‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 159 sur 212 · TchôU'tse loui-harij t. X, p · texte numérisé non relu

TchôU'tse loui-harij t. X, p

2, Voy. James Legge, Chincse Clasaics^ t. II, p. 82.

290 UNE GRANDE LUTTE d'iDÉES DANS LA CHINE

en révolte avec sa nature qui le pousse à ne songer qu'à la satisfaction de ses besoins personnels. Cette révolte morale contre ses tendances innées ne résulte pas nécessairement de la nature de Tliomme qui le pousse au mal, mais d'un certain sentiment d'abnégation qui lui a été inculqué par l'enseignement des Sages. Le mal se produit d'une façon spontanée et sans effort chez l'homme; le bien, au contraire, ne se produit que par une sorte de lutte de l'homme contre lui-môme. Si les saints empereurs de l'antiquité Yao, Chun et Yu sont des modèles de sagesse et de vertu, ce n'est pas parce que leur nature valait mieux que celle des autres, mais parce qu'ils ont appris à réduire à néant les mauvaises impulsions de leur nature. L'empereur Chun, d'ailleurs, n'a-t-il pas dit à Yao qu'il avait associé à l'Empire: « Les sentiments naturels de l'homme sont loin d'être beaux; chez les Sages seulement, il n'en est pas ainsi. L'homme le mieux doué par la nature ne saurait éviter le mal sans se mettre sous la direction de sages maîtres et sans faire un heureux choix d'amis pour vivre dans leur société. Si vous ne connaissez pas les sentiments de votre fils, voyez quels sont ses amis ; si vous ne connaissez pas les sentiments de votre prince, voyez quels sont ses assesseurs. ))

Ce chapitre du livre de Siun-tse, qui est fort célèbre en Chine, n'en repose pas moins sur une certaine logomachie dont la plupart des philosophes chinois, — sans parler des philosophes occidentaux, — font souvent un usage un peu excessif. Je crois que pour juger avec justesse le caractère de Siun-tse, il serait nécessaire de prendre connaissance des autres parties de son livre. En lisant avec soin lensemblc de son œuvre, on y trouverait peut-être qu'il se complaît trop souvent dans des comparaisons inutiles et enfantines, mais on lui accorderait le mérite d'avoir entrevu la nécessité d'une philosophie positive et dégagée en grande partie de l'attirail formaliste dont Confucius et ses disciples

ont entouré l'enseignement de la sociologie et de la morale publique.

Suivant Siun-tse, la raison du Ciel est tellement insondable que le Sage ne cherche pas k la comprendre et se préoccupe seulement des affaires humaines. Il doit suffire îi l'homme de trouver que la mission du Ciel est accomplie par le fait qu'il a reçu un organisme au milieu duquel, lorsqu'il est définitivement développé, se produit le « principe animique », source de l'amour, de la haine, de la joie, de la colère, de la tristesse et de la jouissance. Nos cinq sens {ou kottan*), sont solidaires les uns des autres : ce sont les agents du Ciel. Le cœur qui existe dans le vide central de notre être pour présider au travail de nos cinq sens, en est Télément directeur que nous tenons également du Ciel*. La fortune, qui est indépendante de la nature humaine, répond à ses besoins: c'est ce qu'on nomme « la providence céleste ». Se conformer à la condition que vous a faite la providence, c'est le bonheur; ne pas se soumettre à sa condition, c'est le malheur. Méconnaître l'élément directeur que nous tenons du Ciel, laisser se produire le désordre dans le travail de nos sens, dédaigner la providence céleste, ne pas se soumettre à l'autorité céleste, ne pas tenir compte des intentions célestes et contrecarrer ainsi l'œuvre du Ciel, c'est ce qu'on appelle « un grand fléau*. »

Siun-tse voit assez en noir la condition do rcspèco humaine ici-bas. Son pessimisme cependant ne fait pas de lui un révolutionnaire comme Mencius et encore moins un anarchiste comme Lao-tse. 11 ne saurait concevoir un État sans prince pour le gouverner; et, à l'exemple de Confucîus,

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