‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 38 sur 212 · C'est-à-dire l'Egypte · texte numérisé non relu

C'est-à-dire l'Egypte

3. Ici Bataou, quoique eunuque, est appelé taureau de la Neuvaine des dieux, parce qu'il joue le rôle d'Osiris et qu'en cette qualité il n'a pas perdu la vertu d'avoir des enfants, bien qu'il se fût émasculé volon- Uirement.

4. C^tte phrase qui nous semble incompréhensible est adressée par le Boleii à Ekhnoum pour la première partie, puis à Bataou pour la seconde, en vue de lui expliquer la raison pour laquelle on va lui créer me femme.

une femme sur ce même moule a potier dont je parlais in'y a qu'un instant. La destinée de la femme de Bataou es* réglée, en prévision des fautes qu'elle commettra plus tard envers son mari, par les sept déesses qui jouent ici le rôle des fées dans nos contes populaires \ L'esprit égyptien dans les classes populaires qui, trop souvent témoin des dénis de justice commis envers les humbles, en appelait à Dieu» comme à un juge suprême, n'avait cependant pas pu s défaire de toute superstition quant à la manière dont l destinée des hommes lui semblait réglée, et il avait trouvé li naïve solution des llathors, tout comme notre moyen âgcroyait à Tempire des fées, empire qui se pouvait exercer bonne ou mauvaise part.

Quelles que soient la naïveté et la grossièreté de croyances, elles montrent cependant que les petits et less faibles de la société égyptienne, ne pouvant croire qu'ils étaient livres sans merci aux grands et aux puissants del^t terre, en appelaient à Dieu comme à celui qui jugeait en dernier ressort, c'est-à-dire à un Dieu base première detout^ justice. Cette idée qui est seulement ébauchée, nous allons la retrouver énoncée tout au long, avec toutes ses conséquences, dans Tun des hymnes religieux qui furent com-, posés en Egypte et qui montreront à quelle hauteur l'esprit humain s'était élevé dans la vallée du Nil. Si Ton veut comparer la conduite du petit frère qui, dans ce conte, en appelle k Dieu avec celle du fellah que nous avons entendu plus haut en appeler au Pharaon, on verra le progrès accomy)li de ce chef dans les idées, quoique dans la pratique le résultat tangible put être à peu près le même. Dans le cas du fellah, ce n'est qu'avec doute anxieux que l'appel est fait et

1. Ce n'est point le seul exemple d'une pareille conduite dans ce qui regarde la destinée humaine; dans un autre conte, celui du Prince prèffcstinè, les déesses jouent le nirme rôle et montrent que les dieox supérieurs étaient eux-mAmes soumis à ces déesses qui représentent les forces supérieures dont il a été question.

après bien des formalités ; dans le second , c'est avec assurance et sur l'heure que le dieu répond à celui qui Tinvoque.

Réfléchissant dans la solitude à la question de Texistence de Dieu, les savants de TEgypte, ceux qui furent les pères et les inventeurs de la philosophie, virent bien vite que les trois personnes de la Trinité ou de la Triade ne pouvaient résister à l'analyse subtile du philosophe ; car les données de la simple théologie en usage chez la partie déjà quelque peu instruite du peuple ne pouvaient pas suffire à ceux qui les examinaient de plus près. 11 en fallut donc venir nécessairement à la conception d'un Dieu un, infini dans ses perfections, créateur, conservateur de ses créatures, la base de toute justice et de toute vérité.

\ Ce dieu fut conçu par la pensée du scribe qui, ayant pris deux hymnes séparés adressés l'un au dieu Amon, lautre au dieu Râ, c'est-à-dire au dieu caché et au dieu soleil, les réunit ensemble pour n'en faire qu'un seul adressé à Amon-Râ, c'est-à-dire au dieu caché se manifestant par l'astre du jour. C'est ce dieu qui a tous les attributs que nous reconnaissons et trouvons nécessaires encore aujourd'hui à l'htre suprême que nous plaçons à la tête de l'univers. Tous les attributs que la philosophie grecque spiritualiste reconnut àladivinité,tout ce que Socrate et Platon attribuèrent à Dieu comme faisant nécessairement partie de sa substance, tout ce que le moyen âge chrétien avec sa philosophie théologique devait apercevoir dans la personnalité divine, tout, dis-je, tout était déjà trouvé par les prêtres égyptiens dix-huit siècles environ avant notre ère, quatorze ou quinze siècles avant l'apparition d'un Socrate ou d'un Platon dans les républiques de la Grèce. Si les philosophes égyptiens n'ont pas su exprimer leur pensée de manière à la buriner pour les siècles suivants, s'ils n'ont eu à leur service que leur pauvre langage bien inférieur à l'admirable langue des Grecs, ce n'est pas une raison pour leur refuser ce qui est à eux ou pour ne pas les mettre

à la place qu'ils méritent d'occuper dans Thistoire del théodicée.

Mais comme, en un semblable sujet, rien ne vaut le: textes, je citerai les hymnes les plus célèbres et les mots quiî eux seuls sont une preuve irrécusable que les philosophei égyptiens avaient su trouver bien longtemps avant nous h plus grande partie de ce qui fait la base de notre enseignement philosophique pour la théodicée. Je citerai d'abord er entier l'hymne connu sous le nom A' hymne de Boulaq où h lecteur pourra voir les idées des poètes qui le composèrent unies ensemble et assez bien liées apparemment par celu qui y mit la dernière main. Sans doute un assez granc nombre d'images et de figures ne sont plus comprises de nos jours; mais les mots les plus importants sont très compréhensibles et ont une grande force, comme le lecteur vj pouvoir en juger.

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