Littéralement : la semence fait appel
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gement à ceux qui font mal, à celui dont riiumeur est inquiète, et Ton ne déviera point de la direcfion^ct il n'y aura point de rencontre qui fasse interrompre la route. » Cette éducation, on le voit, était virile : on corrigeait Tenfant avec le bâton dès cotte époque, et l'on no croyait pas mal fnire. La puissance paternelle avait toute latitude pour se faire craindre et respecter. Nous trouverons encore ailleurs cette question de l'éducation à donner aux enfants et elle .sera traitée avec tous les développements qu'elle com- [K)rte.
Viennent ensuite des maximes relatives à certains otïices particuliers, comme la garde aux portes des magasins ou du palais du Pharaon ; les conseils les plus minutieux sont donnés â cet égard au disciple: a Si tu es de garde, tiens-toi debout ou reste assis plutôt que de to promener. Prescris-toi dès le premier instant de ne pas t'éloigner, quand môme tu t'ennuierais. Prends garde à celui qui entre en annonçant que sa demande est secrète : que la consigne soit au-dessus de^ appréciations et que tout raisonnement contraire soit chose rejetée. C'est un Dieu que celui qui pénètre dans une place où Ton ne fait, en faveur des privilégiés, aucun relâchement dans la discipline. » Grande et forte maxime, si, comme dans les derniers mots, on Tétend d'un cas particulier au général .
La flatterie a aussi donné lieu à une maxime et Tauteur v prémunit contre elle son disciple à cause de ses pernicieux effets. « Si tu vis, dit-il, avec des gens qui te marquent une affection extrême et qui emploient les formules les plus cxagoroespour te faire connaître leur dévouement, garde-toi d'y ajouter une foi complète ; car tu verras la sincérité de leur Pî^role quand tu commanderas. Alors, quand il sera fait obstacle à tes desseins, tu seras tenté d'agir avec passion. Il faut bien t'en donner garde. L'homme qui sait se posséder soi-même est supérieur à ceux qui ont de la fortune, ^t l'homme qui obéit à sa passion est sous la dépendance de
sa ferame\ » Il serait difficile d'être plus perspicace, plus fin et plus caustique.
Le moraliste recommande encore à son élève d'être sincère dans sa parole, s'il est appelé à siéger dans le conseil de son maître. « Déclare ta ligne de conduite sans réticences; donne ton avis dans le conseil de ton seigneur, tandis qu il y a des gens qui retournent sur eux-mêmes quand ils parlent, de manière à ne pas faire de chagrin à celui qui a exposé une déclaration, en ne répondant pas. d'après ce raisonnement: c'est au grand à combattre l'erreur, et quand il élèvera la voix pour le combattre' à cause d'elle, il gardera le silence sur ce que j'ai dit. )) Dos cette époque les hommes étaient accessibles, comme aujourd'hui, à ce faux point d'honneur, à cette jalousie qui fait mettre le bien commun en péril pour la misérable satisfaction de la vanité personnelle. Cependant cette sincérité dans le conseil doit être soumise aux règles de la prudence, d'après une autre maxime: « Si tu es un homme sage, qui siège dans le conseil de ton seigneur, dirige ta pensée vers ce qui est sage. Tais-toi, plutôt que de répandre des paroles. Quand tu parles, sache ce qu'on peut t'objecter. C'est un art de parler dans le conseil et la parole est critiquée plus que toute chose: c'est la contradiction qui la met à l'épreuve. » Rien ne saurait être plus philosophique, plus observé que le sens de cette maxime; c'est sous une autre forme, la sentence : De la discussion jaillit la lumière, sentence qui régit toujours les conseils des grands de la terre, les conseils politiques comme les réunions industrielles ou scientifiques. Rarement celui qui émet le premier une opinion a pu l'examiner sous toutes ses faces; ses adversaires, ou simplement ses collègues, le font pour lui et lui
1. Si j'ai employé ici le style indirect, c'est que le texte est en trop mauvais état pour que je puisse risquer une traduction directe: ce n'est donc pas un pur artifice de rhétorique.
2. Pour combattre celui qui aura parlé avant toi, le préopinant.
montrent ces objections qu'il n'avait pas aperçues, qui modifient sa manière de voir et peuvent entraîner le rejet de l'opinion d'abord émise. C'est ce qu'avait parfaitement vu le vieux moraliste égyptien : c'est un art de parler dans le conseil.
La recommandation de ne pas abuser de la parole est surtout importante lorsqu'il s'agit d'une enquête judiciaire, ainsi que nous le verrons plus loin. Ici, le moraliste se contente seulement de prévenir l'enquêteur de la conduite qu'il ! doit tenir : « Si tu es en qualité d'arbitre, dit-il, écoute le discours du requérant. Ne le maltraite pas, cela le découragerait, ne lui dis pas : Tu as déjà raconté cela. L'indulgence l'encourage à faire ce pourquoi il est venu. Quant à maltraiter le plaignant, parce qu'il raconte ce qui se passait au moment où telle chose fut faite, au lieu de se plaindre du tort lui-même, que cela ne soit pas. Le moyen d'obtenir une explication sincère, c'est d'écouter avec bienveillance. » Ainsi là encore, l'habileté vient au secours de la justice et plus d'un juge de nos jours pourrait graver cette maxime dans son esprit.
Dans le cours de la vie, il est difficile de conserver une humeur toujours égale; cependant la bonne humeur, encore aujourd'hui, est d'une grande importance et ceux qui peuvent î^ maîtriser, de manière à ne hnsser en rien paraître leurs pensées intimes, surtout ceux qui ont reçu de la nature ou acquis par leurs efforts un heureux tempérament sont plus heureux ou réussissent mieux que les autres. Le moraliste du Papyrus Prisse avait bien saisi l'importance de l'égalité d'humeur et il y revient par deux fois afin de mieux inculquer cette maxime dans l'esprit de son disciple. «Ne sois pas d'humeur difficile pour ce qui se passe à côté; ne gronde que pour tes propres affaires, ne sois pas d'humeur diliicile à Tégard de tes voisins; mieux vaut un compliment à ce qui déplaît que la rudesse. C'est un tort que de s'emporter contre ses voisins, de ne plus savoir conduire ses paroles.
Où il n'y a qir un peu de difficulté, on se crée une afflici pour le moment où Ton sera de sang froid.» Mais ce n pas assez de garder Tégalité d'humeur avec ses vois c'est surtout dans Tintérieur de la famille qu elle importa Ton veut mener une vie supportable, a Si tu désires qu conduite soii bonne et préservée de tout mal, garde-toi tout accès d'humeur difficile. C'est une maladie funeste entraine à la discorde, et il n'y a pas d'existence pour c qui s'y est engagé. Car elle met la discorde entre les p et les mères, comme entre les frères et les sœurs: elle fai prendre en horreur la femme et le mari : elle contient to les méchancetés, elle renferme tous les torts. Quand homme a pris pour base la justice, marche dans ses voie y fait sa demeure, il n'y a pas de place pour la mauv humeur. » Cette maxime pourrait être signée par un pi sophe en renom, tant elle est vraie et tant le vieux se égyptien avait vu loin dans la genèse des passions huma en général et en particulier dans celle des mésintelligei qui rendent un si grand nombre de foyers insupportables
Ce n'est pas encore assez d'avoir l'humeur égale en temps, il faut de plus paraître content alors qu'on a justes motifs de craindre, et cela pour la bonne raison personne n'a grande envie de voir devant soi un f: soucieux. Aussi le moralist^^ égyptien ajoute-t-il : «Que visage soit épanoui le temps de ton existence. Quand on sortir du magasin, le visage contracté, l'un de ceux qui ! entrés pour (Mnport^M' leur part de vivres, cela fait eonns que son ventre est vide et (pi'il a l'autorité en horreur, cela ne t'arriv(* pas; car on te ra])pellerait combien le Ira est doux après le biïton.» Pai'aître toujours content est enc l'un des grands éléments du succès, et, si Ton ne réussit l'on évite tout au moins les reproches: autrefois on év les coups de bâton (pfon distribuait avec prodigalité visages mécontents, qui semblaient un reproche touj( vivant à l'égard des supérieurs.
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Si l'on veut juger maintenant de la hauteur d'une morale, comme d'une civilisation, par la considération que Ton a pour la femme, voici trois ou quatre maximes qui ont rnpport à ce sujet dans Tœuvre attribuée à Petah-hôtep. Tout d'abord une maxime qui a trait à la conduite qu'on doit tenir vis-àvis des femmes des autres maisons : a Si tu désires imposer l'amitié dans l'intérieur où tu entres, par exemple dans l'intérieur d'un supérieur, d'un frère ou d'un personnage considéré, enfin partout où tu entres, garde-toi d'approcher de la femme; car il n'y a rien de bon à ce qu'on fait là. Il n'y a pas de prudence à y prendre part et des milliers d'hommes se perdent pour jouir d'un moment court comme un rêve, tandis qu'on gagne la mort à le connaître. C'est une disposition vilaine, que celle d'un homme qui s'excite; s'il se porte à l'exécution, l'esprit l'abandonne. Car celui qui manque de répugnance pour cela, il n'y a pas du tout de raison avec lui. » On ne saurait mieux dépeindre en termes couverts le danger qu'il y avait à tromper le mari d'une femme: il ne peut en effet sortir que du mal de cette action mauvaise. Et cependant malgré les siècles passés, malgré les préceptes moraux et malgré les châtiments, la femme entraine l'homme ou l'homme entraîne la femme vers ce moment court comme un rêve dont parle notre auteur \ Mais s'il conseille par prudence de ne pas faire la cour à la femme d'autrui, notre auteur recommande au contraire de prendre le plus grand soin de sa propre femme. (( Si tu es '^age, garde ta maison ; aime ta femme sans mélange. Remplis son ventre, habille son dos; ce sont les soins à donner à son corps. Oins-la, remplis ses désirs, le temps de son existence : c'est un bien qui fait honneur à son maître. Ne sois pas brutal: les ménagements la conduisent mieux que la force;
1- On voit que la pénaUté oi-dinaire de l'adultère était la mort, comme Je l'aidildans ie chapitre précédent d'après le conte du rui Khoufuu ci d^s magiciens.
son , c est son souffle, ses yeux, son regard*. C'est ce qui
la fixe dans ta maison ; si tu la repousses, c'est un abîme. Ouvre tes bras pour elle à ses bras^ traite-la comme une sœur, fais-lui Tainour. » N'y a-t-ilpasen ces quelques mots tout un traité sur la manière dont le mari doit traiter la femme dans la plupart des cas ? N'y a-t-il pas une profonde connaissance du c(i?ur, de ses défauts comme de ses qualités? Ces conseils vieux de près de six mille ans, encore qu'ilssoient donnés en des termes qui décèlent une époque où la civilisation matérielle n était pas encore très développée, ne respirent-ils point, en même temps qu'une profonde sagesse, un amour intense et ne dirait-on pas que l'auteur j>arle ici par expérience personnelle, qu'il se rappelle dans sa vieillesse les joies qu'il a goûtées dans la première partie do sa vie, ou peut-être les douleurs auxquelles il a été en butte? « Si tu la repousses, c'est un abîme! » C'est là un mot bien expressif et qui pouvait être suggéré par des réflexions bien amères. Un autre mot mérite encore Tattention, car il montre qu'à l'époque où il fut écrit la barbarie première de la société n'avait pas complètement disparu. Ce mot, c'est le suivant: « C'est un bien qui fait honneur à son maître. » ou comme le dit plus éncrgi(|uement le texte : a C'est un champ qui fait honneur* à celui qui le possède. » Il semble bien évident, quoi<|ueî cette expression eut pu être amenée seulement par la recherche d'un langage coloié. (jue la femme n'était pas alors considérée complètement comme Tégalede l'homme et que (( les ménagements qui la conduisent mieux que la force )), sont une concession (jue l'on fait à la faiblesse de sa nature.
Quoi qu'il en soit, notre moraliste éprouve le besoin de
1. C'est-à-dire qu VI le ne respire que cola, n'aspire qu'à ccla^ qu'elle ne voit et ne regarde que vêla. Qu'est rrla ? C'est ce qu'il n'est pas très facile de dire à cause d'un mot douteux qui se trouve en ce passage. Le mot nmri remplirait assez bien la lacune.
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I revenir sur ce sujet dans une autre maxime : « Si tu prends
I iemme, n'en rougis pas. Qu'elle soit heureuse plus qu'aucun j de ses concitoyens. Elle sera attacliée doublement si la chaîne lui est douce. Ne la repousse pas: accorde-lui ce qui lui est agréable; c'est à son contentement qu'elle apprécie iftdirection qui lui est donnée. )) Il serait difficile, je crois, démontrer plus finement qu'au mari appartenait la suprême direction de la famille et de montrer l'avantage qui résultait d'une conduite discrète: a Elle sera attacliée doublement si b chaîne lui est douce, » mot profond qui fait le plus grand ionneur à celui qui a su le trouver \
Le moraliste prévient en outre son disciple contre tout excès de langage : « Ne répète pas un excès de langage : ne Tentends pas: c'est chose qui a échappé à àme bouillante. Si l'on répète, regarde vers la terre, sans l'entendre; ne dis rien dans ce sens. Fais que ton interlocuteur sache ce qui est juste, lui qui provoquée l'injuste: soutiens la justice et fais qu'elle remporte. Ce qui est odieux selon la loi, fais-en justice en le dévoilant. » Les excès de langage dont il est ici question sont les mauvais conseils par lesquels on s'exhorte mutuellement à violer la loi; on peut donc voir quelle est la hauteur morale de ce précepte. Il est vrai que les inconvénients de ces excès de langage sont exprimés avec beaucoup moins de clarté qu'ils ne le seront plus tard ; mais ils sont énoncés assez clairement pour qu'on puisse les comprendre.
Enfin tous les conseils contenus dans le Papyrus Prisse se terminent par deux maximes dont la première a trait à la
1 . Il y aarait peat-âtre ane quatrième maxime ayant trait à la femme ; mais elle est presque incompréheusible dans Tétat présent du texte. Il s'agissait dans ce cas de la corruption d'une jeune fille vierge, mais, par le genre du pronom suffixe employé, je dois dire qu'il peut être encore mieux question d'un jeune homme, et nous aurions ainsi une maxime se rapportant aux crimes si communs de nos jours dans tout l'Orient.
politesse que Ton doit mettre dans tous les actes de sa vie dont la seconde regarde l'adversité. La politesse n'était ] tout à fait alors ce qu'elle est devenue depuis ; ce n'était ] encore l'art plus ou moins adroit d'éconduire les importui ou ceux qui vous semblent l'être, par des formules qui sont que de bonnes paroles, qui n'engagent à rien et qui 8< quelquefois exactement le contraire de ce que l'on pense ; m c'était quelque chose déjà de bien rapproché. Qu'on en juj « Si tu vises aux manières polies de l'ami, n'interpelle | celui que tu abordes, ne discute avec lui qu'après lui av laissé le temps d'imprégner son esprit du sujet de l'entretL S'il laisse échapper son ignorance et s'il te donne occas: de lui faire honte, traite-le plutôt avec amitié, ne man pas en le poussant, ne l'achève pas, ne le laboure pas% ne coupe pas la parole, ne lui réponds pas d'une manière écj santé, de peur qu'à son tour il n'y revienne pas et qu'on dérobe à l'avantage de tes entœliens. » On voit que si manières de l'ami, ce que nous nommons aujourd'hui pc tesse extérieure, consistaient simplement à se ménager i disciples ou des auditeurs d'un moment, elles ne différait pas beaucoup de ce qu'on nomme aujourd'hui l'habile mais ce n'est qu'un cas particulier de l'utilitarisme qui, p ou moins, se trouve au fond de toutes les maximes que ; eu à examiner.
Savoir reconnaître la constance des amis dans l'advers est le dernier précepte de notre moraliste: « Connais ce qui te sont fidèles, quand tes affaires sont en baisse. 1 mérite vaut mieux que ceux qui te faisaient amitié. I qualités personnelles (?) voilà ce (lue l'homme possède co plètement. Cela a plus d'importance que ses ancêtres ; car ancêtres sont chose que tout le monde a. Le mérite du de quelqu'un lui est avantageux et ce qu'il est réellem<
1. C'est-à-dire : Ne le retourne pas sens dessus dessous, comiïie J fait à la terre que Ton prépare pour l'ensemencer.
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vaut mieux que le souvenir de ses ancêtres. » Ainsi, si l'adversité vient frapper à la porte d'un homme, il doit se consoler en pensant que s'il a été traité de manière à ce que ses affaires soient en baisse, comme il est dit, ce n'est pas qu'il le méritât, mais qu'au contraire ses qualités personnelles le mettaient au-dessus du traitement qu'il a éprouvé. Une telle réflexion est quelque peu remplie d'orgueil; mais on voit poindre déjà l'idée du mérite personnel, idée qui a eu tant de peine à se faire jour et qui maintenant, si elle n'est pas complètement passée dans la pratique, se trouve cependant être inscrite en tête de nos lois.
Ayant ainsi achevé de parcourir le cercle des conseils qu'il s était tracé à lui-même, l'auteur se vante d'avoir revêtu ses maximes d'une forme poétique plus facile à graver dans la mémoire, d'avoir fourni lui-même le canevas sur lequel d'autres broderont après lui pour instruire les hommes. Il commence ensuite l'éloge de l'obéissance qui en somme prime tout; car ce qui importe le plus, c'est de conserver les ti'aditions reçues et de régler sur elles sa conduite privée: «Quanta l'homme qui n'écoute pas, il ne fait rien du tout, » puisqu'il fait l'inverse de ce qui est louable. « Un fils qui écoute son père est comme un suivant de Horus; il est heureux après avoir écouté. 11 grandit, il parvient à la considération, il fait la même leçon à ses enfants. Que nul n'innove dans les préceptes de son père et que les mêmes préceptes servent de leçon aux enfants. Certes, lui diront ses enfants, cela fait merveille d'accomplir ce que tu dis. « Cette précaution contre l'innovation est encore poussée plus loin par l'auteur, quand il dit: « N'ôte donc pas une parole à ce qui t a été enseigné, n'en ajoute pas une, ne mets pas une chose à la place d'une autre; garde-toi de découvrir ce qui pousse ^^ ^o/, mais enseigne selon la parole de ceux qui savent. » L auteur se donne lui-même en exemple à son fils qui est en ^^me temps le disciple dont il s'est fait l'instructeur, et dans ^^^^ paroles apparaît le but cherché à travers tant de sagesse
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accumulée : « Par là (c'est-â-dire par mes enseignements) j'obtiendrai que ton corps soit bien- portant, que le roi soi satisfait en toutes circonstances et que tu gagnes des année: de vie sans défaut. Cela m'a fait gagner cent dix ans de vie avec le don de la faveur du roi parmi les premiers de cew que leurs œuvres ont faits nobles, en faisant la vérité du ro dans une place consacrée. » Ainsi le soi-disant Petah-bôte] ne s'en cache pas; s'il a donné k son fils les divers précepte que j'ai examinés, c'est uniquement en vue de le pourvoi d'une bonne situation comme lui-même en a été pourvu pa la faveur du roi auquel il avait rendu les services que peu rendre un bon fonctionnaire. On ne pouvait avouer plu ingénument la raison d'être de toute cette morale.
Et cette raison d'être est tout k fait compréhensible : e\h ne pouvait même pas être autre qu'elle n'est. L'humanité \ l'époque où fut composée cette œuvre n'était qu'à l'enfanci de la civilisation: ces recommandations qui nous semblen parfois simplistes et enfantines font partie des première conquêtes de l'esprit humain: s'il est vrai qu'on pourrait le faire entrer presque toutes dans le Manuel de la dvilit puérile et honnête, ou dans le Manuel du parfait fonction naire, cela démontre qu'elles sont toujours vraies, et ce n'es pas un mince mérite pour l'œuvre égyptienne. Dans le maximes où la vérité exprimée n'est pas complètement vrai ou juste, il y a cependant un angle sous lequel elle apparaî juste ou vraie pour quelque condition, et ce n'est pas là qu le côté utilitaire de la morale de l'auteur est le moins marqué On ne saurait avec justice lui en faire un crime; car, mêm^ aujourd'hui à plus de six mille ans de distance, après tous le progrès accomplis, l'intérêt privé est encore le grand moteu de presque toutes nos actions. L'humanité n'est pas encor arrivée à abstraire la quintessence des maximes d'intéré particulier pour en former une sorte d'élixir moral à VusBig de la grande majorité de l'espèce humaine: elle n'y arriver pas de si tôt. Sur un petit nombre de points on a réussi ;
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faire passer, dans les mœurs et les lois des nations les plus civilisées, des habitudes qui présupposent de plus hautes pensées que l'intérêt particulier ; on a surtout, et c'est un grand progrès, réussi à dresser Téchello des devoirs divers qui peuvent, à un moment ou à l'autre, incomber à Thomme; mais cette échelle elle-même n'est que la gradation de l'intérêt. 11 est vrai que certains hommes, mus par un sentiment profond de religion ou de philosophie philanthropique, ou encore simplement par l'idée supérieure du devoir, ont foulé aui pieds ce qui semblait leur intérêt le plus direct pour s'adonner tout entiers au service d'autrui ; mais ces hommes sont relativement rares, même aujourd'hui. Les uns les ont traités de malades, les autres d'insensés: je préfère dire que certains mettent leur intérêt privé au delà de cette vie, que certains autres sont de sublimes inconséquents et que les derniers sont seuls de vrais philosophes. Il se passera encore bien des siècles, des milliers d'années, avant que l'intérêt privé soit mis hors de la circulation journalière dans les actes des hommes. Ce qui est seulement changé dans nos sociétés modernes, c'est la facilité que l'on a de cacher l'intérêt particulier sous des formules pompeuses, sous les grands mots de religion, de philosophie ou même d'humanité, et cette facilité même est un grand progrès qui présage que, peu à peu, l'humanité fera l'ascension morale nécessaire pour être conduite à la dernière évolution de sa présente vie, au moment où les hommes, ne se considérant plus eux-mêmes ni leurs intérêts particuliers, ne rechercheront que le bien général de l'espèce.
Si nous en sommes encore loin, nous voyons cependant d'après les maximes les plus vieilles de l'humanité que nous faisons chaque jour des progrès dans cette voie et qu'à force d'analyser nos sentiments, les mots dont nous nous servons pour Jes exprimer ont pris une signification bien diflérente de leur signification première. Mais il ne faut pas oublier que '^ morale primitive dont je viens de donner un aperçu, si
puérile, si utilitaire qu'elle paraisse à nos yeux, n'était ; Tusage que des familles supérieures de la société égyptienne les humbles et les pauvres ne comptaient pas dans les sen tences de notre auteur, ou ne comptaient qu'autant qu'il étaient de la famille du riche, c'est-à-dire ses esclaves ou se serviteurs portant au cou le nom de leur maître, comme le chiens dans nos sociétés européennes actuelles; on ne s'oc cupait pas d'eux, et ils n'étaient regardés plus ou moins qu< comme des bêtes de somme dont il était licite de tirer 1( plus grand profit possible, et cela malgré la douceur ordi naire du caractère égyptien. Aussi, quand je réfléchis à Téta misérable des pauvres et des malheureux dans les première sociétés humaines, après l'époque de tâtonnement qui suivi les premiers essais d'association, je me sens envahi par ui respect plein de pitié: je salue avec tristesse leur ignomini et leur dénuement, je glorifie leur endurance et leurs pénible travaux: s'ils ont ainsi peiné, c'est qu'ils étaient destinés ; fournir les premières couches de cadavres nécessaires pou combler l'énorme fossé qui séparait les pauvres des riches les malheureux des heureux de la terre, les opprimés de oppresseurs. Si nous sommes arrivés de nos jours à une plu juste compréhension des utilités sociales, c'est grâce à eux grâce à leur plainte éternelle toujours montante, sourde d'abord, osant à peine s'exprimer ensuite, toujours plus fort^ à mesure qu'elle se répétait, et maintenant clameur retentis santé à laquelle ne peuvent plus se soustraire ceux qui président au gouvernement des nations.
Et si maintenant Ton s'étonnait de la hauteur morale dei préceptes contenus dans le Papyrus Prisse et de la misèn sociale dont le chapitre précédent nous a fourni la preuve, s l'on doutait que tant d'élévation pût se trouver à côté d< tant de bassesse, jo répondrais que le progrès social s'étem du sommet <\c .a société aux dernières couches de l'association, que les membres supérieurs de la même sociéb peuvent avoir déj:i la possession de l'ordre le plus élevé alor
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que les inférieurs croupissent encore dans l'ignorance et la superstition. Le progrès social a lieu quand la masse de la nation avance, et cette masse avance quand les notions de la vérité deviennent le partage indistinct de tout un peuple, qu'elles ne sont plus le patrimoine de quelques familles heureuses au milieu de la misère générale.