‹ Essai sur l'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienneChapitre 54 sur 212 · C'est-à-dire le Pharaon, si je comprends bien ce l«'xte · texte numérisé non relu

C'est-à-dire le Pharaon, si je comprends bien ce l«'xte

de Tlièbes était représenté rendant la justice, dit expressément: (( Il siège pour écouter les requêtes dans la salle du gouvernement. . . il remplit le cœur du roi qui commande i la double terre, le grand qui est placé à la tête des savants et de tous les amis qui vont chez le roi. . . le prophète delà Vérité, le préfet comte Rekhmara,» et en effet on le voit assis tout prêt à écouter les plaideurs.

Puisque le juge est assis sur le coussin de son tribunal, un peu au-dessus de ses olliciers, des plaideurs, et qu'il y va passer la plus grande partie de la journée, nous avons tout le loisir d'examiner comment il s'y prenait, et nous pouvons le faire facilement, quoique les jugements de Rekhmara aient été prononcés il y a environ trois mille six cents ans, puis(|ue les textes gravés sur les parois de sa tombe, malheureusement détruits en partie, et les scènes figurées par la peinture nous pei'mettent aisément de reconnaître la manière dont il procédait à son audience.

Celui qui voulait s'adresser à la justice du préfet devait se présenter à la salhî d'audience portant un bouquet vert, signe de sa demander, lout comme les suppliants dans les temples grecs portaient des rameaux verts entremêlés de bandelettes. Il faisait connaître ce (|ui l'amenait sans doute» (|uel(prun d(^s scribes remplissant les fonctions de nosmoderntîs gieifiiîrs; cette affaire était inscrite au rùle, comme on dit de nos jours, oi une eu(juéte était aussitôt ordonnée j)our vérifier la justesse des plaintes du demandeur. Cette enquête'! était faite par l'un des scribes qui fonctionnaient sous la présidence de Rekhmara^ Elle devîiit être consignée

1 . Cette coutume «'tait dt'jà fort ancienne, car dans le Conte du Papan, comme celui-ci se i)laint pivs du grand intendant du Pharaon de l'abus de |x)uvoir, autn^ment dit du vol dont il était victime, le magistrat envoie des jeunes gens qu'il a sous la main pour faire une enquête. I^ jeunes gens se montrent accessibles au charme que le hagschisck a toujours exenM' vn Kgypt«3 et ils reviennent avec un rapport où les évè^ nenients étaient raconU'*s tout à l'opposé de la vérité et où l'affaire

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is un rapport écrit qui servait de base au prononcé du ;einent et qui était inscrit sur le registre du tribunal. Si le mandeur, ou le défendeur, trouvait que l'enquête avait été al menée, les dépositions des témoins mal recueillies, en imot que l'enquête avait tourné injustement à son détrilent, il pouvait demander une contre-en(|uête: cette contrenquét»? une fois faite, il n'y avait pas d'appel possible et il allait en passer par ceqn'elle avait décidé; car le jugement inal suivait de près.

H en était ainsi non seulement pour les procès au civil, mais encore pour les causes au criminel, comme nous le verrons bientôt. Sans doute Rekhmara, en tant que faisant partie et président de ce que l'on nommait en Kgypte le conseil Aesisix, avait droit de vie ou de mort sur les accusés; mais les inscriptions ne nous disent rien de ces fonctions spéciales. Elles se plaisent au contraire à nous montrer Rekhmara, non seulement justicier, mais encore faisant tous ses efforts pour amener entre les parties concorde et bonne amitié, ce cpii nous montre que déjà les citations en concilintion de nos justices de paix étaient connues et pratiquées. Il n'était point de ces juges fantaisistes (pii ont si souvent jugé un procès sans en avoir rien écouté et sans le connaître. La situation sociale des parties n'entrait pour v'ww dans le prononcé de sa sentence, les textes nous le disent expressément: «Point d'inattention chez lui au sujet des fî^its pour lesquels enquête a été faite: il pèse également le pauvre comme le riche et se montre en pacificateur. » Si nous ajoutons à ces traits ceux que contiennent les inscriptions précédemment citées, nous aurons un juge idéal tel (jue 'e souhaiteraient encore trop souvent les malheureux aux- ^lielsona fait injustice. Le cas était méritoire pour rMgvpte et nous ne devons i)as nous étonner (|ue les grands et les

cntifîre était représentée comme Tune de ces disputes qui suivioniuMit entre gens grossiers.

petits aient salué le préfet de Thèbes de leurs acclamations et se soient écriés : « Bon gouverneur en qui nous conservons Ramenkhoper^ , toutes les situations s'appuient sur toi; les temples, les lois, les principes qui font marcher*, tout reste inébranlable sur sa base, les enfants des nobles ont la situation qu'il renouvelle sans changement pour des mifliers d'.innées. C'est lui qui assure la stabilité sur les bases établies par Horus' et qu'il a restaurées, en conduisant les fêtes religieuses qui guident les vivants vers l'Éternité'. »

Je le demande à tout lecteur sérieux, en supposant que l'Egypte ancienne ait pris exactement le contre-pied de tout ce qui est dit ici (mi ses actes ordinaires, ne serait-il pas déjà frappant qu'elle ait eu un idéal aussi élevé du juge? Et cet idéal pourrait-il n'avoir exercé aucune influence heureuse sur les actes d'un certain nombre d'Égyptiens? Il me semble que poser ainsi la question, c'est la résoudre; car il est ] injpossible qu'il en ait été autrement en vertu de ce principe : Ignoti tailla cupido.

Mais ce n'est pas assez pour un juge qui prend son rôle au sérieux que de réi)rimer les excès de la force, quand ils se sont produits, de châtier les coupables et de rendre son bien à celui (jui en a été privé; il doit aussi, autant qu'il est en son pouvoir, prévenir les manquements à l'ordre établi dans la société. Rien, dans un pays primitif, n'est plus facile pour le fort que d'opprimer le faible en une foule de cas, surtout quand ce pays, comme l'Egypte, est soumis à des exigences

1. C'est le pronom de Thotui^s III sous le règne duquel vivait Rckhmara.

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