‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 5 sur 212 · INTRODUCTION V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION V

développement de l'espèce humaine : si elles n'avaient pas été abolies, le genre humain n'aurait pas progressé et aurait fini par disparaître; mais un instinct si puissant préside à ce développement que l'homme a fini tôt ou tard par s'apercevoir qu'il faisait ou qu'on lui faisait faire fausse route. Comme un fleuve endigué, qui amoncelle peu à peu une masse d'eau capable de renverser les obstacles qu'on lui oppose, le genre humain a balayé les lois funestes avec lesquelles on avait eu la prétention d'endiguer à tout jamais sa force et son activité.

Personne, je crois, ne peut admettre un seul instant que les meilleures conditions pour le développement normal de la société aient pu se trouver dans une cause extérieure à lesprit humain. C'est parce que la pensée humaine est le seul auteur responsable des lois qui régissent la société, qu'on peut à loisir observer dans l'histoire tant de faux pas, de fausses démarches, de fausses directions de la part de l'humanité : si, au contraire, une cause extérieure à l'homme lui eût révélé ou inspiré ce qui était le plus utile à l'affermissement de la société, on ne verrait pas tous ces égarements dont je viens de parler, car cette cause se serait dû à ellemême de ne conseiller à l'homme que des choses utiles au but qu'ils cherchaient tous les deux à atteindre. On dit, il est vrai, que cette révélation n'est venue que tardivement et n'a visé que les grands principes qui régissent les divers devoirs de l'homme, lui laissant la libre application de ces principes, sans qu'on ait voulu la moindre contrainte et sans exiger une obéissance qui n'aurait pas été spontanée; et. de fait, en ce système, si les sociétés humaines ne sont pas encore parfaites, c'est qu'elles n'ont pas obéi à cette cause supérieure, qu'elles se sont au contraire cabrées sous relui qui prétendait les conduire. Je ne crois pas au bien fondé de ces pensées; les grands principes qui régissent la sociét<3 ou les sociétés humaines étaient connus bien avant la révélation du Sinaï ou de TÉvangile. pour ne pas parler

VF INTRODUCTION

des rùvclatioris (juo (l'uutros peuples se sont attribuées : les préceptes du DécalofjfUt; étaient connus sous d'autres termes longtemps avant l'épociue mosaïque, connus et praticpiés, sinon condenses dans des formules simples et faciles à comprendre. De môme Tamour du prochain était naturellement bien connu avant la])rédication de Jésus ou même les prophéties d'Isaïe : TEgypte nous en fournira une preuve péremptoire, et, si nous connaissions les autres sociétés par des documents semblal)l(»s aux documents égypti(?ns, je n'ai nul doute (lu'ony trouverait des |)récei)tes id(»nti(iues et (pie, pour em])loyer des expressions courantes aujourd'hui, la charité, l'amour du prochain n'y fussent connus, non dans le sens général et quasi universtM (|U(* C(*s mots ont ac(piis en théorie à travers les siècles, mais dans le sens particulier <les individus composant d'abord la même famille, puis la mémf! tribu, enfin le même peuple. En outre, il n'est pas vrai do dire (pie l'homme, placé en face d'une révélation qui lui aurait donné de suite la possession de moyens propres à rendre parfaite Tassociation des ses forces, eût pu la r(»jeter et lui désobéir : un individu, d(»ux, trois, cent ou milhMndividus eussent-ils pu le faire que la masse des hommc^s ne l'aurait pas fait, car elle serait allé(.* à l'cMicoutre de sa lin (pii est de toujours miirchcr en avant, quand son instinct l'eût parfaitement av(»rtie (pi'elle faisait fausse r()ul(*. Tne j)areille conduite de sa part serait parfait(»ment incompréhensibh\ Si (?lle eût pu la tenir, (»ll(» se fût trouvée dans un(^ bien plus mauvaise situation cpie ne Tétaient les plantes ou Kîs animaux irrais()nna))l(*s. Les plantes en (»II(»t et les animaux à l'<Uat libre preniuMit instinctivement, conune nous disons, les meilleures dispositions poui* l'amélioralion de res|)èce : (piand, pour une caus(* ou pour une autre, ils ne peuvent les prendrt», ils disparaissent fatalement. Si donc l'homuKî n'a pas disparu depuis les longs siècles qu'il existe sui* la terre, c'est (pi'il a su assez bien se diriger dans cette marche pi'ogressive vers la justice qui est sa seule raison

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