‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 29 sur 212 · tte traduction est l'œuvre de M. Ph. Virev · texte numérisé non relu

tte traduction est l'œuvre de M. Ph. Virev

2. Ce Papyrus est en effet déposé à la Bibliothèque Nationale Paris.

3. C'est M. Griffith du British Muséum qui attira le premier Vi tention sur ce fait.

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Ces observations étaient nécessaires afin de bien indiquer que si je me sers des données de ce document pour marquer un état réel de la société égyptienne à une certaine époque, cependant ces données ne sont pas absolues, par suite même de l'état du document qui les contient. Sans doute le papyrus présente la mention de certains rois qui sont de la fin de la 111* dynastie ou du commencement de la IV®; mais ce n'est là qu'une ruse de métier employée par les scribes égyptiens pour s'ouvrir toute grande la croyance de leurs lecteurs ou pour leur en imposer: s'ils mettaient leurs sentences naorales sous la sauvegarde d'un auteur ancien ou révéré, c'était afin de les rendre plus acceptables, et non pour le parer d'une propriété littéraire qui n'était pas sienne\ D'un autre côté, si l'on ne peut pas être absolument certain des nuances diverses des maximes égyptiennes contenues dans ce papyrus, cependant il n'est pas impossible, il est même assez facile de savoir le plus souvent de quoi il s'agit. Aussi, si je ne puis utiliser cet ouvrage avec toute la certitude désirable, je peux m'en servir pour rechercher quelles étaient les mœurs de cette époque dans certaines classes de la société. J'aurai le plus grand soin de ne pas me servir des maximes qui sont le plus sujettes à caution.

Le Papyrus Prisse contient deux ouvrages qui étaient sans doute demeurés classiques dans les écoles égyptiennes. I^el'un, nous ne possédons que les dernières feuilles, l'autre au contraire nous est arrivé en entier*. Le premier est antérieur au second parle nom des Pharaons qui y sont cités et

1. Cette coutume est restée sur la terre d'Egypte jusqu'à l'extinction ^^la littérature nationale. J'ai démontré péremptoirement qu'il en a ^^ ainsi dans la préface que j'ai mise à mes Contes et Romans de ^^ûypte chrétienne, p. xxxiii et suiv.

'^- 11 contenait aussi un troisième ouvrage qui a été gratté et qui Inconséquent est perdu pour nous: ce troisième ouvrage avait aussi ^Ds doute rapport à la morale, et s'il en était ainsi, nous nen saurions ^">P vivement regretter la perte.

aussi par les pensées qui sont exprimées dans les quelques pages qui en restent; mais les deux ont sans doute été composés à peu de distance Tun de l'autre, au plus deux ou trois siècles, ce qui ne saurait guère compter pour Tépoque. Ils portent tous les deux la même marque morale et relèvent de la même doctrine : cette doctrine, c'est l'utilitarisme le plus naïf, j'allais dire le plus grossier, si je ne craignais de ne montrer nulle considération pour ces temps lointains, et le plus primitif. Ce n'est ni plus ni moins qu'un manuel de savoir vivre dans les circonstances où la vie plaçait les membres des hautes familles égyptiennes, et cela se comprend aisément: les préceptes de savoir vivre que nous donnons actuellement aux enfants et qui ne sont plus rangés dans la morale ont dû forcément, à une certaine époque de la vie du genre humain, être le degré le plus élevé de la culture sociale.

Les pauvres, les faibles ne comptent guère dans ces livres de morale; ils ne sont mentionnés qu'à grand'peine, sans qu'on s'occupe d'eux. On les laisse vivre dans la grossièreté où la fortune les a placés, sans se préoccuper de ce qui aujourd'hui préoccupe à si juste titre les esprits les plus clairvoyants, je veux dire les besoins de la classe des travailleurs et les améliorations sociales que ces besoins exigent. Ce qu'on cherche avant tout, c'est le succès de l'élève qui était le fils, et ce succès consiste à s attirer la faveur du Pharaon qui dispensait les charges et la richesse.

A cette époque, non moins qu'aux autres d'ailleurs, on ne cherche pas à faire une bonne action, parce que l'idée du devoir la comporte ou qu'elle relève de l'idée de vertu :.les Égyptiens n'ont connu ni le devoir, ni la vertu. Ils n'avaient pas même de mot pour exprimer ces deux idées abstraites, du moins on n'en rencontre pas dans les documents qui nous sont parvenus, et à l'époque copte ils avaient emprunté aux Grecs le mot qu'ils employaient pour rendre la seconde de ces deux idées. Il ne faut donc point rechercher, dans les

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ocuments que nous fournit TÉgyptc, surtout à cette phase le son histoire, ce qu'elle ne peut nous donner; il faut sim- ;>lement voir ce qu'elle peut fournir à l'examen du moraliste. Or, ce qu'elle fournit est déjà très important pour la réglementation de la vie ordinaire à une époque à peine sortie de la grossièreté primitive. On comprend très bien, d'ailleurs, qu'en Egypte autrefois, comme de nos jours en Chine, les préceptes de la morale aient roulé sur les rites à observer en mangeant, comme nous le montre la fin du premier ouvrage contenu dans le Papyrus Prisse, On y prêche de ne pas faire paraître que l'on affectionne trop certains mets ; que manger avec voracité, c'est se ravaler au niveau de la béte, car chez celui qui mange de la sorte, c'est le ventre qui conduit*, tandis qu'à l'homme qui sait se modérer un verre d'eau suffit pour étancher sa soif, une bouchée de légumes pour apaiser sa faim. Qu'importe le choix entre les bonnes choses? Une nourriture quelconque, pourvu qu'elle soit bonne, tient lieu d'une autre nourriture que l'on pourrait rechercher, mais qui ne remplirait pas mieux le but à atteindre: et d'ailleurs il suffit ordinairement de peu pour nourrir l'homme. Cependant, il peut arriver que dans les obligations qui résultent des rapports sociaux on soit entraîné à manger avec un glouton ou à boire avec un ivrogne : il faut en cette occasion se bien garder de vouloir leur faire raison à Tun ou à lautre et de leur tenir tête. Une telle conduite entraînerait à de graves inconvénients que l'auteur n'énumère pas, mais qu*il était facile à l'élève de saisir. Un autre conseil de ces rites, c'est de ne rien refuser de ce qui nous est offert, quand même celui qui le présente est un être ^le et dégoûtant ; car ce serait une injure grave faite à celuilà. La coutume, générale en Orient, de présenter aux convives invités les morceaux que l'on considère comme de

1- C'est presque déjà le mot de saint Paul en son Épitre aux Romains : • Quorum Dcus venter est. »

choix et de les prendre avec les doigts donne encore un con mentaire à ces paroles : celui qui écrit ces lignes se rappel! quel dégoût il éprouvait quand, à la table des moines égyp tiens, chacun lui présentait un morceau, celui qu'on croyai devoir lui faire le plus de plaisir, et surtout du suif de mou ton. Heureusement que sous la table il y avait une troup de chats qui se disputaient ce que le malheureux donatair de tant de morceaux écœurants leur jetait. Mais si on l'avai aperçu, il se fût trouvé dans un mauvais cas dont je nesai trop comment il se serait tiré. Il en était de même dès Tan cien temps : il fallait accepter ce qui était offert, et celui qu aurait refusé aurait chagriné son père et sa mère en fournis sant occasion d'accuser l'éducation qu'ils lui avaient donné et se serait attiré les observations ou les critiques peu chari tables des autres convives et assistants.

Si Ton ajoute à ces préceptes celui qui commence le pa pyrus, — il a trait à la manière dont doit se comporter 1< juge qui rend la justice, encourageant les timides, favorisan ceux qui apportent leur témoignage à l'enquête, forçant ! parler ceux qui se taisent, enrichissant ceux qui se montren pacifiques dans leurs paroles et punissant ceux qui violen les chemins où doit marcher tout homme qui veut être juste — si l'on y ajoute encore celui qui finit l'exposition dei maximes, — il a trait à l'éducation qu'on doit donner auî enfants, — on aura tout ce que renferme dans son état actue le premier ouvrage contenu dans le Papyrus Prisse. \à conclusion suit aussitôt et je dois la citer afin'de'^bien marquer le caractère général de ce premier ouvrage : « Le chei fit appel de ses enfants, quand il eut ^hevé les plans d'après lesquels doivent se conduire les hommes; ils s'émerveillèrent à leur arrivée, quand il leur dit : Si tout ce qui est écrit sur ce rouleau est écouté comme je Tai dit, pour le plus grand hier et l'utilité, on le mettra dans son ventre\ on le récitera te

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