Hérodote, II, 36 et
3. Ce n*est pas le lieu de l'examiner ici, car je suis lorn de faire an* histoire du culte et du sacerdoce en Egypte.
DA-NS l'Egypte ancienne 201
égyptiens. Je ne les citerai pas ici ; mais je citerai au contraire à peu près tout ce qu'il dit du roi et des règlements multiples dont on â\^it formé un filet aux mailles serrées qui paraissent n'avoir guère laissé de liberté au malheureux en subissant la contrainte.
«Les rois, dit-il. ne menaient pas une vie aussi libre, ni aussi indépendante que ceux des autres nations. Ils ne pouvaient point agir selon leur gré. Tout était réglé par des lois : non seulement leur vie publique, mais encore leur vie privée et journalière. Ils étaient servis, non par des hommes vendus ou des esclaves, mais par les fils des premiers prêtres, élevés avec le plus grand soin et ayant plus de vingt ans. De cette manière, le roi, ayant jour et nuit pour servir sa personne de véritables modèles de vertu, ne se serait jamais permis une action blâmable; car un souverain ne serait pas plus méchant qu'un autre homme s'il n'avait pas autour de lui des gens qui flattent ses désirs. Les heures du jour et de la nuit, auxquelles le roi avait quelque devoir à remplir, étaient fixées par des lois et n'étaient pas abandonnées à son propre arbitraire. Éveillé dès le matin, il devait d'abord recevoir les lettres qui lui étaient envoyées de toutes parts, afin de prendre une connaissance exacte de tout ce qui se passait dans le royaume et régler ses actes en conséquence. Ensuite, après s'être baigné et revêtu des insignes de la royauté et de vêtements magnifiques, il offrait un sacrifice aux dieux. Les victimes étaient amenées à l'autel, le grand prêtre se tenait, selon la coutume, près du roi et, en présence du peuple égyptien, implorait les dieux à haute voix de conserver au roi la santé et tous les autres biens, lorsque le roi agissait selon les lois; en même temps, le grand prêtre était obligé d'énumérer les vertus du roi. de parler de sa piété envers les dieux et de sa mansuétude envers les hommes. 11 le représentait tempérant, juste, magnanime, ennemi du niensonge, aimant à faire le bien, entièrement maître de ses Passions, infligeant aux coupables des peines moindres que
celles qu'ils méritaient et récompensant les bonnes actions au delà de ce qu'elles valaient. Après avoir ajouté d'autres louanges semblables, il terminait par une imprécation pour les fautes commises par ignorance; car le roi, étant irresponsable, rejetait toutes les fautes sur ses ministres et ses conseillers, et appelait sur eux le châtiment mérité. Le grand prêtre agissait ainsi afin d'inspirer au roi la crainte de la divinité et pour l'habituer à une vie pure et exemplaire, non par une exhortation amère, mais par des louanges agréables de la pratique de la vertu. Ensuite le roi faisait l'inspection des entrailles de la victime et déclarait les auspices favorables'. L'hiérogrammate lisait quelques sentences et des histoires utiles d'hommes célèbres, extraites des livres sacrés, afin que le souverain réglât son gouvernement d'après les modèles qu'il pouvait ainsi se choisir lui-même. Il y avait un temps déterminé, non seulement pour les audiences et les jugements, mais encore pour la promenade, pour le bain, pour la cohabitation, en un mot pour tous les actes de la vie. Les rois étaient accoutumés de vivre d'aliments simples, do chair de bœuf et d'oie ; ils ne devaient boire qu'une certaine mesure de vin, fixée de manière à ne produire ni la plénitude, ni l'ivresse; en somme, le régime qui leur était prescrit était si régulier qu'on aurait pu croire qu'il était ordonné, non par un législateur, mais par le meilleur médecin, tout occupé de la conservation de la santé.
« 11 paraît étrange qu'un roi n'ait pas la liberté de choisir sa nourriture quotidienne; et il est encore plus étrange qu'il ne puisse prononcer un jugement, ni prendre une décision, ni punir quelqu'un, soit par passion, soit par caprice, ott pour toute raison injuste ; mais qu'il soit forcé d'agir
1. Ce point est évidemment faux: on voit très souvent sur les mona^ ments représentés les divers actes du culte auxquels le roi prend part et des multitudes de sacrifices ; jamais on ne trouve Faction indiquée io^représentée ou mentionnée pair les textes.
conformément aux lois fixées pour chaque cas particulier. Comme c'étaient là des coutumes établies, les rois ne s'en Ë«îhaient point et n'étaient point mécontents de leur sort, ils croyaient, au contraire, mener une vie très heureuse, pendant que les autres hommes, s'abandonnant sans frein à leurs passions naturelles, s'exposaient à beaucoup de désagréments et de dangers. Ils s'estimaient heureux en voyant souvent les autres hommes persister, malgré leur conscience, dans leurs mauvais desseins, entraînés par l'amour, par la haine ou par quelque autre passion ; tandis qu'eux-mêmes, jaloux de vivre d'après l'exemple des hommes les plus sages, ne pouvaient tomber que dans des erreurs très légères. Animés de tels sentiments de justice, les souvei'ains se conciliaient l'affection de leurs peuples comme celle d'une famille; non seulement le collège des prêtres, mais tous les Égyptiens pris en masse, étaient moins occupés de leurs femmes, de leurs enfants et de leurs biens, que de la sécurité de leur roi. Tous les rois mentionnés ont conservé ce régime politique pendant fort longtemps et ils ont mené une vie heureuse sous l'empire de ces lois ; de plus, ils ont soumis beaucoup de nations, acquis de très grandes richesses, orné le pays d'ouvrages et de constructions extraordinaires, et les villes d'ornements riches et variés \ »
Cette peinture des obligations et des vertus du Pharaon égyptien conviendrait mieux à la description d'une Salente utopique qu'à la réalité de ce qui se passait en Egypte; mais, quoique fausse ou exagérée sur bien des points, ou pour mieux dire sur presque tous, elle repose cependant sur un fond de vérité qui est celui-ci: le Pharaon était considéré comme la manifestation terrestre du dieu céleste, ainsi que je l'ai déjà dit: il était aussi bien fils du soleil aux yeux de son peuple que l'empereur de Chine est réellement, aux yeux de ses sujets qui ne veulent point réfléchir, le fils du ciel ; ce Pha-