‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 158 sur 212 · i^, sing · texte numérisé non relu

i^, sing

2. Le mot sing exprime le caractère instinctif de Thomme; les sentiments (lont^l est doué à sa naissance; les aptitudes morales qu'il a reçues de la nature en venant au monde; ce qui, dans le naturel de

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Or, Mencius soutenait que le sing de riiomme était essentiellement bon. Sa doctrine à cet égards contestée par plusieurs écrivains de son temps et des siècles postérieurs, a fini néanmoins par prévaloir et par s'enraciner dans l'esprit chinois d'une façon tellement solide qu'elle est devenue, sous la forme d'un aphorisme, le précepte en quelque sorte initial de renseignement primaire dans les écoles publiques du Céleste-Empire*.

Le principal objectif de Mencius était de combattre une théorie professée de son temps par le philosophe Pouli-lial ou Kao-lse, théorie qu'on a vue renaître d âge en âge sous tous les climats, et suivant laquelle le mieux pour riiommc est d'opérer un retour en arrière et de revenir à l'étal primitif. L'école de ce Kao-tse prétendait que les princes sages et intelligents doivent cultiver la terre tout aussi bien que les gens du peuple et ne se nourrir que du fruit de leur travail; elle enseignait enfin que la nature de riioninic

l'homme, a un caractère spontané; un don du Ciel, c'cst-A-dire un phénomène qui fait débuter l'être dans la vie sous Tempiie d'une loi supérieure et le place, au début de sa carrière, dans une condition absolument passive; l'état intelligent ou stupide, bon ou mauvais qui c?l notre point de départ dans ce monde; les dispositions intellectuelles que nous tenons à la lois du Ciel et de la Terre; les principes qui sont la base de notre tempérament (et de nos tendances); le sentiment rudimen taire que nous avons en nous-mC'me, et sans qu'il résulte d'aucooc influence extérieure, de l'altruisme, de la justice et de la sagesse; U condition primordiale (/)^/t-<'/) de l'homme; la destinée (cwli mandw tmn)\ le principe de tous les Otres (ican-irotih (c/ti pen); ce que le Ciel a décrété (tien ichi so tninr/); ce qui est en accord avec les loisda Ciel (tien tclii tslcou)', ce qui est la résultante du dualisme représenté parle Ciel et la Terre, ou par le fjanrj, principe mâle et le ///«, principe femelle. Suivant d'autres auteurs, les facultés qui proviennent spéciale ment du principe mâle: le sentiment de la vertu; les cinq états de notre caractère naturel, savoir : la joie, la colère, l'envie, la crainte et 1» tristesse; les sentiments naturels, etc., etc.

1. Jin scng pen chcn « la nature de l'homme est bonne au point de départ » (San-'tsc kinfj).

n'est par essence ni bonne ni mauvaise, et qu'elle ne penche vers le bien ou vers le mal qu'autant qu'elle y est poussée par des influences extérieures, telles que l'éducation : « Elle est semblable à l'eau courante qui coule vers l'Orient, si on la dirige vers l'Orient; ou qui coule vers TOccident, si on la dirige vers l'Occident. »

Mencius répondait que la nature de l'homme étant essentiellement bonne, il n'y avait qu'à ne pas lui fournir les moyens de se corrompre et à savoir en tirer un parti. Mais, pour en tirer parti, il faut faire appel au concours des sages et mettre entre leurs mains la direction du monde. C'est donc un système néfaste que celui qui consiste à obliger tous les hommes indistinctement aux travaux matériels. Il faut, disait-il, que ceux qui travaillent avec l'esprit gouvernent les autres, et que ceux qui travaillent avec le corps soient gouvernés par les autres. La division et la répartition du travail est ainsi de toute nécessité pour le bon ordre sociaT ; et pour que le bon ordre social existe, il faut que les rênes du gouvernement soient mises entre les mains de la classe lettrée de la nation. Quant à la comparaison de la nature humaine à l'eau courante qui n'a pas plus de tendance il couler vers l'Est que vers TOuest et qui se dirige de Tun ou de l'autre côtéd'apiès l'issue qu'on lui a ouverte, Mencius juge qu'elle n'est pas péremptoire. Il est certain que l'eau suit indifféremment la direction qu'on lui donne, mais il est tout aussi certain qu'elle coule toujours de haut en bas et jamais de bas en haut.

Je me borne à cet exemple de la manière d'argumenter do notre moraliste. Très à la mode alors dans son pays, cette manière est peut-être un peu moins goûtée sous nos climats. Il ne faudrait cependant pas en conclure que les arguments dont

1. Cette manière de voir est également celle de l'un des antagonistes de Mencius, le philosophe Siun-tse dont il sera parlé plus loin (voy. p. 242).

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il fait usage à Tappui de sa thèse sont tous dépourvus de valeur. Il a notamment aperçu avec assez de justesse le caractère spontané de certains sentiments dans le cœur humain, sentiments qui se manifestent sans avoir besoin d'aucune intervention extérieure, d'aucun enseignement. L'homme possède d'une façon spontanée, dans son for intérieur, le sentiment de la pitié et de la miséricorde, le sentiment de la honte et de la haine pour le vice. S'il aperçoitun enfant sur le point de tomber dans un puits ou d'être écrasé, il fait un mouvement indépendant de toute réflexion pour lui prêter secours ; il ne lui est pas nécessaire pour accomplir ce devoir altruiste qu'on le lui ait enseigné à l'école. Toutefois Mencius et ses disciples ne semblent pas avoir compris que ce phénomène est la caractéristique d'une période rudimentaire du développement moral de l'individu, la période de l'instinct primordial, et que l'individu est appelé a franchir la limite de cette période pour aboutir à celle du 1)ien conscient, libre et réfléchi. Ce n'est que plus tard qu'on peut rencontrer, dans la philosophie chinoise, une vague aperception de cette grande vérité tout aussi biologique que philosophique.

La doctrine de Mencius, au sujet de la nature originellement bonne de l'homme, a eu dans la personne du philosophe Siun-tse un ardent contradicteur.

« Siun-tse, lit-on dans une notice chinoise qui lui est consacrée, avait le petit nom de Hoanq et également celui de King; son nom de famille était Sun \ Il servit dans le pays de Tsou et fut gouverneur de Lan-ling, dans la province du Tcheh-kiang. On lui doit un ouvrage composé de trente-deux livres. Le philosophe Tching-tse dit à son sujet:

1. ^/J Sun. — 11 ne put conserver son véritable nom de Sinn, lors de la dynastie des Han, parce que c'était celui de l'Empereur soas le règne duquel il vivait, et que l'usage veut en Chine que personne ne fasse usage du nom porté par le souverain.

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« Si Ton se conforme aux paroles de Siun-tse, on peut (( entrer dans la Voie >>. Siun-tse prétendait toutefois que la nature de Thomme était mauvaise, que les empereurs Yao et Cliun avaient été des hypocrites, et que les philosophes Tse-sse et Mencius n'avaient fait que répandre le désordre dans Tunivers. Quant à son disciple Li-ssc (ministre de l'empereur Tsin-chi Hoang-ti ), il provoqua le malheur de la mise à mort des Lettrés et de Tincendie de livres. C'est pour ce motif que Siun-tse a été exclu de l'enseignement régulier (ming-kiao)\ »

L'œuvre de Siun-tse mériterait cependant d'être traduite dans une langue européenne, et jusqu'à présent on ne possède, autant que je sache, qu'une version anglaise d'un seul de ses chapitres*, celui qui est relalif à la nature de l'homme. On y lit que l'homme a une nature mauvaise et que le bien qu'on veut y voir est fallacieux. Le sentiment de ce que nous appelons aujourd'hui « la concurrence vitale » se manifeste dès sa naissance et ne fait que s'accentuer par la suite. Les sens provoquent chez lui toutes les débauches de l'esprit et du cœur. Il en résulte que le système qui conseille de se conformer aux tendances de la nature humaine conduit inévitablement au vice, à l'oubli du devoir, au trouble de la raison, et finalement à la barbarie primitive. Ce n'est que par l'intervention salutiiire des Sages et par les lois que l'homme arrive à l'honnêteté et à la bonne conduite. Il est de la nature de l'homme quand il a faim de vouloir se remplir l'estomac, quand il a froid de vouloir se réchauffer, quand il est fatigué de vouloir prendre du repos. Et si l'homme se refuse parfois à prendre de la nourriture quand il a faim, à se réchauffer quand il a froid, à prendre du repos quand il est fatigué, c'est parce que l'idée d'accomplir une action méritoire l'y engage et l'y oblige. Il se met alors

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