C'est ce que nous appelons apprendre par cœur
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que c'est dans l'écrit : le bien sera dans leur cœur' au-dessus de tout ce qui est dans la terre entière, qu'ils soient debout ou qu'ils soient assis. — Ensuite voici que la Majesté du roi du Midi et du Nord. Houni, arriva au port; voici que s'éleva la Majesté du roi du Midi et du Nord, Snefrou, en roi parfait sur la terre en son entier, et voici que Kaqemni futfait chef, comte de la ville. » Qu'est-ce à dire ? sinon que le chef, c'est-à-dire l'auteur du traité, appela ses enfants et leur recommanda de ne rien perdre de ses enseignements, de les apprendre par cœur, moyennant quoi ils en retireraient un profit très grand. Et la preuve qu'il en devait être ainsi, c'est que, le Pharaon Houni étant mort, le roi Snefrou lui succéda et l'un des auditeurs du chef, Kaqemni. fut créé comte nomarque. parce qu'il avait fait précisément ce qui est recommandé plus haut. On ne saurait mieux marquer le but d'utilité pratique visé par l'auteur.
Au contraire de ce premier recueil, le second qui est attribué à Petah-hôtep est complet. Il daterait de la V** dynastie, s'il fallait ajouter une foi entière aux paroles que 1 auteur a mises en avant de son traité. Ce traité a en effet un prologue et même un épilogue : le prologue est la peinture des maux qu'entraîne la vieillesse; l'épilogue est un éloge dithyrambique de l'obéissance. Le prologue est un morceau de pure rhétorique amené par l'idée qu'il faut être vieux pour avoir entendu les conseils d'autrefois, et aussi pour avoir pu être à même d'entendre les paroles de ceux qui avaient su les conseils d'autrefois, « lesquels avaient été reçus de la bouche même des dieux, à l'époque de leur règne sur terre». Ces paroles sont mises dans la bouche de l'auteur qui s'adresse au dieu Osiris pour avoir la confirmation de la mission qu'il se donne à lui-même^ et le dieu la confirme en effet, en disant : « Instruis-le dans la parole d'autrefois, car
1- C'est-à-dire : ils estimeront. Le pluriel est employé àcausede l'idée ^^ectiye qui se trouve en ce passage.
certes elle fait le mérite des enfants des grands. Tout témoignage qui lui est dit pénètre celui qui écoute, sans que naisse la satiété. )^ Dans l'épilogue, au contraire, Tauteur a oublié les infirmités de la vieillesse, Taffaiblissement et l'hébétement des sens, il ne se rappelle qu'une chose, à savoir qu'il a été un disciple fidèle de ceux qui l'ont instruit: il supplie son tils d'en faire autant et lui promet une vie de cent, dix ans, si ce fils se montre plein de respect et d'obéissance pour son père et son maître. Rien ne saurait mieux montrer, ce me semble, que ce traité de morale est un livre composé à loisir, et non un recueil de sentences morales prises à l'avenant et rassemblées à mesure que le souvenir les apportait à la mémoire. Le soin avec lequel Tauteur nomme ce qu'il va dire les conseils d'autrefois, ou la parole des dieux, montre qu'il plaçait ses propres paroles sous l'égide de moralistes plus anciens encore, ce qui ne pourrait guère s'appliquera la V^*' dynastie; car les quatre premières dynasties seraient seules comprises sous le mot d'autrefois qui implique un laps de temps plus considérable et qui par conséquent peut nous induire à penser que l'auteur n'était pas du temps auquel il se dit appartenir*.
Le traite n'est pas ordonné; il ne commence point par une série de maximes se rapportant toutes au même sujet, ou du moins s'en rapprochant: l'auteur les a écrites du bout de son
1. 11 y a une raison pi-esque décisive, je crois, qui doit faire rejeter l'authenticité de l'œuvre: c'est que l'auteur, Petah-bôtep, se dit avoir élê le fils aîné du roi Assa; or, on a le nom du successeur du Pharaoo Assa, et ce n'est pas Petah-liôtep, ce qui semble étonnant, attendu que ledit Petah-hôtep affirme avoir vécu cent dix ans, à la fin de son ouvrage. Knfin le Lt'cre des lîois contient la mention d'un autre fils d'Assa; il se nomme Assa-ônekh. Ces preuves suffisent, je crois, pour montrer que nous sommes en présence d'une supercherie littéraire habituelle aux I^lgyptiens de tous les âges ; et, ce point acquis, il n'y a nulle difficulté à reporter à la Xll* dynastie le temps Où fut composé ce traité.
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calame comme elles se présentaient à son esprit. Il n'y faut donc point rechercher l'ordonnance savante que les Grecs surent plus tard mettre dans leurs écrits et que nous prisons tant aujourd'hui, avec raison d'ailleurs. Mais, si l'auteur égyptien n'a pas su ranger sous certains chefs les maximes morales qui composent son livre, nous pouvons le faire pour lui et, si nous le faisons, nous voyons que tout d'abord les préceptes religieux, même ceux qui regardent le culte des morts, en sont totalement absents, que tout ce qui est dit dans le traité égyptien regarde cette vie et la regarde par le côté pratique. La plupart des maximes ont traita la manière dont on doit remplir les fonctions qui incombent au disciple: quelques autres se rapportent à certaines conditions des membres de la société ; mais pas une seule n'est donnée comme une maxime générale en soi, vraie et utile par sa vérité même : toutes ont un but avant tout utilitaire.
Je viens de dire qu'il n'y a pas trace des devoirs du disciple envers Dieu. En effet Dieu, ou le Dieu, comme disaient bien plus souvent les Égyptiens', n'est mentionné qu'occasionnellement : il est défendu d'imposer aux hommes la terreur si l'on ne veut pas que Dieu impose à son tour sa teneur à celui qui terrifie les hommes : « Si quelqu'un prétend vivie par la terreur qu'il impose à autrui. Dieu lui retirera le pain de la bouche. ... La volonté
1. Presque jamais dans la langue ancienne, comme dans les temps plus rapprochés de nous et jamais dans la langue copte, les Égyptiens n'ont employé le mot Dieu sans article; ils ont toujours dit le Dieu, sauf dans certains <ïas où, par suite de particularités grammaticales, le nom ne prend pas l'article. Jusqu'ici je ne sache pas qu'on ait cherché la cause de cette construction : j'y verrais pour ma part le reste de la eoutame primitive et fort préhistorique du culte domestique, c'est-àdire du temps où toute famille avait un dieu qu'elle était seule à adorer, quelque chose comme le Lare des Latins. Je développerai plus loin cette idée dans le chapitre sur la famille sous le Nouvel-Empire Thébain, quoiqu'elle se trouve déjà sous l'Ancien-Empire.
de Dieu est qu'on ne mette pas la crainte chez les hommes*. On voit qu'il ne saurait y avoir là une idée quelconque d'u précepte engageant l'homme vis-à-vis de Dieu; il n'y qu'une idée première, que la rétribution de toutes les action de l'homme est entre les mains de Dieu, idée qui plus tar sera le fondement de la morale égyptienne et de toutes celle qui lui succéderont dans notre monde. Cette idée suppose qi la justice est immuable, que ses lignes principales, qi même toutes ses lignes sont tracées, qu'elles ne sauraiei plus être changées, qu'elles ont été révélées à l'homme pj un Dieu. Cette idée se trouve déjà dans notre traité exprima en tels termes que rien ne saurait en diminuer la force et netteté : a La Justice est grande, invariable, assurée: ellen point été troublée depuis l'époque d'Osiris. » L'époqi d'Osiris, c'est l'époque nommée parfois l'époque du Die ou l'époque de Râ, c'est-à-dire le temps où le dieu Osir et Rà régnaient sur la terre et où quelque chose qui ressen blait à l'âge d'or s'était produit pour la vallée du Nil : toi au moins l'Égyptien pouvait se figurer un passé dans lequi toutes choses avaient été heureuses, pour se consoler d( misères présentes. Quoi qu'il en soit, il est évident que 1 justice immuable depuis le temps d'Osiris ou de Rà, c'est-; dire depuis une époque si éloignée qu'elle défiait le souven de riiomme, avait un fondement quelconque, et ce fon< ment, c'étaient les lois qu'Osiris ou Rà avaient données î genre humain. Ces lois elles-mêmes, nous le verrons pi loin", devaient avoir une raison d'être; cette raison n'e ])as indiquée par l'auteur et rien ne prouve qu'il l'ait sou| çonnée, quoique l'alliance des idées entre la Justice et Osii laisserait supposeï' un rapport entre ce dieu et la Justic
1. Je traduis très librement afin de donner à ma traduction une apf rence française; je ne peux la présenter toute pleine d^idiotismes égy tiens qui seraient fort difficiles à comprendre; mais le sens est toujoi respecté, du moins tel que je Tai vu. Le plus souvent je m'inspire de traduction de M. Ph. Virey.
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mais, je le répète, ce rapport n est pas indiqué ici : ce n'est que plus tard que nous trouverons expressément mentionnée Torigine de toute justice qui avait sa source dans la personne même de Dieu. D'ailleurs l'auteur revient encore une autre fois sur cette même pensée à la fin de cette maxime, et dans ses paroles rien ne donne l'idée d'une pareille conclusion : « Les limites de la Justice sont immuables; c'est un enseignement que chaque homme tient de son père. )) D'où l'on peut voir combien cette idée traditionnelle était déjîi profondément ancrée dans le cœur de l'Égyptien.
Les devoirs envers les porents ne sont pas non plus mentionnés expressément, saut celui de l'obéissance filiale, et cette obéissance elle-même n'est pas donnée comme un devoir filial, mais comme un moyen toujours sûr d'arriver à une position avantageuse, honorable et élevée : « Après avoir écouté la bonne parole du maître, — c'est ici le pore, — il passera maître, parce qu'il l'aura écoutée. Qu'il obtienne un succès qui le place au premier rang, voilà pour lui une situation parfaite et durable, et il n'a rien à désirer à jamais. Par la science, sa direction (?) est assurée, et il est heureux par elle sur terre. Le savant est rassasié par sa science: il est grand par son mérite. Sa langue est d'accord avec son esprit : justes sont ses lèvres quand il parle, ses yeux quand il écoute'. » Il serait difficile de souhaiter un éloge plus complet de Tobéissance et de ses effets : la tradition ayant en ces temps reculés tjn empire prédominant, il est assez clair que la connaissance des préceptes moraux inculqués et l'obéissance à ces préceptes étaient un grand bien pour celui
1. Cfr. Ph. Virey: Étude sur le Papj/nts Prisse, p. 93-95. Je rappelle •Cl que rien n*est moins certain que quel<iues nuances de cette traduction, parce que le papyrus est fautif; je crois cependant que le sens .Ç^nAral est juste, c'est-à-dire qu'il y a bien ici un éloge de rob(*'is^ance f^'pété d'ailleurs à satiété, et que peu importent les termes exacts de cet ^'oge pourvu que réloge y soit, ce qui est un fait.
qui en avait reçu la tradition. Mais ce n'est point là rec naître le devoir d'un fils à 1 égard de ses parents, c'est s lement posséder et suivre un bon moyen de réussir, 1 mieux si ce moyen se trouve être en même temps un dev D'un autre côté cependant, on voit dans divers préceptes les parents sont affligés si leur enfant témoigne par actes d'une mauvaise éducation reçue; de là à cherche plaire à ses parents, il n'y a qu'un pas ; mais je dois dire ce pas n'a pas été franchi par le faux Petah-hôtep.
N'y aurait-il point à cela une raison? Sans contredit, \ sonne ne peut prétendre que les devoirs de la religion et la famille n'aient pas été connus à cette époque: lenseir même des idées sociales que j'ai esquissé plus haut moi que les obligations créées par la religion et la famille e talent à cette époque comme elles existeront plus tard elles ne se trouvent pas mentionnées dans l'œuvre du me liste égyptien, c'est qu'elles ne rentraient pas dans son su c'est qu'avant tout son but était de conlier à son Hls la des honneurs à gagner, de lui faire connaître par le meni manière de remplir les divei^ses fonctions qui pouvaient échoir de par la grâce du Pharaon. Son œuvre est un tr de morale Inïque et de savoir vivre, ce qui ne peut vou dire que les devoirs imposés par la religion ou la famille devaient pas compter : ils comptaient évidemment, mais énumérer n'était pas le but de Tauteur.
Si nous examinons maintenant le détail des divers f ceptes et conseils (|ue l'auteur donne à son disciple, n voyons qu'ils portent tous sur la modération qu'on ( observer en toute occasion, sur la conduite qu'on doit ten l'égard des grands parhMirs ou des grands disputeurs l'égard des inférieurs, dans la direction ou surintendanct' certains travaux, dans des fonctions ou offices divers 1 égard des supérieurs; sur l'activité dont doit témoigne vie, sur l'éducation des enfants, sur les flatteurs, sur la s cérité dans les enciuêtos judiciaires ; sur le soin qu'on (
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avoir de se garder de la mauvaise humeur, sur celui qu'on doit prendre de sa femme ; sur la prudence avec laquelle on doit éviter tout excès de langage ; sur la politesse à faire paraître dans les actions, sur \ç consentement dont le visage doit faire preuve et enfin sur Tadversité. Le traité comprend environ trente-six maximes que je vais faire connaître dans le désordre du papyrus, en ayant soin simplement de réunir celles qui me semblent rouler sur le mémo précepte et qui sont parfois très éloignées Tune de Tautre dans le document égyptien.
La modération, j'entends par là le juste milieu qu'il faut savoir garder en toute occasion, a été précliée à l'élève en deux maximes : « Ne sois pas hautain, dit le moraliste, par suite de ta science; parle également avec l'ignorant comme avec le savant, car les barrières de l'art ^ ne sont point encore connues et nul artiste ne possède le degré de perfection auquel il peut arriver. La sagesse est plus difficile à trouver que l'émeraude, car l'émeraude se trouve au moyen d'esclaves parmi les roches de pegmatite. )) Ce précepte s'adresse à un cas général qui devait se trouver encore assez fréquemment ; le suivant est un peu plus particulier : « Si tu es grand après avoir été petit, si tu es riche après avoir été pauvre, si tu le trouves à la tête de ta ville, ne te fais pas un avantage d>lre parvenu au premier rang: n'endurcis pas ton cœur à cause de ton élévation, car tu es devenu l'intendant des biens de Dieu : ne place pas en arrière de ta tête* celui qui fut ton semblable et sois pour lui comme un compagnon. » S'il fallait prendre cette maxime dans le sens absolu, ce serait d«jà la maxime célèbre : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne Voudrais pas qu'on te fit à toi-même; » mais je crois que le
^' Il faut prendre ici le mot^art dans le sens d'habileté à travailler 'W métaux comme à manier le calame. et ne pas lui attribuer le sens '^^Wqae qu'il a de nos jours et que l'Egypte ne connaissait pas.
*• C'est-à-dire : n*oublie pas.
semblable désigne ici un membre de la famille ou de tribu ; d'ailleurs il n'en reste pas moins entendu que, mé en écartant ce sens absolu qui n'est pas encore de mise à ce époque, la hauteur morale de cette maxime est encore t grande et qu'on peut l'inscrire au livre d'or de l'humanité soulignant plus particulièrement ce membre de phrase: riche n'eU que L'intendant des biens de Dieu, qu'il s'agi ici du dieu particulier do la famille, de Tancêtre de la tril ou de Dieu en général : plus l'humanité ira en s'atfranchissî des nécessités de la première heure, plus elle comprendra justesse de ce précepte.
On peut encore ranger sous ce même chef la maxime < suit : « Si tu es puissant, doime ton respect à la science et calme de parole. Ne commande que pour diriger; si tu absolu, tu vas vers le mal. Quêtes pensées ne soient pas h; laines, qu'elles ne soient point basses. Ne tais pas les instr tions que tu as à donner et fais pénétrer tes réponses; m parle sans chaleur. Fais-toi un visage sévère. Quant à vivacité d'un cœur ardent, tempère-la : l'homme do pénètre les obstacles. Celui qui s'ngite le jour entier n'a j un bon moment; mais celui qui s'amuse le jour entier garde pas sa fortune. » Cette maxime, comme à peu pi toutes celles que j'aurai à examiner dans ce chapitre, touc à plusieurs choses et j'en ai choisi la pensée dominante pc la présenter au lecteur: mais il n(» faudra pas oublier qi côté de la partie qui peut s'appli(iuor aux devoirs généra de rhommc. il y a ce qui s'appliciue seulement au fonctio naire.
Les précédentes maximes semblent déjà avoir trait a devoirs envers les inférieurs; mais ces devoirs sont parti( lièrement décrits dans les maximes suivant »s. La promit défend do les conduire par la terreur : « Ne mets pas crainte chez les hommes, car Dieu te combattrait. Si qu< qu'un prétond user ainsi sa vie. Dieu lui enlèvera le pain la bouche; si quelqu'un prétond s'enrichir par cette vo
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Dieu (lit : Je saurai le retirer à mbi^ >ii quelqu'un prétend I battre autrui, Dieu le réduira à Timpuifisance. Qu'on ne \ mette donc pas la crainte chez les hommes, c^est la volonté [ de Dieu. Qu'on procure donc la vie au seirrde.ia paix et ' ion obtiendra que les hommes donneront voloitt^irement ce (ju'on leur aurait pris en les effrayant. » Quand on [ connaît tant soit peu la manière dont on faisait et dont o> fait encore rentrer les impôts en Egypte, on se prend k souhaiter ciue la voix du vieux moraliste eût été mieux entendue et ses conseils plus pratiqués. La maxime suivante a trait au même sujet : « Si on a labouré pour toi, récolte dans le champ que le Dieu grand t'a donné; mais ne rassasie pas ta bouche chez le voisin ; mieux vaut encore se faire redouter de celui qui a\ Quant à celui qui, maître de sa manière d agir dans toute sa puissance, prend comme un crocodile au milieu des gardes, ses enfants, à cause de cela, sont un objet de malédiction et de haine, tandis que son père est grandement dans le chagrin, et sa mère, est heureuse une autre plus qu'elle. L'homme devient un dieu, quand il est chef d'une tribu qui a confiance en le suivant. » Cette maxime s'étend à un grand nombre de personnes; la troisième regarde plus particulièrement les gens de la famille, les esclaves de la maison : « Traite bien tes gens autant que tu le peux; c'est le propre des gens favorisés de Dieu. Si quelqu'un manque à bien traiter ses gens, on dit : C'est le double d*une personne vouée au Dieu*. Comme on ne sait pas les événements qu'on peut voir demain, c'est le double d'un sage que celui chez qui l'on est bien traité. Quand arrive Toccasion de montrer du zèle, si les gens ont été bien traités, ils sont les premiers à dire : Courage, courage. S'ils ont eu
^' C'est-à-dire : mieux vaut se faire donner en effrayant les gens qui possèdent que de prendre de vive force, autrement dit de voler.
2. C'est-à-dire : c'est une personne qui ressemble à quelqu'un que le <iJea atteindra de ses châtiments.
102 ÉVOLUTIOI^' DKS IDÉES MORALES
à endurer de mauvaifi*t*'^rtcments, ils font défection. » Celui qui a écrit cetW*'Aitixime a lu bien avant dans le cœur de rhomme et arreiV'parfaiteinent observé ce (jui se voit encore tous les jcurk/ hélas! et ce que bien peu de f)ersonnes remarquent:-
.•Le», gens faiseurs de discours, disputeurs, querelleurs se .vHfphvaient en Egypte comme ils se sont trouvés dans toutes /• les sociétés ; le disciple est prémuni contre eux : « Si le disputeur est supérieur en habileté, il faut courber le dos en prenant bien garde de ne pas s'emi>orter ; » à quoi bon s'emporter en effet quand on ne peut pas détruire le raisonnement de son adversîiire? Il faut savoir se tenir et garder le silence. L'auditoire rend alors le jugement que devait rendre plus tard le cordonnier do la légende assistant aux disputes des théologiens. Il ne faut même pas mépriser son adversaire et se laisser aller à jouir du spectacle que Ton a sous les yeux : se conduire ainsi serait odieux, petit, d'une âme méprisable. Au moment où l'on serait tenté de se laisser aller à ce sentiment de joie égoïste, il faut savoir se rappeler qu'une semblable conduite est réprouvée des grands et savoir résister à la tentation.
Si Ton est chargé de diriger certains travaux, il faut avoir soin de rechercher la manière la plus parfaite de se conduire, si l'on veut n'encourir aucun reproche: car la justice est grande, immuable, assurée. Dans la manière de remplir ses fonctions, on doit penser à la postérité qui gardera le souvenir des choses parfaites et se donner bien garde de prêter l'oreille aux paroles des flatteurs qui ne cherchent qu'à inspiicr de Torgueil.
La manière dont on doit se tenir à table est traitée dans le second ouvrage du Papyrus Prisse tout comme dans le premier: mais le cas est encore plus particulier : il s'agit d'une invitation â dinerchez un supérieur. Il faut alors savoir prendre de sa main ce qu'il offre et s'incliner profondément. Il faut avoir soin do ne pas regarder à chaque instant ce qui
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esisnr la table, mais aussi ne pas affecter de baisser les yeux par hypocrisie. Il faut encore ne pas adresser trop souvent la parole à son hôte, dans Tignorance où Ton est de ce qui peut plaire ou déplaire; attendez pour parler que vous y soyez invité et alors la parole plaira. Cela est surtout de bonnes manières quand on est petit; le grand, au contraire, qui a dps moyens d'existence assurés, peut faire ce qu'il veut et comme il lui plait : rien qu'en allongeant la main, il fait des choses que ne sauraient faire les hommes du commun. C'est là un fait contre lequel il est inutile de s'insurger, car il dépend de Dieu. — Cette maxime est encore en usage en Egypte, telle qu'elle sonne, et c'est un moyen assuré de connaître la position des gens accroupis autour de la même table.
Les devoirs qu'on doit rendre à un supérieur ne comprennent pas moins de quatre maximes : « Si tu t'abaisses en obéissant à un supérieur, est-il dit dans la première, ta conduite est entièrement bonne devant Dieu. Si tu sais qui doit obéir et qui doit commander, n'élève pas ton cœur contre celui qui commande. Comme tu sais qu'en lui est l'autorité, sois respectueux pour lui, comme il lui appartient. La fortune ne vient que d'elle-même, elle n a d'autre règle que son propre caprice. Si quelqu'un se détourne de cette loi. Dieu l'humilie; lui qui a fait sa supériorité, il se détourne de lui et (l'humilié) reste gisant. » Ce conseil, éminemment utilitaire, qui fait entrevoir la fortune à condition que l'on sache se courber devant son supérieur, est suivi de cet autre tout différent : (( Ne dérange pas un grand, n'affaiblis pas son attention, s'il est occupé. Son souci est d'embrasser sa tâche et il dépouille sa personne par l'amour qu'il y met. Aimer ce que l'on fait, cela place l'homme au rang du Dieu. » Puis suit une phrase où il semble être question de la manière dont on doit s'appliquer ; mais elle est loin de pouvoir être actuellement traduite d une manière suffisante. Dans ces deux maximes la morale n'est pas très
élevée, mais elle est cependant très fine ; tout à coiif moraliste hausse le ton et j)énètre bien avant dans le eu de riiomme. « Apprends, dit-il, à rendre hommage au grai Si tu fais ])our lui la récolte parmi les hommes % fais ({u\ rentre tout entière à son maître, auprès de <jui sont vivres*. Mais le don de TafTection vaut mieux que les grat cations dont tu es couvert; car ce qu'il re(;oitde toi fera vi ta maison, sans parler de la considération dont tu jouii que tu désires conserver : il étend ainsi une main bienfaisa; et chez toi le bien s'ajoute au bien. Que l'amour qut ressens passe dans le ccrur de ceux que tu aimes; faisc les gens soient aimants et obéissants. » Ainsi il est conse dans cette maxime qui est loin d'avoir perdu tout asp utilitaire, de bien servir son supérieur, de lui être tidèle, cela dans le propre intérêt de celui qui agit, mais surtout l'aimer et de faire en sorte que tous les gens dépendant subordonné aiment le supérieur. Il ne faut certes pas éle trop ce précepte; mais n'est-il pas vrai que Ton voit d poindre la maxime : Il vaut mieux agir par amour (jue ] crainte?
Cependant i! peut arriver que le supérieur pèse lourdeuK sur les épaules du subordonné ; le moraliste a ]>révu dernier cas et il dit: « Courbe ton dos devant ton supérie Es-tu attaché à la maison du roi, ta maison est-elle solide sa fortune et tes profits sont-ils convenables? Cependant est gêné d'avoir une autoiité au-dessus de soi et Ton pass< temps de sa vie à être ennuyé, d La (in de cette niaxi présente encore de grandes dillicultés de traduction; mais y voit que l'auteur se prévalait des divers services que Vi torité rend dans toute société pour la dire supportable, mé
1. C'est-à-dire : si tues charg»'» de faire rentrer les redevances qu payaient on nature.
2. Il ne faut pas oublier que les fonctionnaires étaient aussi payés nature.
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quand elle est dure. Aujourd'hui encore, tel est bien le cas avec les lois qui régissent les sociétés modernes, et le moraliste égyptien aurait pu écrire dès son époque l'adage: Dura /er. sed lex. Si la loi, ou Tautorité, car primitivement c'est une seule et même chose, est dure, il faut cependant laocepteren considération des services (ju'elle rond au genre humain ou à telle société humaine dont nous faisons partie. Parmi les maximes qu'il me reste à faire connaître, deux regardent le soin avec lequel il faut s'acquitter des messages quioiit été confiés, ft Si tu es l'un de ceux qui portent les me5isai,'es d'un grand à un grand, conforme-toi exactement àcedont il t'a chargé; fais la commission comme il t'a été dit. Garde-toi d'altérer le message en parlant des choses fâcheuses qu'un grand adresse à y\\\ grand : celui qui détourne la vérité de son passage pour ne répéter que ce qui fait plaisir dans les paroles de tout homme est un détestable personnage. » L'auteur revient encore sur le même sujet dans cette autre maxime : « Si tu es le fils de l'un des gardiens délégués à la tranquillité publique, exécute l'ordre re^usans chercher à le comprendre et parle avec fermeté. Ne remplace pas ce que le maître a dit par ce que tu crois être son intention : les grands emploient la parole comme il convient. Ton rôle est de transmettre et non d'apprécier. » II ne serait guère possible de pousser plus loin le goût de l'autorité : l'inférieur qui porte un message doit obéir simplement, sans se discuter à lui-même l'ordre qu'il a reçu et sans l'apprécier*; d'ailleurs le grand, quand il parle, emploie toujours la parole qui convient! Cette partie de la inaxime est malheureusement fort discutable et môme fîiusse; mais l'histoire est là pour nous enseigner combien
^- Cette fid(4ité exigée des messagers est soigneusement observée dans /^'^^l l'hâtions les plus anciennes, les messagers de la Bible et de '«r/c rapportent exactement les paroles qu'ils ont entendues. Cfr. par "<"npte, Iliade, II.
elle a eu d empire, non seulement sur les sociétés prii mais aussi sur les sociétés contemporaines. Elle est la règle dans 1 état militaire où le soldat doit obé discuter, ce qu'exigent l'unité du commandemen grandeur du but à atteindre: c'est la règle fondai d'une société célèbre où les mots perimle ac cadav litière de l'initiative personnelle et même de la humaine; enfin, c'est encore la règle primordiale de catholique dans la({uelle, du moment que le magisi établi et a parlé, ceux qui sont rangés sous ce mj n'ont plus qu'à obéir sans discuter.
S'il fallait être exact dans cette importante chî fallait aussi être le plus actif possible dans sa vie. actif pendant le temps de ton existence et fais plus t'a été dit. N'enlève rien au temps de l'activité : ( personnage blâmable que celui qui use mal de ses ii Ne perds pas l'occasion journalière pour augmenter de ta maison. L'activité produit la richesse, et la rich dure pas quand l'activité se relâche. » Cette maxin: plique bien à une société qui commence de vivre: les* modernes ne pourraient guère Tadmettre dans sa gén car il suflit de veiller sur ce que l'on a reçu de ses pour le garder.
L'éducation à donner aux enfants préoccupe aussi raliste. « Si tu es un homme sage, dit-il, forme un soit agréable à Dieu. S'il ajuste son régime de v manière et s'occupe de ses affaires, comme il convie; lui tout le bien que tu pourras: c'est ton fils, un être dant de toi, que tu as engendré toi-même. Ne sépî ton cœur de lui, car la chair fait entendre sa voix s'il se conduit mal et transgresse ta volonté, s'il rebul parole, si sa bouche marche en paroles mauvaises, fn sur sa bouche en conséquence. Donne Tordre, sans