‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 48 sur 212 · An u bis avait eu autrefois le rôle de psychopompe · texte numérisé non relu

An u bis avait eu autrefois le rôle de psychopompe

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Lorsque cette apologie était terminée, on faisait la contreépreuve en plaçant dans le plateau gauche de la balance une statuette de la déesse Vérité-Justice, et dans le ])lateau de droite le cœur de Thomme, celui qu'il avait re(;u dans le sein de sa mère, pour montrer en quelque sorte que toutes les actions de la vie, depuis la conception, étaient justiciables de ce jugement. Thot alors lisait Ténoncé des divcirs a(*tes de rhommc, tels qu'ils avaient été enregistrés sur le grand-livre. et à la fin de cette lecture, si le cœur était en contre-])oi(ls exact avec la vérité, Time était |)roclamée justifi(ïe, digne de se métamorphoser en tout étn^ qu'elle voudrait, de sortir pendant le jour et de mont<3r sur la barque de Hà, en un mot elle devenait lumineuse, khou; si au contraire, le (Contrepoids du c-œur était trouvé insuflîsant. Tàme était proclamée impie, elle devenait la proie de la grande dccorante, ou elle subissait la seconde mort, c'est-à-dire ranéantissement.

Il n'est personne qui ne voie combien cette nouvelhî explication, résultant de la fusion des légendes primitives, est pour le côté moral en avance sur les deux autres théories explicatives que j'ai déjà fait passer sous les yeux du lecteur: c'est ici que nous voyons posée pour la première fois la question qui occupera désormais la plus grande part dans les spéculations religieuses de l'homme, à savoir l'existence des récompenses et des peines pour 1 ïime après la mort, selon qu'elle aura mené sur la terre une vie v(Ttueuse, ou au contraire qu'elle aura commis le péché. Dans les deux résultats du jugement final il n'y avait cependant pas parité, et je dois expliquer ici en (juoi consistait l'immortalité que l'Egypte avait su trouver pour 1 ame.

L'immortalité n'était en effet (jue la récompense d'une vie vertueuse; ce n'était point une arme à double tranchant, si je puis m'expliquer de la sorte, uniformément dévolue à tous les hommes, soit pour la récompense, soit pour la peine: l'esprit de la philosophie grecque devait seul en étendn* la portée dans ce dernier sens et la rendre pour ainsi dire obli-

gatoire. Celui-là seul qui avait été déclaré juste dans l^ où son cœur avait été pesé avec la déesse Vérité-Justin devant le tribunal d'Osiris, pouvait être admis à vivre t^ durée qu'on désignait par le mot vague de siècle et qu^ traduisons par éternité : le méchant était puni de sui ' punition fut graduée plus tard avec un certain aï commençait par infliger à l'impie une punition assez c on le forçait en quelque sorte à revivre une nouvelle tence et à faire ainsi pénitence de sa vie première; si a« de cette seconde vie, le jugement par-devant Osiris le c rai t encore coupable, il était livré à ses ennemis, dévc torturé dans le feu jusqu'au moment où il avait été coi tement détruit. Le tombeau de Séti I®'' nous montre évidence ces damnés qui, avec leurs têtes coupées, él

plongés dans des lacs de feu. C'est ce que les Egyp appelaient la seconde mortou Tanéantissemcnt final, ce< redoutaient plus que les supplices, sansdout^ pour la si raison que, môme pour soulïrir, il faut encore être vi Cette doctrine est beaucoup plus juste, ce semble, que « qui l'ont suivie, puis((u'elle punissait de la seconde moi condamnait à une sorte de purgatoire une vie entière passée dans le crime, sans punir d'une éternité malheu une faute ou une série de fautes temporelles, sans su faire de la damnation ou de la félicité dernière un ace dépendant uniquement du bon plaisir d'un être extéri l'homme, cet être fût-il Dieu. Le bonheur seul était ét€ ranéantissement mettait lin à tout. Cette doctrine dut bien assise en Egypte pour avoir résisté à tout Téchafai chrétien sur le même sujet: jamais l'Egypte chrétieni put être amenée à croire à Téternité des peines, quan* admettait comme une chose évidente Téternité des ré penses. Les paroles, s'il y en a eu. vivSant à confirmer la trine de l'éternité des châtiments sont formellement ce dites par les faits : le grand damné lui-même, Satan, d mourir à la lin de son châtiment; les âmes qui avaier

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/^'pifées dans l'enfer pouvaient en sortir à certains jours, P^^^omple le jour de la fête de l'arehange Michel, qui se rendait sur sa barque lumineuse jusqu'à l'endroit où se muvaii le Tartare et trempait alors son aile dans les eaux ^Fofondes, sauvant ainsi des milliers et des milliers de amnésqui avaient pu monter sur cette aile merveilleuse. nouÉre. le double avait été pieusement conservé dans les oyances de l'Egypte chrétienne sous le nom d'âme, et Tàme e-mêmc était devenue l'esprit, le khou, tout homme, iprès les Coptes, étant composé de trois parties constitues : le corps, 1 ame et Tesprit.

Cette nouvelle manière d'entendre le sort futur des âmes ns 1 autre inonde appelle quelques observations. Quoique l'auteur du Papyrus Prisse nous ait affirmé que Justice était établie depuis le temps de Râ et que ses [ïiites n avaient jamais varié, môme à l'époque du Nouvelmpire, jo ne crois pas qu'on eût rassemblé en un Code les îverses Coutumes qui régissaient la société. Ces coutumes valent été établies ^^ quelque sorte instinctivement, dans 3 libre ex (îrcice ^^^ facultés humaines et avec une claire vue le ce qui était bon et utile à l'homme ou de ce qui était oauvais ^j nuisible pour lui. La vérité était tout ce qui •entrait ^^^^ cette première catégorie; \e péché était au •ontrairci j^yj ^^ q^j dépendait de la seconde. La vérité était dite la nourriture aimée des dieux, le péché éUxit l'abomination de |a divinité.

ioute eette classification des œuvres bonnes et mauvaises

aetènoniraée, il y a déjà longtemps, loi naturelle. Mais à

cote de cette loi naturelle et de ses préceptes, il y eut quan-

wtéa autres prescriptions faites au nom de la loi religieuse

; ou de la loi politique, ce qui fut d'abord tout un. Les unes et

les autres furent considérées avec raison comme obligatoires,

€t la violation en fut aussi nommée péché. Puis bientôt,

P^l^dantque la loi civile ou politique réglait la conduite des

^J^isdans leurs rapports individuels ou vis-à-vis de lauto-

rite, la loi religieuse réglait aussi les rapports de rhommei avec la diviuité et les surchargeait d'obligations minutieuses. Les lois civiles de cette catégorie ne furent point considéréei: comme obligatoires, religieusement et directement; leii autres au contraire allèrent grossir le total déjà grand de» o))ligations dont la violation ou la négligence constituait Tabomination de Dieu, c'est-à-dire le péché. On finit par rattacher le bien et le mal à la légende d'Osiris qui fut surnommé l'htre bon, Ouonnqfer : le bien fut ce qu'il y avait de propre à Osiris; le mal. c(î (|u'il y avait de propre â son adversaire, Set, le Satan dos Juifs, le Typhon des Grecs. J On les rattacha ensuite à la légende de Rà : le bien fut ce qu'il y avait de lumineux; le mal ce qui était ténébreux. De là vient que la récompense des bons, c/était la lumière dans ce qu'elle avait de plus merveilleux, et que le châtiment des impies, c'étaient les ténèbres les plus denses au milieu de lacs de feu. Tout se tient, tout s'enchaîne dans cette doctrine égyptienne, et la théorie du bien (*.t du mal, de l'action bonne ou mauvaise, de la vertu ou du péché, comme nous disons, vient mettre le couronnement à l'édifice. Cet édifice était si bien établi, si solide, qu'il a été adopté dans sa dernière expression par toutes les philosophies qui se sont succédé dans notre Europe et qu'il est encore debout aujourd'hoi dans le plus grand nombre de ses parties.

Comme on a pu le conclure de ce qui précède, il y avail dans le dogme de l'immortalité de lïime un côté susceptible de perfectionnement : c'<Hait le bilan des actions qualifiées péché on des actions trouvées bonnes dans la salle de la double Vérité-Justice. S'il n'avait i)as (ité plus difficile d'être proclamé juste à la (in de l'Empire ég>i)tien qu'à l'époque où s'opéra la fusion des deux légendes de Râ et d'Osiris, surtout qu'à l'époque de l'Ancien- B^mpire. il serait vrai que la mornhî égy|)tienne fiU arrivée du premier coupJi une perfection (ju'elhî ne put dépasser; mais, outre que la loi qui préside au dévelo])pement de tous les peuples s'oppose à

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cette stagnation de l'esprit humain, ce que j'ai déjà ditau cours de cet ouvrage doit montrer qu'il n'en fut pas et qu'il n'en pouvait pas être ainsi. L'examen détaillé que je vais faire des divers documents égyptiens qui se rapportent à cet ordre d'idées va nous montrer péremptoirement combien la conclusion précédente est juste.

C'est ici le moment de parler de cette confession négative que faisait l'àme devant le tribunal suprême. Je ne peux m'attaoher à expliciuer tout au long le développement de cette confession dite négative, ou pour mieux dire de cette apologie, mais je la prendrai telle que la donnent les papyrus ordinaires, ceux qu'on appelle aussi tout à fait improprement le Livre des Morts, et je la comparerai ensuite à un autre exemplaire du même mon^.eau écrit sous la domination romaine. Je ne prétends point que cette confession négative ne fût pas connue avant le Nouvel-Empire; je prends seulement ce qui est sous ma main alin qu'on puisse juger du progrès accompli et prononcer en connaissance de cause si l'Egypte progressa dans ses idées morales. Voici l'apologie de l'âme :

« Hommage à vous, maîtres de la Vérité! hommage à toi, Dieu grand, maître de la Vérité! Je suis venue vers toi, mon Seigneur; je me présente pour contempler ta spU^ndeur. Je te connais, je connais ton nom; je connais les noms de tes quarante-deux Dieux qui sont dans la salle de la Vérité, vivant de la garde des pécheurs, se nourrissant de leur sang au jour du compte des paroles devant l'Ktre bon'. Or, âme double, maîtresse de la Vérité e^i ton nom. Or, vous savez, maîtres de la Vérité, que je vous apporte la vérité et cpie j'écarte de vous le mal*. Je n'ai fait perfidement de mal à

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