EN EGYPTE
Lechapitrequi précède aura tini l'exposition complète de ce que j'appellerai Tétat embryonnaire de la morale égyptienne. Désormais, après la catastrophe qui semble avoir trrétéûet Texpansion des idées égyptiennes, — je veux parler de Tinvasion de la peuplade étrangère nommé Hiqsos, — b civilisation égyptienne n'arrêtera plus son développement jusqu'au moment où elle atteignit son apogée. Les Hiqsos, pw leur conquête violente et brutale de l'Egypte, parurent un moment avoir fait triompher le recul des progrès humains, niais le fleuve dont on arrête le cours par une digue, si puisante soit-elle, a bien vite fait d'emporter la digue sous la oias^ volumineuse de ses eaux amoncelées : de même le flot • des idées égyptiennes, un moment arrêté par la révolution politique qui semblait en devoir irrémédiablement causer la perte, reprit bientôt son cours majestueux et puissant, soumettant à son empire ceux mêmes qui paraissaient l'avoir endigué pour toujours. Ce qui s'est passé tant de fois depuis^ les vaincus conquérant leurs vainqueurs auxquels ils étaient supérieurs par la force des idées et delà civilisation, sinon par la force brutale des armes, se passa dès cette époque encore reculée, c'est-à-dire environ deux mille trois cents ans avant l'ère chrétienne, comme cela s'était peut-être déjà passé auparaviknt : les vaincus convertirent à leurs idées, à leurs arts, en un mot à toute leur civilisation, ceux qui les
avaient surpris dans un raomont de faiblesse et de discorde ■ Le peuple égyptien finit donc par se reconquérir lui-mêmeil chassa les étrangers ou se les asservit, et sa marche vers te progrès, un moment arnM-ée, reprit de plus belle sous lacon — science de ses forces nouvelles et sous le stimulant du temps perdu.
Aussi ce n'est plus désormais par tableaux généraux quil me faut procéder ou par le résumé des idées qui présidèrent à cet immense progrès : il faut diviser le sujet et l'analyser dans ses diverses parties, car les matériaux s'offrent à nous avec une abondance merveilleuse, si Ton veut faire attention à ranticjuité à laquelle nous remontons encore, puisqu'il s agit de dix-huit siècles avant notre ère. L époque dans laquelle nous allons entrer est Tapogée delà civilisation matérielle de rÉgypte ; c'est aussi à cette époque que les idées atteignent un haut degré, et môme le plus haut degré de leur développement, s'il se pouvait faire qu'un peuple décrût aussitôt qu'il a atteint le point culminant qu'il lui est donné d'atteindre et si un peuple qui a duré deux mille cinq cents ans environ après cette époque de la XVIII® dynastie avait pu atteindre le sommet des idées dont il a été l'initiateur dès cette môme époque. Aussi les idées continueront-elles leur lente et longue évolution, môme après que l'Empire égyptien n'aura plus la même vigueur, ne jouira plus des mêmes richesses qu'autrefois. Bien plus, ses malheurs lui seront une occasiondemanifesterlapuissancedeses idées: les Assyriens, les Perses, les Grecs, lesRomainseux-mêmeséprouverontchacun à leur tour l'influence bienfaisante de son génie. L'un des documents dont j'aurai le plus souvent occasion de me servir au cours des chapitres qui vont suivre est un papyrus qui date de l'époque immédiatement antérieure à la XXVI' dynastie : l'd^uvre qu'il nous reproduit est sans nul doute d'une époque encore plus haute, mais non pas de beaucoup. Si nous poursuivions cette étude jusqu'aux derniers temps de la littérature égyptienne, nous trouverions sous lesPto-
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lémées et même sous la domination romaine des preuves évidentes que les idées morales n'ont pas cessé de progresser. Les papyrus que composaient]^à leurs moments de loisir les reclus du Sérapéum de Memphis et dans lesquels ils se bornaient à transcrire quelques vieilles maximes de la sagesse égyptienne transformée au goût du jour,, sont encore dans nos musées ne demandant qu'à être étudiés et connus. C'est aussi à cette époque de décadence politique intérieure et extérieure que les Pharaons essayent d'assurer la législation de l'Egypte en la codifiant sans doute, et ils y réussissent sibien qu'encore aujourdluii certaines de leurs dispositions sont en vigueur chez tous les peuples civilisés.
Pour toutes ces raisons, il n'est donc plus possible de présenter dans un seul chapitre les divers progrès réalisés par la civilisation égyptienne dans ses différentes parties : il me faut au contraire élargir mon cadre et analyser un à un les chefs d'idées qui président à la morale d'une nation et des individus. Au sommet de ces idées moralisatrices se trouve la notion de la divinité.
Nous avons laissé l'idée de Dieu encore en formation pendant les premières dynasties égyptiennes, comme une nébuleuse qui se forme chaque jour, dont les divers éléments se superposent par couches successives jusqu'au moment où elle devient une étoile qui envoie sa lumière à la terre à travers les infinités de l'espace; de même l'idée que les Egyptiens se faisaient de la divinité se purifiait peu à peu des scories étrangères, jusqu'au moment où elle devint aussi pure que nous la possédons aujourd'hui.
Les diverses Ennéades, dans lesquelles nous avons vu que la notion de l'idée de Dieu se concentrait vers la Xl*^ dvnastie, n'étaient pas appelées à rester longtemps le point culminant de la théologie égyptienne : ce n'était que la première îtape do cette longue évolution de l'esprit (jui, partant des romniencements fétichistes que j'ai indiqués, se dirigeait vers les hauteurs toujours plus élevées. Ces neuf dieux, qui résu-
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maient ])our les premiers théologiens de l'Egypte les grands dieux présidant au salutde chaque ville et c|ui n'empêchaient aucunement Texistence de dieux inférieurs pouvant être ea aussi grand nombre que Ton voulait, correspondaient peutêtre à une idée primitive de panthéisme inconscient, car plus tard les (inosti(|ues devaient s en servir dans ce but; mais ils ne répondaient en rien à la loi qui emportait l'esprit humain vers l'unilication de ses idées. A Tépoque à laqucîUe nous sommes parvenus, un nouveau progrès se réalise parce qu'il était nécessaire et de la neuvaine de dieux on passe à la triade divine. Ce progrès eut, telle que je la comprends, la genèse suivante.
Un fait domine toute cette question, c'est que les hommes ayant à prêter aux dieux certaines mœurs et certains usages, ne les ont pas créés, mais les ont décrits à l'image des moeurs et des usages humains. Je l'ai expliqué plus haut\ je n'y reviendrai pas. Sur le point particulier qui m'occupe, quoique la Pythie dût dire par la suite que se c•o/^/^a^7/'e soi-même résumait toute la philosophie, si l'Égyptien ne savait pas raisonner aussi subtilement que les Grecs, il savait cependant ce qu'étaient ses habitudes, ses mœurs, ses besoins, ses aspirations et ses tendances. Or, il n'avait besoin que de cette connaissance inférieure pour savoir que, dans la nature humaine, il y avait certaines choses qu'on était content d'avoir et d'autres (pie Ton fuyait au contraire: les premières étaient nommées bonnes ou belles, les secondes mauvaises ou laides. Au nombre des plus l)elles et des meilleures, avec un grand bon sens et une parfaite justice, il plaça tout naturellement la faculté donnée à riionune et à la femme de se reproduire dans l'enfant, le fruit commun de leur amour. Quoique porté au mysticisme le plus ardent, le peuple égyptien n'en était pas encore arrivé à considérer la famille, le mariage et Td^uvre de chair, ainsi qu'on la nomme, comme