‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 41 sur 212 · Prénom du roi Aménopliis IV · texte numérisé non relu

Prénom du roi Aménopliis IV

puisqu'il nous le dépeint comme un Dieu qui vit de vérité et de justice, qui a tout créé, qui conserve toutes ses créatures, qui en prend le soin le plus minutieux, par la vertu duquel toutes choses arrivent sur terre. C'est par un pareil exemple qu'oQ peut s'apercevoir du progrès que l'esprit humain, malgré toutes les entraves qui s'opposaient à sa marche, avait fait en Egypte dans les questions religieuses'. Sans doute bien des choses nous paraîtraient inexactes dans la page que je viens de citer, vieillies ou complètement fausses; Fauteur a trop souvent pris des ellets pour des causes, il s'est trop souvent contenté des causes apparentes, lorsqu'il avait la prétention de remonter â la cause première des phénomènes ; mais c'est là un défaut que la marche des siècles s'est chargée de corriger, car il ne faut pas oublier que cet hymne date de la fin de la XVIIP dynastie égyptienne, c'est-à-dire de seize ou dix-sept siècles avant notre ère, et qu'on ne peut espérer trouver à cette époque des idées scientifiquement prises sur les phénomènes naturels, llsuffit d'apercevoir quelle fut l'idée première de l'auteur, celle qui lui a inspiré son hymne, et cette idée, c'est que la main toute-puissante qui a produit la création entière de cet univers est aussi celle qui régit et conserve son œuvre, idée que nous avons déjà vue exprimée dans l'hymne de Boulaq et qui se trouvait sans doute en circulation dans la vallée du Nil.

Le Dieu unique connu des Égyptiens avait non seulement tout créé et veillait à la conservation de toutes ses créatures, mais il étendait plus loin son action en les récompensant ou en les punissant dans une autre vie qui suivait la vie terrestre. Ce n'est pas le lieu d'examiner ici ce nouvel aspect des attri-

1. Le lecteur ne doit pas se laisser arrêter par les traits matériels qui sont spéciaux aux effets du soleil matériel, ou de la chaleur. Ces traits sont intimement liés dans Fhymne aux idées philosophiques par suite de la stratification, dans le langage courant, des idées qui avaient eu coan précédemment.

buts extérieurs (lu Dieu de TÉgypte; je trouverai plus loin roccasion de traiter amplement cett^ question; il me suffira de faire simplement observer ici que ce Dieu était à la base de la justice, parce qu'il ctnit la source de toute vérité et la vérité même. Loin d'attendre Theure de la mort pour exercer cette justice vengeresse des torts et des injures, il faisait parfois de la terre le théâtre où il se plaisait à manifester les effets de son pouvoir justicier. Il entendait les prières de riuimblo, le défendait conti'e les méfaits des violents et des injustes; il ne dédaignait même pas comme nous avons pu rol)server dans le conte des Deux Frères, de s'occuper en personne de la manière dont les bons seraient récompensés et les violents punis, si bien que déjà on pourrait lui appllcjucr les vers célèbres que Racine a écrits du Dieu des Juifs :

Il entend les soupirs de l'humble qu'on outrage, Juge tous les mortels avec d'égales lois Et du haut de son trône interroge les rois.

Les réflexions qui précèdent nous font connaître les actes extérieurs du Dieu unique tel qu'avaient su le trouver les penseurs égyptiens; mais ils ne s'étaient pas bornés à des actes externes, ils avaient poussé plus loin et avaient pénétré jusqu'aux actes intérieurs de la vie divine, et nous Allons juger maintenant de ce qu'ils avaient trouvé, en prenant les uns après les autres les attributs que nous reconnaissons nécessaires à la divinité. Mais, avant de traiter cette question, deux remarques préjudicielles seront utiles. La première c'est que les Égyptiens étaient des hommes ; leurs prêtres, si profonds philosophes qu'on les suppose, n'étaient que des hommes, n'avaient à leur service pour faire connaître leurs spéculations les plus abstraites que le langage égyptien, langage tout concret, matériel, ignorant Tjabstraction, essentiellement primitif, par conséquent essentiellement borné, très peu apte à exprimer des idées. spiFituelles.

1 ne faut donc pas s'étonner si les expressions qu'ils

îraploient semblent en contradiction avec le sens des pensées

qu'ils cherchent évidemment à établir. En second lieu, les

textes que je vais faire passer sous les yeux du lecteur ne

sont pas empruntés à des documents du mémo âge, mais ils

sont tous postérieurs à la XVlll*^ dynastie ; par conséquent

je peux m'en servir dans ce chapitre qui n'est limité que par

la disparition des dynasties nationales.

Tout d'abord, le Dieu du penseur égyptien est infini: on trouve cet attribut parfaitement exprimé dans un papyrus magique, c'est-à-dire dans un document où l'on ne serait guère tenté de l'aller chercher. (( Il dilate sa largeur sans limites, » y est-il dit. Sans doute, c'est là un dieu corporel, puisqu'on parle de largeur, mais l'immensité de ce dieu corporel montre qu'il est impossible do se rendre compte d'un être qui s'étend toujours, sans pouvoir atteindre les limites de cette extension, et que, par conséquent, il faut y voir Tune de ces figures de langage auxquelles les hommes sont condamnés.

Ce Dieu est aussi éternel : les textes abondent de ce chef ; je me contenterai d'en citer quelques-uns : « 11 traverse la durée, en étant le père du toujours.» — «Maître de la durée, auteur du toujours, il traverse des milliers d'années en son existence. » — « Maître de la durée, il n'a point de limites \)) Je n'ai pas besoin de chercher à expliquer, par des commentaires plus ou moins heureux, des textes assez clairs par eux-mêmes.

Ce Dieu se trouve partout, car « il est roi dans Thèbes, chef ians Héliopolis, et il est le grand des apparitions solaires lans Memphis», comme le dit une inscription. Si l'on îherche sur une carte géographique l'emplacement de ces rois villes. Héliopolis, Memphis et Thèbes, on verra qu'elles mt été choisies à dessein comme les trois grands sanctuaires

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