‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 156 sur 212 · tao · texte numérisé non relu

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laires de ce concept qu'il jugea possible de formuler quelques principes relatifs à la règle de conduite des hommes et à leur organisation sociale. Le système de Confucius avait l'avantage d'être aisément intelligible pour la foule : aussi fut-il adopté par la grande masse de ses compatriotes d'une façon en quelque sorte indélébile. Les théories de Lao-tse, au contraire, exigeaient pour être comprises des efforts exceptionnels et continus de la réflexion, et, pour ce motif, elles n'étaient accessibles qu'aux esprits méditatifs et laborieux : elles ne pouvaient guère survivre à leur créateur, ou du moins elles ne devaient parvenir aux âges futurs que sous une forme absolument fausse et dénaturée.

Confucius, dont les savants missionnaires de Péking ont rendu le nom célèbre parmi nous en lui donnant une tournure latine, n'avait rien de ce qui caractérise un penseur original : c'était, en revanche et dans toute la force du terme, un homme de bon sens, un homme pratique, un « opportuniste » qui sut comprendre d'une façon remarquable les tendances et les besoins du grand peuple au milieu duquel il ét^it né. Il imagina, de la sorte, un mode d'organisation politique et sociale de nature à assurer à ses compatriotes le calme de l'existence et, avec le calme, une large part de bonheur domestique. En dehors de ce mérite, que les siècles successifs apprécièrent hautement dans la région du fleuve Jaune et fort au delà, son esprit ne possédait rien qui pût lui découvrir des voies nouvelles dans l'obscur et périlleux domaine de la métaphysique. On a dit, non sans motif, que Confucius était athée. Et comme il n'avait pas la conviction que l'homme possédât en lui quelque chose d'immortel, il ne promit la survivance d'outre-tombe que par la perpétuité du souvenir. C'est dans le but de donner aux hommes cette modeste satisfaction qu'il tint à établir le Culte des Ancêtres sur les plus larges bases et comme une des institutions les plus nécessaires à l'espèce humaine.

L'immortalité, par le seul fait du souvenir qu'on conser-

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vera de nous après la mort, ne semble pas, dans nos milieux, un mobile suffisant pour encourager au bien, surtout si notre esprit n'a pas encore su triompher des espérances illusoires et démoralisatrices d'une rémunération mercenaire après la mort. Aux yeux des Chinois et des peuples qui ont subi rinfluence de leur civilisation, l'immortalité par le souvenir est loin d'être une récompense sans valeur. Si l'homme hésite à s'en montrer satisfait, c'est uniquement lorsqu'il n'est pas convaincu de la perpétuité du souvenir.

L'enseignement deConfucius, néanmoins, s'il répondait en Chine d'une façon satisfaisante aux besoins de la masse, n'était pas de nature à satisfaire Tirrésistible curiosité des esprits supérieurs qui, par l'étude et la méditation, étaient devenus avides de toucher aux grands problèmes de l'existence. Ces problèmes se posèrent inévitablement aux yeux des disciples du célèbre moraliste de Lou, et de louables efforts furent accomplis dans l'espoir d'arriver à les résoudre. Parmi ces disciples, Mencius, un des premiers, monta sur la brèche, tout en professant la méthode du Maître et son peu de goût pour la métaphysique. Il devint de la sorte un sociologiste, un économiste, et par moments un véritable pionnier sur les hautes sphères de la philosophie positiviste.

Je n'ai pas la prétention, dans une aussi courte note, de donner un aperçu, même succinct, de la doctrine de Mencius, ni de signaler d'une façon suffisamment explicite la rare indépendance de son esprit au sein d'un empire que nous considérons assez à tort comme l'un des plus absolutistes et des plus despotiques de la terre. Qu'il me suffise de dire qu'il sut lever très haut la voix en présence des puissants de ce monde et que, s'il n'enseigna pas le droit îi la révolte consigné dans les principes de notre grande Révolution, il ail* jusqu'à proclamer indemnes en certains cas les citoyens qui n'hésitent pas à devenir régicides \ L'indépendance

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