qui peut avoir sa raison d*être lûns tard quand la tb(k)logie chrétienne a pris son essor, n'existe pas à l'époque dont nous nous occupons. Irénée (/. c.) dit expressénaent que rÉglise communique « la règle de la vérité » par le baptême. Cfr. au sujet de cette controverse Harnach, Dogmcngcschichte^ I*, p. 288 et suiv.,' et Texcellente étude de //. J, HoUsmann^ Die Katcchcse dcr allcn Kirchc^ p. 73 et suiv. (dans Thcologischo Abhandlungcn Cari co/» y^eissœchcr'qeœidmct^ Fribourg. Mohr, 1892).

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où il y a eu des communautés chrétiennes, il y a eu dans chacune d'elles certaines conditions d'entrée pour les prosélytes, tout comme il y en avait dans les synagogues hellénistiques et dans les associations religieuses païennes de la même époque. Cela no saurait pas être contesté, puisqu'il n'y a pas d'association sans cette condition primordiale. Mais rien n'autorise à stipuler d'emblée que ces conditions d^entrée ont été les mêmes dans toutes les communautés pri* mitives. Toutes les recherches scientifiques sur les origines du christianisme ont au contraire démontré que, dans la première phase de l'évolution chrétienne, il y a eu de grandes divergences de doctrines et de pratiques. Il est donc vraisemblable que les conditions d'entrée dans les diverses communautés ont dû être différentes, sinon sur tous les points, au moins à beaucoup d'égards selon les tendances et les usages qui prévalaient dans chacune d'elles. Pour ce qui concerne la règle de foi, en particulier, ce n'est que peu à peu, après les violentes controverses avec le judaïsme età travers la crise intense du gnosticisme, qu'elle s'est dégagée comme une moyenne à laquelle se sont rattachées la majorité des églises, par l'élimination des spéculations aventureuses et des solutions extrêmes, à mesure que la tradition s'est fixée par écrit et que le gouvernement épiscopal, fortifié et généralisé dans la chrétienté, a pu la faire prévaloir. Quelle que soit l'idée que chaque historien se fasse de cette évolution, il est un fait certain, c'est que l'on ne constate pas l'existence d'une règle de foi autorisée avant le dernier quart du second siècle. Auparavant elle se forme, mais elle n'a pas encore d'existence autonome.

A partir de l'époque où elle a prévalu dans la plupart des églises, il est clair que l'instruction religieuse a en elle son programme tracé. Toutefois, même alors, elle apparaît plutôt comme le couronnement de cette instruction dans la phase de l'initiation qui précède le baptême. En dehors d'elle, il y a un enseignement élémentaire donné aux

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udierites OU aux rudes, qui porte sur l'histoire sainte et ùr la morale, et qui est destiné à en préparer rintcllrgence. /instruction religieuse doit être antérieure à la plus ânîenne forme de regiila^deî, puisque avant même sa rédac- Ion/ il a dû être nécessaire d'expliquer aux païens et aux Lîifs hellénistes, désireux d'entrer dans une communauté hrétienne, ce qu'il fallait croire et ce qu'il fallait faire pour tre chrétien. En quoi consistait cette instruction religieuse >rîmitive? Est-il impossible d'en reconstituer le contenu, au noins d'une façon approximative? Voila ce que nous vou^ Irions examiner d«ins ce mémoire.

Justin Martyr, — nous l'avons déjà dit, — atteste de la 'açon la plus formelle que l'on n'était pas admis au baptême lans l'Église de Rome et probablement aussi dans les autres églises connues de lui, à moins d'avoir reçu une instruction préalable. « Ceux donc, écrit-il, qui se sont laissé con- » vaincre et qui croient que ces choses enseignées (5î8a<ncofX£va) 0 et dites par nous sont vraies et qui se sentent capables de » promettre qu'ils vivront ainsi, reçoivent l'instruction de n prier et d'implorer en jeûnant la rémission de leurs péchés » de la part de Dieu; et nous, nous prions avec eux et jeû- » nons avec eux » (I ApoL, 61, début). A la fin du même chapitre il dit que le baptême est appelé çwtiaii'Jç, parce que ceux qui apprennent ces choses en ont l'intelligence éclairée. Plus loin, il raconte que le néophyte, après son baptême, est amené a la réunion des frères où l'on prie pour le nouvel initié et pour tous, « afin que, ayant appris à connaître les fi choses vraies, nous méritions aussi par nos œuvres d'être » considérés comme de braves gens et des observateurs de » ce qui nous a été prescrit » (ch. G5). Enfin, dans la description de l'Eucharistie, il revient encore sur la même idée en disant qu'il n'est permis à personne d'y prendre part,

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tt sinon à celui qui croit vraies les cho>ses enseignées par » nous (xà li^\Z%-{\Li>4% u<p* fifjiwv) et qui a reçu le bain pour h i) rémission des péchés et la nouvelle naissance, et qui vil D selon la tradition du Christ » (ch. 66).

D'après ces indications, la préparation au baptême' telle qu'elle se pratiquait îi 1 époque et dans l'entourage de Justin, comportait deux phases distinctes : V* l'instruction des candidats; 2<» la pénitence, consistant en jeûne et en prières'. Par la pénitence, les aspirants au baptême témoignent qu'ils ont conscience des erreurs, et des fautes de leur vie antérieure; ils implorent de Dieu la bénédiction de la nouvelle nais-' sance. Cette seconde phnse précède immédiatement lelw|)téme ; elle semble avoir été de très courte durée, puisque les membres de la communauté ou plus vrai'^emblnbloment ceux d'entre eux qui ont converti les nouvelles recrues et qui sont en quelque sorte leurs parents spirituels dans la nouvelle naissance, prient et jetinent avec eux. Il n'y a pas dans le texte la moindre allusion à un enseignement doctrinal ou à une initiation portant sur ce que l'on appela plus tard les « mystères » de la foi, réservés à la dernière période de l'instruction catéchétique ou photisoniénat. Pour Justin, la préparation immédiate au baptême est exclusivement morale; c'est un acte de contrition, dans lequel le candidat meurt en quelque sorte à sa vie antérieure avant de renaître par le baptême â la vie nouvelle.

' On ne relève dans ses écrits aucune trace d'une organisa-

1. Nous rappelons poac ceux qui ne sont pan familiarises avec l'antiquité chrétienne, que le baptême décrit par Justin est un baplcmepar immersion conféré à des adultes. Le baptême par aspersion était toatà fait exceptionnel, et sa validité était contestée. Quant au baptême dei enfants, il n*en est pas question avant Tertullien qui le réprouve.

2. Cfr. Dialogue nccc Tviiphon,\\ : oii toO Xo-j-too-j o*jv tt.c jitTuroJiî xa: Tï,; -^(^.o^îui; -roO &£oû; 95: « Si donc vous voUB lepcntez de vos fautes » et vous reconnaissez que celui-ci est le Christ et si vous gardez ses cornn mandements, » vos péchés vous seront {lardohnéé.

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tion ecclésiastique spécialement affectée à ce service; le baptême se célèbre « où il y a de l'eau », et rien ne dénote qu'il soit conféré par un dignitaire de l'Église à l'exclusion des autres membres ; il est parlé simplement de « celui qui conduit le cnndidat au bain » (xoO tov XouvofXEvov syovxoc ItzI to

Si l'organisation ecclésiastique ne comporte pas encore l'attribution privilégiée du droit de baptiser a une certaine catégorie de dignitaires, à plus forte raison n'y a-t-il aucun indice que le droit de donner l'instruction préalable soit limité à certains membres de la communauté. Tout chrétien semble pouvoir devenir l'instructeur de ceux qui désirent s'affiliera l'Église. Cela n'exclut pas, bien entendu, que telle communauté puisse confier à l'un de ses membres la mission de s'occuper spécialement de cette instruction ; il parait seulement que ce n'était pas là un monopole*. On ne saurait admettre, en effet, que le conseil directeur et les dignitaires chargés dans chaque église de l'administration n'eussent aucun droit de surveillance ou de contrôle sur l'admission de nouveaux membres par le baptême. En fait, nous n'avons iiucun renseignement sur ce point à l'époque de Justin ; mais les analogies de toutes les associations du monde antique, juif ou païen, sur lesquelles on est quelque peu renseigné, autorisent à penser qu'il ne devait pas être permis à un membre d'une église chrétienne d'introduire un nouvoau

1. Nous donnons ici le texte de IVdition Otto. La plupart des édiiions antérieures ont : toOtov Xo'jffojisvov aL*(o'mz lie: xo Xouxp'Jv. Les variantes ne modifient pas la valeur du témoignage.

2. Cfr. H.-J. Holtzmann, Die Kaicchcsc dcr aUe/i Kirchc^ p. 78-80^ >ù sont groupés les témoignages qui se rapportent à un développement Msclésiastique déjà p^us avancé. Il y a eu de nombreuses variétés de transition entre la liberté d'enseignement et le monopole de l'instruction «ligieuse par le clergé. A proprement parler, la dernière phase seule de /instruction, la préparation immédiate au baptême dans le photuomi^ lat, a été monopolisée par le clergé. L'instruction préparc^toire demeure libre en principe; en fait, elle est donnée surtout dans la prédication.

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itiembre dans la société sans l'approbation de l'assemblée ou tout au moins de son conseil administratif. Mais il y a loin dé ce droit de contrôle au droit exclusif de conférer le baptême ou d'instruire les candidats \

11 importe davantage de rechercher en quoi consistait l'instruction. Quelles sont les « choses enseignées » par Justin et ses coreligionnaires, dont il faut être convaincu pour être admis dans la communauté par le baptême? Les passages cités montrent clairement qu'elles comprennent deux ordres de notions : des enseignements de Tordre intellectuel, doctrines ou conceptions historiques dont il faut reconnaître la ft vérité », et des enseignements de l'ordre moral, principes de vie ou règles de conduite fournies par la tradition du Christ, dont il faut reconnaître l'excellence afin de pouvoir promettre que l'on s'y conformera. Doctrine et morale, tels sont dès le second quart du II* siècle les parties constitutives de l'instruction religieuse dans l'Église catholique naissante dont Justin Martyr est pour nous le principal témoin. Mais quelles doctrines et quelle morale? C'est ici que surgissent les difficultés, par le fait des nombreuses variétés de tendances et de spéculations que les documents du christianisme primitif, si rares soient-ils, nous permettent néanmoins de reconnaître avec certitude. Il ne saurait être question, par conséquent, de reconstituer un type unique et en quelque sorte officiel de l'instruction

' 1. C'est dans ce sens qu'il faut entendre la célèbre déclaration an Chap. VIII de VÊpitrc d* Ignace aux S/nt/rnicns : fir,$E!ç ytùpU 'oO ku-

xoTTO'j Tt rpajaiTw twv âvTjXovTwv tU "^V èxxXr^a^av ovx èÇov STriv/wp'.;

Toô iTTiaxoTTO'j O'jTS paTiTiÇeiv O'jxe à'^iwr^'^ iroisTv àXX' o av ixfTvo^ ooxîfxàoTi, ToÛTo yai TtJ) StecJ) euâpsTiov. Cfr. t. V de notre BibliothèquCf On' fjines de l'Épiscopat^ !'• partie, p. 481 à 495. Il est incontesUble qu'Ignace lui -môme, le fougueux défenseur derautorltéépiscopale,nedit pas : (c L'évêque seul a le droit de baptiser, » mais : « aucun baptènKi aucune eucharistie ne doivent être célébrés en dehors de réTêqMt c'est-à-dire sans son consentement. » On ne se représente guère une société quelconque où l'on puisse entrer sans aucun contrôle.

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religieuse donnée dans les communautés primitives à leurs futurs membres, pour l'excellente raison qu'il n'y a pas encore et qu'il ne peut pas encore y avoir de doctrine officielle, comme nous l'avons rappelé plus haut. Tout ce que Ton peut tenter, c'est de dégager la nature et le caractère des instructions données dans cette moyenne de communautés d'où est sortie l'Église catholique primitive à la fin du II® siècle, en laissant de côté l'abondante et le plus souvent éphémère efflorescence des pures spéculations gnostiqnes, qui agitèrent beaucoup les églises et qui ont laissé des traces multiples dans la doctrine devenue plus tard officielle, mais qui n'ont pas réussi , sauf quelques exceptions, à constituer des communautés durables.

Dans les églises dont parle Justin, le contenu de Tinstruction mo/'a/e, présentée comme la tradition du Christ, concordait assurément d'une façon générale avec l'enseignement de même ordre que nous connaissons par nos évangiles. Sous réserve de toutes les variétés de détail que comportaient une tradition encore imparfaitement fixée et les tempéraments des divers groupes de communautés, les préceptes essentiels de la morale évangélique devaient y figurer, plus ou moins accentués ou mitigés suivant les dispositions des instructeurs. La morale telle qu'elle se dégage des œuvres de Justin procède bien de cette source, et Ton peut en dire autant des préceptes de morale pratique, qui se trouvent chez les apologètes et chez les Pères apostoliques en général. Sur ce terrain les expressions varient plus que le fond. Les applications que les hommes ont faites de la morale évangélique ont différé, mais les principes de vie qui la constituent sont l'élément permanent du christianisme, celui qui dans sa simplicité et sa spontanéité est le moins susceptible de modifications.

Aussi bien cett-e instruction purement morale n'était-elle pas difficile à comprendre ni de nature à provoquer beaucoup d'objections. Elle comportait plutôt une influence à exercer

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