Maith., VI
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que le Dieu devait accorder au fidèle égyptien, selon le précepte du moraliste.
Cette maxime est encore dépassée par celle-ci : « Donne-toi au Dieu; garde-toi chaque jour pour le Dieu et que demain soit comme aujourd'hui. Sacrifie: le Dieu voit celui qui sacrifie; il néglige celui qui est négligent. » Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que la morale chrétienne ellemême, pour ne parler que d'elle, ne contient pas un grand nombre de maximes d'une plus haute portée morale que celle-là. Je serais môme porté à y voir le premier balbutiement de ces doctrines mystiques appelées à obtenir un succès considérable en Egypte et dont le développement anormal et excessif a fini par perdre ce pays.
Quoi qu'il en soit, elle n'était pas encore l'apogée de la morale égyptienne, car elle est inférieure à la maxime suivante: «Comme cela exalte les esprits de Dieu, que soient le chant, le prosternement, l'encens dans les œuvres de l'homme, que l'adoration soit dans ses affaires. Qui fait cela, tteu magnifiera son nom. » C'est-à-dire: Le meilleur encens, les plus beaux chants, les prostrations que préfère Dieu sont les œuvres de celui qui le prie. Il ne faut pas seulement se contenter des formules liturgiques, des actions ordinaires de la religion pour rendre à Dieu l'hommage qui lui est du: il faut agir, et les œuvres bonnes sont le plus bel acte d'adoration que Thomme puisse faire à la divinité. C'est le mot de l'Évangile : « Il faut que ceux qui adorent Dieu l'adorent en <?spriteten vérité'. »
Voilà où en était arrivé l'esprit humain en Egypte au "ïoins quinze siècles avant notre ère. En considérant la l»auleur morale de ces pensées, on ne peut nier que l'Egypte ait dépassé de beaucoup les autres nations de Tancien Orient <lans l'expression de ses idées morales, et qu'elle fût déjà parvenue où les autres peuples ne devaient parvenir que
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douze OU quinze siècles plus tard. Mais, même de ce côté beau n'est pas sans quoique mélange de laid, et je dois d que ce même auteur qui a écrit les maximes que je viens citer a écrit aussi celle où il prescrit de consulter les mi dans les mauvaises années, c'est-à-dire de revenir au ci préhistorique et de consulter le Dieu qui le premier a^ réuni la famille autour de sa personne, en d'autres termes fondateur de cette môme famille.
Ce chapitre aura montré à ceux qui m'auront suivi j qu'ici dans quel chaos les choses de l'esprit humain se tr valent en Egypte. A côté de ces maximes élevées qui survécu jusqu'à notre époque, on trouve lecultedivinenc souillé par toutes les idées grossières de l'humanité primiti la foule allait de préférence à ce qu'elle comprenait ; observait toujours les rites fétichistes auxquels elle avait habituée depuis de nombreuses générations: elle aim comme plus tard les Hébreux dans le désert, d'avoir dieux palpables, qui s'approchassent d'elle, qui pussent tendre SCS multiples prières et dont la nature correspoi mieux à la partie la plus grossière de ses instincts. Elle n tendait absolument rien aux spéculations philosophiqu TEnnéade trouvée d'abord était pour elle un mot vide sons précis, et (Icmémernissi la Triade. Pourquoi neuf di« (l'nbord? ot pour(|uoi soulomont trois ensuite? Ce qu'il fallait, c'étaient des di(Mix multiples, un dieu spécial p chAcun de ses actes, do ses sentiments, de ses maladies, la guérît (piand elle él^iit malade, qui lasauvâtdu serpent scorpion, du crocodile, do tous les dangers qu'on courait la terre d'Egypte: peu lui importait que ce dieu fût un a mal ou un honuno. l'important était (ju'il remplitbion l'ol pour lequel on l'avait choisi. Les spéculations philo phiquos la laissaient donc bien froide ; elle avait besoin, i d'idées vagues, vaporous(»s ou inintelligibhîspour elle,mai{ réalités concrô tes. Aussi voilà pour(|iioi le peuple égypt ne put jamais se d('îfaire complètement des idées premié
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de ses ancêtres : il les conserve même encore aujourd'hui, malgré tous les changements religieux et les révolutions politiques. Il aurait pu cependant être amené peu à peu à une meilleure compréhension de ses devoirs et des choses qu'il lui importait de savoir, si l'on eût pris soin de lui dispenser cette science, ou du moins les résultats pratiques de cette science religieuse que d'autres avaient su découvrir. Les prêtres avaient trop grand intérêt à le retenir sous le joug des superstitions et de T ignorance : ils ne firent donc rien pour l'y soustraire. Aussi trouve-t-on stratifiées en Egypte, si je puis m'exprimer de la sorte, les diverses couches de la pensée religieuse et sociale du genre humain, tout comme l'écorce terrestre révèle aux yeux des géologues les diverses étapes qu'a parcourues la longue formation de notre planète. Au contraire, les prêtres, dans le silence de leurs temples, continuaient le cours de leurs méditations solitaires : on en dispensait le résultat dans les -écoles ihéologiques à de rares initiés, comme ce prêtre dont la statue naophore se trouve au Vatican et qui n'ignorait rien des secrets mystères qu'on enseignait à Saïs au moment où Carahysc fit la concilié te de TÉgypte. Leurs pensées, nous €n pouvons juger maintenant en connaissance de cause, étaient très élevées dans la théodicée et la morale»; elles mnrquaientde notables progrés dans l'évolution do l'esprit comme Je la société humaine; mais elles restaient sec nMes. Elles étaient comme des fruits mûrs avant la saison ordinaire que, seuls, les heureux de ce monde se procurent à grands frais : 'es petites ne peuvent en approcher. Cependant l'intérêt individuel, le souci de sauvegarder ce que Ton pouvait re}:arder comme le patrimoine d'une caste n'iitaient pas U'S seules causes de cette difficulté de faire |)asscr dans le domaine général les idées particulières qui dès lors dénotaient un progrès et qui devaient êtn^ la cause génératrice d'un immense pas en avant pour le genre humain ; la raison en était aussi à ce que tout s'opère avec lenteur dans les choses
humaines, que les idées sont lentes à se produire, plu encore à entrer dans la circulation commune et que V est très souvent tenté de regarder avec défiance ce qu nouveau. Le progrès avait commencé sous le Moyen-I il s'alHrmait hautement sous le Nouvel-Empire; i masse commençait à grand'peine d'en être touchée : 1 était lent à s'ordonner. D'ailleurs il était nécessaire • fût ainsi, afin qu'on eût le temps de vérifier les id les éprouver pour les rendre aussi utiles que po.* riuunanité. Il fallait de longs siècles pour que le incandescent pro|)ageàt de proche en proche sa chale qu'aux couches extérieures de Técorce.