Annales de V Alliance Scientifique ^X, IV, p
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peut appartenir s'il aime le travail, la caste des Lettrés. Pour cette caste supérieure, c'est à peine si Ton peut dire qu'il existe une religion quelconque. Et si l'on veut trouver en Chine des traces de manifestations religieuses proprement dites, il faut remonter jusqu'aux périodes légendaires; car la prépondérance de renseignement philosophique et purement moral sur le système de l'éducation populaire semble à bien des égards aussi ancienne que la première dynastie du Royaume du Milieu. La littérature chinoise nous a bien conservé quelques traces d'un polythéisme grossier et rudimentaire qui aurait été la religion des premiers Chinois^ mais ce polythéisme paraît déjà battu en brèche à l'époque du souverain semi-historique qu'on nomme Hoang-ti « l'Empereur Jaune », et dont le règne, antérieur à la naissance d'Abraham^ remonterait au XXVII* siècle avant notre ère. C'est en effet à ce prince et aux officiers de son entourage que quelques écrivains indigènes se plaisent à attribuer les origines de la grande pensée sur laquelle le philosophe Lao-tse a jeté les bases du Taoïsme.
Les travaux d'érudition des orientalistes nous ont habitué à croire que le point de départ du mouvement philosophique et religieux chez les Chinois devait être placé à l'époque de Confucius, c'est-à-dire au VI<^ siècle avant notre ère. Bien qu'il soit un peu excessif de tirer une telle conclusion de ces travaux, il faut reconnaître qu'on y trouve bien peu de renseignements sur la marche des idées dans les temps antérieurs à ce siècle. En lisant néanmoins avec quelque soin l'histoire de la vie du célèbre instituteur de Lou, on n'hésite pas à constater que loin de présenter sa doctrine comme une invention personnelle, il l'avait offerte à ses nombreux adeptes comme une simple restauration de la morale an-
1. Notamment dans le Chan-haï-king, dont j'ai publié pour la première fois la traduction avec un grand commentaire^ dans les Mémoires du Comité SinicO'Japonais de la Société d'Ethnographie, t. IV et suiv.
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tique. Les livres dits sacrés de Confucius ne sont pas son œuvre : il n'en a été que l'éditeur, et le nom de Kinrj qu'on leur donnesignifieen réalité des documents a traditionnels».
On peut sans doute prétendre que la haute antiquité qu'on attribue aux Kincj est à certains égards un peu imaginaire, et que Confucius, en les fabriquant de toutes pièces, a bien pu les donner pour des textes anciens, en vue de s'assurer un point d'appui dans le passé. Cette opinion ne saurait être aisément soutenue; et, à moins de se montrer aporétique à outrance sur tout ce qui se rapporte aux vieilles déclarations de l'histoire écrite, il est bien difficile de contester aux éléments des livres sacrés de la Chine une date très lointaine. La plus grande partie du Chou-King, et sans doute aussi du Yi/i-lcing, présente tous les caractères d'authenticité que la critique la plus exigeante est en droit de réclamer. Pour peu qu'on ait acquis un certain sentiment de la méthode philologique, on arrive à se convaincre, par exemple, qu'on n'invente pas de propos délibéré un recueil de chants populaires tel que le Chi-king, et cela sans laisser des traces évidentes du procédé falsificateur.
Il y a en outre un raisonnement peu contestable, ce me semble, et qui aboutit à la conclusion que le travail des idées était déjà fort ancien dans la Chine, lorsque apparut la haute personnalité de Confucius. Ce moraliste populaire n'était pas un météore isolé qui surgit tout à coup au milieu des ténèbres de l'ignorance et de l'obscurantisme. Il avait pour contemporain un homme d'un génie infiniment supérieur au sien, le philosophe Lao-tse, dont la puissance de conception tient du prodige, surtout si l'on songe à l'époque et au pays où elle s'est manifestée. Ce profond penseur, après avoir réfléchi sur les causes et les fins possibles de la vie, arriva à cette étonnante conception de la force génératrice et évolutive de l'univers nommée « le Tao^ », et ce fut comme corol-